Port-au-Prince — Face à l’effondrement institutionnel et à la vacance présidentielle prolongée, la plateforme Proposition Citoyenne pour une Sortie de Crise (PCSC) durcit le ton. Dans une note de position rendue publique le 20 février 2026, l’organisation accuse frontalement les juges de la Cour de cassation d’avoir renoncé à leur responsabilité historique.
Depuis 2021, la PCSC défend une ligne claire : un magistrat de la Cour de cassation devait assurer la présidence intérimaire afin de garantir la continuité de l’État conformément à la tradition constitutionnelle haïtienne. Selon la plateforme, cette option représentait un rempart juridique contre l’arbitraire et l’improvisation politique.
UNE OCCASION MANQUÉE AU SOMMET DE L’APPAREIL JUDICIAIRE
Pour la Proposition Citoyenne, la haute juridiction a choisi l’inaction. Sit-in, démarches institutionnelles, pétitions — plus de 25 000 signatures — n’auront pas suffi à convaincre les magistrats d’assumer une fonction transitoire jugée compatible avec l’esprit du droit public haïtien.
La PCSC considère cette abstention comme une défaillance grave. À ses yeux, la Cour de cassation, dernière institution formellement intacte, s’est retranchée derrière une neutralité procédurale qui masque une frilosité politique.
« Observer quand la Nation vacille, c’est déjà prendre parti », résument des membres de la plateforme.
GARDIENS DE LA CONSTITUTION OU PROTECTEURS D’UN SYSTÈME ?
Le communiqué va plus loin : il suggère que l’immobilisme judiciaire alimente la pérennité d’un système marqué par l’opacité, les lenteurs chroniques et la défiance populaire.
Aux yeux de la Proposition Citoyenne, la Cour ne pouvait ignorer l’impératif de continuité de l’État. Son refus d’agir aurait consolidé une architecture exécutive dépourvue d’assise présidentielle explicite, ouvrant la voie à des décisions contestables sur le plan de la légitimité.
La critique est sévère : en se tenant à distance du tumulte politique, la magistrature suprême serait devenue, non l’arbitre, mais la gardienne passive d’un ordre institutionnel fragilisé.
UNE SECONDE OPTION SUR LA TABLE
Prenant acte du refus des juges, la PCSC réaffirme désormais une autre voie : la désignation d’une personnalité consensuelle issue de la classe politique ou de la société civile, accompagnée d’un Premier ministre, pour former un exécutif bicéphale fondé sur un accord inclusif.
La plateforme soutient que seule une telle formule permettrait d’organiser des élections crédibles et d’extraire le pays de l’impasse actuelle.
UN APPEL À LA CONSCIENCE NATIONALE
Au-delà de la dénonciation, la Proposition Citoyenne lance un appel aux acteurs nationaux et internationaux. L’organisation estime que la crise haïtienne ne relève pas uniquement de rivalités partisanes, mais d’un déficit de courage institutionnel.
Le message est clair : l’histoire jugera les magistrats non sur leurs silences, mais sur leur capacité à défendre l’ordre constitutionnel lorsque celui-ci était menacé.
Reste cette interrogation lourde de sens : la Cour de cassation a-t-elle manqué un rendez-vous avec la République — ou a-t-elle simplement révélé l’état réel du système qu’elle est censée incarner ?



