24 février 2026
De Jovenel Moïse à Alix Didier : recyclage des visages, échec de la classe politique et pérennité du chaos
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De Jovenel Moïse à Alix Didier : recyclage des visages, échec de la classe politique et pérennité du chaos

Depuis la mort de Jovenel, le pays ne connaît plus une simple crise, mais un néant absolu. D’Ariel Henry, l’héritier désigné lors des funérailles  en passant par un Conseil présidentiel de transition plus préoccupé par ses privilèges que par ses missions, jusqu’à Alix Didier, le fils aimé de Washington, le constat est flagrant : les visages changent, mais la situation reste la même.

« _Apre Jovenel kite pouvwa, peyi a pral gen sekirite, tout bagay pral byen mache_ » telle était la déclaration du soi-disant Avoka Pèp la, André Michel, fer de lance de l’opposition sous Jovenel Moïse.

Les dernières années du président Jovenel Moïse au pouvoir ont été marquées par un effondrement progressif des institutions publiques, une montée de l’insécurité et une opposition populaire contestant sa légitimité. Avant l’onde de choc du 7 juillet, celui que ses partisans présentaient comme un demi-dieu gouvernait par décrets dans un pays sans Parlement, laissait les gangs faire la loi et faisait la sourde oreille aux revendications populaires. Pendant ce temps qu’à fait l’opposition face à cette érosion ? Elle a dénoncé, faire des conférences de presse, monter des barricades. Cependant, dans les coulisses, ces mêmes chefs de partis négociaient des postes, des ministères, des contrats etc. Le secteur privé lui, n’avait rien à foutre car il continuait d’importer et d’exporter sans problème. 

Le pays ne connaît plus une simple crise, mais un néant absolu. D’Ariel Henry, l’héritier désigné lors des funérailles  en passant par un Conseil présidentiel de transition plus préoccupé par ses privilèges que par ses missions, jusqu’à Alix Didier, le fils aimé de Washington, le constat est flagrant : les visages changent, mais la situation reste la même.

Derrière ce théâtre, la communauté internationale joue sa partition habituelle : faire semblant de chercher des solutions haïtiennes à la crise. Ce n’est plus de la politique, c’est une nation en train de se faire dépuceler par ses propres élites politiques et économiques.

Notre objectif ici est de nous demander quels sont les bilans des différentes transitions ? Qu’en est-il de la classe politique, de nos soi-disant leaders ? 

 Ariel Henry : 2 ans de dérive !

Au lendemain de la mort de Jovenel Moïse, Ariel Henry a pris le pouvoir sous la bénédiction d’un tweet du Core Group. Pendant plus de 2 ans, il dirigeait par l’absence : absence de vision, d’élection et de sécurité. Des déclarations creuses et la recherche à l’étranger des solutions haïtiennes à la crise. Sur le plan économique, selon les données de la BRH, le pouvoir d’achat des ménages a considérablement diminué avec une inflation de 47.2% en octobre 2022, la gourde a perdue plus de 50% de sa valeur sur l’année civile. 

Le 29 février 2024, alors qu’il était au Kenya pour faire des négociations creuses, les gangs armés forment un front et réclament son départ sous pression interne et de ses patrons, il contraint de démissionner le 11 mars 2024. Il a laissé derrière lui un état faillit ou règne le chaos et une population à bout de souffle. 

 Le cirque du Conseil Présidentiel de Transition

Le Caricom, aligné sur Washington, a contribué à la mise en place d’un Conseil de transition composé de neuf personnalités soupçonnées de corruption, pour un mandat d’environ deux ans. Ce conseil avait pour missions de rétablir la sécurité, d’organiser des élections et de conduire une réforme institutionnelle. Sans surprise, le Conseil présidentiel de transition (CPT) s’est rapidement transformé en champ de bataille, non pas contre les gangs, mais entre ses propres membres. En quelques mois, trois d’entre eux ont été éclaboussés par des scandales de corruption. Pendant que les débats se focalisaient sur le choix du prochain directeur général, car chaque membre arrivant avec sa propre liste de candidats à placer, la population courait dans toutes les directions, ne sachant plus à quel saint se vouer. En somme, le CPT est la preuve vivante que la classe politique haïtienne est lamentable, dépourvue de colonne vertébrale et incapable de s’entendre, sauf quand il s’agit de se partager le gâteau.

Après ce cirque institutionnel, Alix Didier, le fils aimé de Washington, apparaît comme le nouveau vernis sur une machine en putréfaction. À quoi peut-on s’attendre ? Qui vivra verra !

 Communauté internationale ou communauté d’hypocrites ?

La communauté internationale n’est pas un simple spectateur, mais un acteur central de la descente aux enfers du pays. Pendant des décennies, elle a soutenu des corrompus et des incompétents. Depuis la mort de Jovenel Moïse, elle se contente de constater les dégâts auxquels elle a participé, tout en brandissant des menaces de sanctions. Cette communauté internationale nous aiderait davantage si elle s’attaquait aux racines du mal les véritables seigneurs de guerre cachés derrière des sociétés écrans qui s’enrichissent dans le financement des conflits  si elle cessait de pactiser avec des politiciens corrompus, si elle prenait des mesures drastiques pour contrôler les frontières par lesquelles les armes entrent, et si elle utilisait les sanctions non comme un moyen de pression, mais comme des mesures coercitives effectives.

 L’impératif d’une rupture

Le constat est clair : la classe politique haïtienne, toutes tendances confondues, a échoué. Aucun des hommes et des femmes, de Jovenel Moïse à Alix Didier, n’a su faire primer l’intérêt national. Ils ont préféré transformer la politique, qui est la gestion de la cité, en une profession lucrative. Mais la responsabilité est collective : celle des partis politiques sans vision, celle d’une société civile fragmentée, celle d’une élite intellectuelle silencieuse, et celle d’une communauté internationale qui a cautionné cette classe politique.

Il est temps de constater leur faillite totale et de repenser la nation en dehors de leur table.

Archille Carly-Marc Wensley

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