L’Edito du Rezo
Accord sans échéance : Fils-Aimé et ses copains-coquins jouent-ils avec l’insécurité et la misère du peuple haïtien ?
Depuis les efforts déployés par le président Pierre Nord Alexis pour célébrer dignement le Centenaire de l’Indépendance en 1904, le pays peine à voir émerger des dirigeants à la hauteur des exigences nationales. Le dernier pacte signé ce week-end en fournit, pour certains observateurs, une illustration troublante.
Ce texte, présenté comme instrument de stabilité, apparaît plutôt comme l’exposition d’une classe politique déconnectée des réalités populaires. Aux yeux de ses critiques, il révèle une dérive marquée par l’indécence institutionnelle, la dépendance stratégique et une forme d’abandon de souveraineté.
Un siècle après les commémorations solennelles de l’Indépendance, la comparaison interroge : la République avance-t-elle encore guidée par l’intérêt national, ou glisse-t-elle vers une gestion circonstancielle de la crise, sans vision collective ni responsabilité historique ?
Un « pacte national » dépourvu d’échéance explicite, sans architecture indépendante de reddition de comptes, sans mécanisme robuste de prévention de la corruption : telle apparaît la structure du quatrième accord post-mardi gras.
Le texte dispose que le pouvoir exécutif demeure en fonction « jusqu’à l’installation des élus légitimes » . Aucune date butoir. Aucun encadrement temporel impératif. La transition se transforme ainsi en séquence indéterminée, susceptible d’extension selon les conjonctures politiques.
Quelle stratégie poursuit Alix Didier Fils-Aimé ? Lorsque la corruption et l’impunité ne sont assorties d’aucune échéance, l’évaluation de 16/100 attribuée au pays par Transparency International cesse d’être une statistique abstraite pour devenir un indicateur structurel de défiance.
Le pacte invoque neutralité et impartialité. Pourtant, aucun dispositif disciplinaire indépendant n’est institué à l’égard de membres du gouvernement impliqués dans des controverses publiques. Les mesures correctrices relèvent du Conseil des ministres lui-même . L’organe exécutif concentre à la fois l’action, le contrôle et la sanction. La séparation fonctionnelle demeure théorique.
Plus préoccupant encore, la centralité politique d’un dirigeant dépourvu de mandat électif national interroge la nature de la légitimité invoquée. La légitimité issue des urnes fait défaut ; la légitimité de transition se prolonge sans horizon clairement défini ; la stabilité est proclamée sans garantie normative consolidée.
Présenté comme consensuel, le document est validé par des formations politiques qui acceptent un cadre sans échéance précise. L’impression prévaut d’un instrument orienté vers la consolidation d’une reconnaissance externe plutôt que vers la restauration effective de l’ordre constitutionnel interne. La norme est citée ; elle n’est pas consolidée.
La problématique dépasse les individualités. Pourquoi la gestion de la crise semble-t-elle conçue comme un arrangement entre cercles restreints plutôt que comme un processus institutionnel inclusif ? Rien n’indique une rupture avec les cycles antérieurs. Les négociations paraissent circulaires.
Accords successifs, pauvreté persistante, dispositions constitutionnelles contournées puis réinterprétées au gré des rapports de force.
En l’absence d’échéance, la transition tend à se muer en régime. En l’absence de sanctions effectives, l’impunité s’installe comme pratique.
La République, pour sa part, continue de supporter le coût politique, institutionnel et social de cette indétermination érigée en mode de gouvernance, servitude oblige.

