23 février 2026
PRA. CE QUE JE PENSE : UN CONTRAT PRIVÉ ENTRE COQUINS APPELÉ « PACTE NATIONAL »
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PRA. CE QUE JE PENSE : UN CONTRAT PRIVÉ ENTRE COQUINS APPELÉ « PACTE NATIONAL »

CE QUE JE PENSE

UN CONTRAT PRIVÉ ENTRE COQUINS APPELÉ « PACTE NATIONAL »

Par Pierre Robert Auguste

Des hommes et des femmes qui s’agitent dans la sphère publique ne cessent d’amuser par leur rhétorique tortueuse et leur avidité manifeste. Encore une scène désopilante dans le landerneau morne et affligeant de Port-au-Prince — aujourd’hui, hélas, Port-au-Crime.

L’empressement à signer un texte avec Didier Fils-Aimé et à le qualifier d’« Entente nationale pour la stabilité et l’organisation des élections » atteint le summum du ridicule, du troc politique, du « ban m ap ban w ». Ce texte, si la version finale diffusée se confirme, n’est rien d’autre qu’un contrat privé entre coquins, entre piégeurs et piégés.

Didier Fils-Aimé est un Premier ministre démissionnaire, dont la validité des actes ne peut que se circonscrire aux affaires courantes. Aucun des signataires ne peut exciper d’un aval formel de l’instance délibérative de son parti ou de son organisation l’autorisant à signer. Ils agissent donc en leur nom personnel, sans mandat clair ni légitimité collective.

L’acte lui-même contrevient à l’ordre public en prétendant mettre en place une structure supraconstitutionnelle. Il se dépouille du référent du décret du 7 février 2026, basé sur l’article 149 de la Constitution dite amendée, qui fonde l’existence collégiale du pouvoir dont l’effectivité est remise à la personnalité juridique de chaque ministre. Le texte répugne également à l’ordre moral. L’intention et la volonté de tromper semblent trop manifestes chez toutes les parties signataires.

Didier se camoufle en président de la République sans oser le dire ouvertement. Les autres attendent une coiffe titularisante, assortie — soupçonne l’opinion publique à travers les réseaux — de faveurs monnayées. Nous sommes face à un cas de dol réciproque : tromper et consentir à être trompé. Les hommes et femmes de la première République noire innovent-ils un nouveau type de dol ? Mais cette fois, tristement, dans l’abjection.

On a l’impression que tout ce scénario vise à permettre à certains acteurs politiques de cligner des yeux complaisants vers « le Blanc », afin de montrer leur disposition enthousiaste à participer à un jeu diplomatique macabre et avilissant.

Mais ceux qui se sont abstenus auront peut-être la gloire de l’Histoire. Ce sont eux qui représentent la majorité silencieuse : les provinces inquiètes et attentives, les masses populaires port-au-princiennes méfiantes, soupçonneuses et imprévisibles. À force de subir des provocations maladroites, elles finiront par trancher contre les prédateurs, les traîtres et les oppresseurs.

Pourtant, les promoteurs de cette soi-disant entente nationale ont raté une occasion stratégique d’affaiblir Didier et ses soutiens en faisant traîner les pourparlers et en remettant en cause sa légitimité. Ils auraient pu forcer l’État à se redresser devant les comparses de la CARICOM. L’acceptation diplomatique n’est pas un gage de légitimité fondamentale. Celle-ci repose uniquement sur l’adhésion interne profonde et sur la cohésion des volontés nationales.

Elle ne peut résulter d’un cercle restreint de prédateurs qui s’adonnent à un cycle intemporel de partage et de distribution des faveurs de l’État sur le dos du peuple.

Pour reprendre Blaise Pascal, ils courent « sans souci dans le précipice après avoir mis quelque chose devant eux pour empêcher de le voir ».

Bon appétit, les indélicats !

Gonaïves, le 23 février 2026
Pierre Robert Auguste

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