PORT-AU-PRINCE — À son retour du 50e sommet de la CARICOM à Saint-Kitts-et-Nevis, le Premier ministre du gouvernement de doublure, Alix Didier Fils-Aimé, s’est présenté devant la presse à l’aéroport international de la capitale, toujours fermé aux vols directs vers ou en provenance des États-Unis, du Canada et de la France. Ton enjoué, satisfaction affichée : « tout le monde parlait du pacte national », a-t-il insisté, comme pour consacrer ce texte – incohérent et concocté entre copains-coquins – sur la scène régionale. Pourtant, communication moderne oblige, l’essentiel des séquences diplomatiques était déjà connu du public avant son atterrissage.
M. Fils-Aimé a évoqué une rencontre « fructueuse » avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Toutefois, aucune mention explicite d’un entretien structuré consacré à Haïti n’a été relayée publiquement par Washington, alors que d’autres échanges bilatéraux figuraient sur les canaux officiels américains. L’expression même de « rencontre bilatérale » paraît, dans ce contexte, sujette à caution. Comment qualifier de stratégique un échange dont l’un des protagonistes ne fait pas état ?
Parmi les annonces mises en avant figure une promesse d’appui de 2 millions de dollars par la Finlande. À l’aune des milliards de dollars dilapidés dans le scandale PetroCaribe, la portée réelle d’un tel montant interpelle. L’effet symbolique prévaut sur l’impact structurel.Dans un État marqué par la dégradation avancée des infrastructures publiques, la suspension quasi permanente des liaisons aériennes internationales et la partition de facto de portions du territoire sous l’emprise de groupes armés, le contraste entre la rhétorique diplomatique et la situation intérieure apparaît particulièrement frappant..
L’interrogation centrale reste néanmoins sans réponse : le Premier ministre a-t-il demandé à Marco Rubio un moratoire d’au moins deux ans pour les bénéficiaires haïtiens du TPS aux États-Unis, estimés à près de 500 000 personnes ? Une telle initiative aurait constitué un acte diplomatique de première importance. Elle aurait offert un répit juridique à une diaspora plongée dans l’incertitude, incapable pour beaucoup de regagner un territoire où l’insécurité persiste et où plusieurs chefs de gangs demeurent en liberté.
Pendant que les déplacements officiels se succèdent — prochaine étape annoncée en Chili pour une investiture présidentielle — la transition politique s’étire depuis cinq ans. Les critiques s’intensifient contre un exécutif accusé d’entretenir un cadre extraconstitutionnel, notamment à travers un projet de référendum controversé, alors que la Constitution de 1987 amendée encadre strictement toute révision. La Cour de cassation interviendra-t-elle pour rappeler les limites normatives ?
En définitive, le déplacement à la CARICOM laisse l’impression d’un rituel diplomatique déjà vu : voyages, déclarations, promesses. Le panier paraît rempli, mais les mailles sont larges. Sans démarche tangible sur le TPS, sans avancée sécuritaire interne, sans clarification institutionnelle, le sommet risque de s’inscrire dans la continuité d’une pratique politique où l’annonce supplante l’action, et où l’urgence sociale demeure sans réponse.


