Port-au-Prince, le 19 février 2026
Monsieur Fréderic LECONTE
Inspecteur général en chef
Inspection Générale de la Police Nationale d’Haïti (PNH)
En ses bureaux. –
Objet : Demande de sanctions à l’encontre des policiers impliqués dans des cas de bastonnade et d’exécution sommaire
Monsieur l’Inspecteur général en chef,
Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) profondément préoccupé par le nombre, en un peu moins de deux (2) mois, de victimes de bastonnade et d’exécution sommaire perpétrés par des agents de la Police Nationale d’Haïti (PNH) – s’empresse de vous communiquer les informations recueillies, aux fins d’investigations et de sanctions immédiates.
Monsieur l’Inspecteur général en chef,
Dans des circonstances inacceptables et souvent, comme vous le constaterez, pour des broutilles, du 21 décembre 2025 au 4 février 2026, cinq (5) personnes dont une fillette de sept (7) ans et une adolescente de quatorze (14) ans ont été froidement exécutées par des policiers. Les faits ont été ainsi reconstitués par le RNDDH :
Exécution d’Ephésien POUX par l’Agent I Murguens ALEXIS alias Ti Okap
Le 21 décembre 2025, vers 23 heures, à Twou Sab, lère ruelle Nazon, Éphésien POUX et Jerry WILLIAMSON, un militaire des Forces Armées d’Haïti (FAD’H), rentraient chez eux lorsqu’arrivés devant la barrière d’entrée menant à Twou Sab, ils ont frappé pour qu’on leur ouvre. L’agent Murguens ALEXIS alias Ti Okap qui était présent sur les lieux, leur a demandé de s’identifier. Le militaire Jerry WILLIAMSON a alors affirmé que c’était un militaire des FAD’H qui frappait à la barrière. Sans hésiter, l’Agent I Murguens ALEXIS alias Ti Okap a tiré à deux (2) reprises, atteignant Éphésien POUX à l’abdomen.
Transporté à l’Hôpital Universitaire La Paix ce dernier a succombé à ses blessures le 25 décembre 2025, selon le certificat de décès délivré à la famille.
Le 7 janvier 2026, les proches de la victime ont porté plainte contre le policier Murgens ALEXIS, alias Ti Okap, auprès de l’institution que vous dirigez. Deux (2) d’entre eux ont depuis été auditionnés par l’IGPNH, respectivement le 31 janvier et le 2 février 2026. Cependant, à date, l’agent est encore à son poste d’affectation.
Éphésien POUX âgé de trente-trois (33) ans, était père d’une fillette de cinq (5) ans.
Double exécution perpétrée par l’Agent II Nelson PRUD’HOMME alias Black Nenel
Le 1er janvier 2026, entre 17 et 18 heures, à Delmas 40 A, l’Agent II Nelson PRUD’HOMME alias Black Nenel a froidement exécuté deux (2) personnes, le chauffeur d’un camion de transport de marchandises et une femme qui l’accompagnait. Cette double exécution spectaculaire est survenue à la suite d’une altercation entre l’agent et le chauffeur qui convoyait du charbon en provenance de Jérémie, destiné à des commerçants.es du marché de Delmas 32.
Parce que le chauffeur avait accidentellement endommagé un fil électrique alimentant le studio de beauté appartenant à Neltha présentée dans la zone comme étant la conjointe du policier Nelson PRUDHOMME alias Black Nenel, ce dernier a simplement exécuté le chauffeur ainsi que la femme qui l’accompagnait. Pourtant, le RNDDH a appris que le chauffeur avait affirmé à plusieurs reprises être disposé à prendre en charge les frais de réparation du fil électrique.
Si dans une note officielle datant du 3 janvier 2026, la Police Nationale d’Haïti (PNH) a indiqué avoir identifié l’agent impliqué et transmis le dossier aux autorités judiciaires compétentes, aucune information publique ne confirme, à ce jour, son arrestation.
Exécution de Fédorard Anne Elisaberth Vite par l’Agent II Ricardin JEAN PIERRE alias Toky
Le 11 janvier 2026, entre 20 et 21 heures, à Jacquet Toto, Delmas 95, la famille de Fédorard Anne Elisaberth VITE âgée de quatorze (14) ans, élève en 9ème année fondamentale, organisait une fête pour l’éclairage de laquelle une connexion électrique temporaire avait été mise en place. Celle-ci a provoqué une panne sur la ligne qui alimente aussi la résidence de l’Agent II Ricardin JEAN PIERRE alias Toky. Il s’est rendu sur le toit de la maison de la victime, accompagné de trois (3) autres individus. Immédiatement arrivé sur les lieux, à l’aide de son arme à feu, il a frappé à plusieurs reprises Pierre Richard LOUIS et Richardson LOUIS, respectivement père et frère de la victime, âgés de quarante-six (46) et de vingt (20) ans.
Pour avoir tenté d’expliquer la situation au policier et de le rassurer sur le fait que le courant serait rapidement rétabli, la mère de la victime, Claudette SIFFRARD, qui présente des difficultés à se déplacer sans l’aide d’une béquille, a été giflée et bousculée violemment, ce qui lui a valu d’être tombée au sol.
C’est à ce moment qu’est intervenue la mineure Fédorard Anne Elisaberth VITE dénonçant le traitement inhumain et dégradant qu’infligeait le policier à une personne vivant avec une déficience motrice. En réponse, l’Agent II Ricardin JEAN PIERRE a fait feu en direction de la mineure, l’atteignant au sein gauche. Il a ensuite démoli les installations de la fête, avant de quitter les lieux, arme en mains.
La victime a été, dans un premier temps, transportée à l’Hôpital DASH de Pétion-Ville où elle n’a pas été reçue. En route pour l’Hôpital Universitaire la Paix, elle a succombé à ses blessures et a été déclarée morte à son arrivée. Selon le médecin, Fédorard Anne Elisaberth VITE a reçu une balle au sein gauche qui a traversé son cœur et son poumon avant de ressortir par son dos.
Le lendemain, soit le 12 janvier 2026, le corps sans vie de Fédorard Anne Elisaberth VITE a été constaté à la morgue de l’Hôpital Universitaire La Paix par le juge suppléant Pierre RAPHAËL du Tribunal de paix de Delmas. Le même jour, soit le 12 janvier 2026, une première plainte a été déposée au sous commissariat de police de Musseau, par le frère de la victime. Le 13 janvier 2026, une autre plainte a été déposée à la Direction Centrale de la Police judiciaire (DCPJ). Par la suite, le policier Ricardin JEAN PIERRE s’est livré à la DCPJ. Après son audition par l’Inspection Générale de la PNH, il a été transféré au Commissariat de Delmas 33, où le RNDDH a pu s’entretenir avec lui.
Sur demande de la mère de Fédorard Anne Elisaberth VITE, le 19 janvier 2026, le Parquet près le Tribunal de première instance de Port-au-Prince a octroyé autorisation à Claudette SIFFRARD de procéder aux funérailles de la victime, sans que le corps ne soit autopsié. Lesdites funérailles ont été célébrées le 27 janvier 2026.
Exécution de la mineure Elisa Yamiley COLIN par l’Agent I Joverson BERETTE
Le 4 février 2026, vers 16 heures, à Delmas 48, la mineure Elisa Yamiley COLIN, âgée de sept (7) ans, élève en 2ème année fondamentale, revenait de l’école à bord d’une motocyclette en compagnie de James ALCE, son chauffeur d’abonnement, lui-même âgé de trente-trois (33) ans.
Selon les faits qui ont été rapportés, un véhicule a frappé la motocyclette de l’Agent I Joverson BERETTE qui, en représailles, tira en direction du chauffeur. Le projectile a atteint James ALCE au niveau de la clavicule gauche et est ressorti par son dos avant de frapper Elisa Yamiley COLIN à la joue gauche. Cette dernière a été transportée d’abord à l’Hôpital Sainte-Famille, puis à l’Hôpital de l’Université de la Fondation Dr Aristide, avant d’être acheminée à l’Hôpital Espoir où elle est décédée le 5 février 2026 à 6 heures 30. Selon le certificat de décès qui a été délivré à a la famille, la victime présentait « une plaie par balle de la joue gauche qui a occasionné un traumatisme crânien sévère ayant causé sa mort ».
Pour sa part, James ALCE reçoit encore des soins à l’Hôpital de Médecins Sans Frontières (MSF) de Tabarre. Après les constats du juge suppléant Pierre BELVU, du Tribunal de paix de Delmas, le corps de la mineure a été remis à une entreprise de pompe funèbre.
Le même jour, le policier Joverson BERETTE s’est rendu à l’Inspection Générale de la PNH (IGPNH). Il a par la suite été conduit au Commissariat de Delmas 33, où le RNDDH s’est entretenu avec lui.
Monsieur l’Inspecteur général en chef,
Le RNDDH juge extrêmement inquiétante cette facilité avec laquelle des agents de l’institution policière bastonnent dans certains cas, tuent dans d’autres, des personnes âgées, des femmes, des mineures et des personnes vivant avec une déficience motrice. Inquiétante est aussi cette faculté qu’ils ont de faire usage de leurs armes à feu, en vue de gérer des conflits dans lesquels ils sont personnellement impliqués.
En ce sens, le RNDDH vous rappelle que, selon l’article 7.1 de la Loi du 29 novembre 1994 portant création, organisation et fonctionnement de la Police Nationale, les agents de l’institution sont appelés à « Assurer la protection et le respect des libertés des personnes, des vies et des biens », mais non, comme nous sommes amenés à le constater, à utiliser leur statut de policier pour bastonner, blesser et exécuter des membres de la population haïtienne.
S’ils n’ont appris ni la mesure ni la maitrise de soi à l’Académie Nationale de Police, c’est à l’Inspection Générale de la PNH de les freiner, en vue d’éviter qu’ils ne s’en prennent à d’autres personnes ; et de lancer le signal clair aux autres agents de l’institution que de tels agissements ne seront pas tolérés.
Voilà Pourquoi, le RNDDH sachant qu’une enquête est déjà ouverte sur au moins deux (2) des cas susmentionnés, recommande que les résultats de vos investigations relatives à toutes ces exécutions sommaires soient immédiatement communiqués à la Direction Générale de la PNH aux fins de l’éviction de l’institution de ces agents ; et que leurs dossiers soient acheminés à la juridiction répressive, pour qu’ils soient jugés et condamnés proportionnellement à leurs actes.
Espérant que suite diligente sera accordée à la présente correspondance, le RNDDH vous transmet, Monsieur l’Inspecteur général en chef, ses salutations distinguées.
Rosy AUGUSTE DUCENA, Responsable de programmes
Pierre ESPERANCE, Directeur exécutif

