La participation d’Haïti aux sommets de la CARICOM se répète et finit par se ressembler. La présence d’un ministre des Affaires étrangères ou d’un ambassadeur de haut rang pourrait suffire à représenter le pays, unique État de la région dépourvu de Parlement et privé d’un dirigeant constitutionnel et légitime pleinement établi.
Port-au-Prince officialise la participation du Premier ministre de doublure Alix Didier Fils-Aimé à la 50ᵉ Conférence des chefs de gouvernement de la CARICOM, à Saint-Kitts-et-Nevis. Au programme : sécurité régionale, intégration économique, coopération politique et rencontre bilatérale annoncée avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Pourtant, un nom ne figure nulle part dans la délégation : celui du ministre des Affaires Etrangères.
La mission est dite « restreinte » : un conseiller spécial, un membre du cabinet – du secteur privé des affaires-, un agent de sécurité. Aucun représentant explicitement mentionné de la Chancellerie. Pour un sommet régional de cette envergure, l’absence interroge. La diplomatie multilatérale constitue pourtant l’un des domaines régaliens du ministère des Affaires étrangères.
Faut-il y voir un simple choix organisationnel ? Une concentration des relations extérieures au niveau de la Primature ? Ou un signal politique plus profond ? Jean Harvel Jean-Baptiste serait-il retenu à Port-au-Prince avec ses « petits-déjeuners avec des ambassadeurs » pendant que les décisions stratégiques se discutent ailleurs ?
Le précédent de février 2024 nourrit les interrogations. L’ex-Premier ministre de facto Ariel Henry avait participé à un sommet régional similaire de la CARICOM… sans jamais regagner le territoire national. Dans ce contexte, chaque déplacement officiel à l’étranger réveille des souvenirs encore vifs. En diplomatie haïtienne récente, les voyages ne sont jamais de simples voyages.


