La Fondation Lorquet pour une Nouvelle Haïti (FOLONHA) a appris avec tristesse le décès d’Élycia Benoit-Éliazer, veuve de Jérémy Éliazer, le plus célèbre des martyrs de Cazale lors du massacre de 1969.
Le massacre de Cazale constitue un épisode tragique de l’histoire d’Haïti, survenu entre le 27 mars et le 12 avril 1969, sous la dictature de François Duvalier, dit « Papa Doc ». Il s’est déroulé dans le village de Cazale, situé dans la 4ᵉ section communale de Cabaret, au nord de Port-au-Prince, où des soldats de l’armée haïtienne et des membres de la milice des Tontons Macoutes ont attaqué la population civile qui protestait contre le régime.
Le déclenchement de la répression fut en partie lié à des tensions politiques et sociales locales : des paysans et des militants, notamment issus du Parti d’Entente Populaire (PEP), avaient refusé de payer des taxes et s’étaient opposés aux autorités, et certains résistants, tels que Jérémy Éliazer — ancien soldat —, Alix Lamaute et Roger Méhu, avaient hissé le drapeau haïtien bleu et rouge à la place du drapeau noir et rouge du régime, en signe de défi.
Peu de temps après, les Tontons Macoutes vinrent chercher Éliazer et ses compagnons, qui s’étaient déjà échappés. Le samedi 5 avril, de nouveaux détachements composés de 500 soldats et Tontons Macoutes arrivèrent en renfort à Cazale et intensifièrent la tuerie. À la fin de la journée, 25 corps furent retrouvés et environ 80 autres personnes furent portées disparues. Des personnes furent enterrées vives. Une trentaine de maisons furent pillées et incendiées, et le bétail fut tué ou volé.
La fille de Jérémy Éliazer, qui habitait avec Agatha Belneau-Benoit à Port-au-Prince, fut arrêtée et détenue pendant 24 heures, ce qui laissa le temps à son père d’en être informé et de se rendre. Sa mère, Élycia Benoit-Éliazer, enceinte de sept mois, fut également emprisonnée (elle y donna naissance à sa deuxième fille). Jérémy Éliazer et Roger Méhu furent conduits aux Casernes Dessalines, d’où ils ne revinrent jamais.
Le massacre de Cazale est le plus important survenu sous le régime des Duvalier. Il demeure l’un des épisodes les plus violents du régime duvaliériste contre des civils et des opposants politiques, et il est commémoré chaque année par la population de Cazale et par des organisations locales comme un symbole de résistance et un rappel des abus commis sous Duvalier.
Élicia Éliazer, veuve de Jérémy, le plus célèbre des martyrs de Cazale, vivait à deux pas du mémorial du massacre construit en 1999. Le pas lourd, la voix lasse et le moral profondément atteint, elle se battait pour maintenir le site propre. Là se trouvait sa maison conjugale, incendiée par des duvaliéristes zélés en avril 1969. « Ma vie s’est arrêtée en 1969, disait-elle. J’ai perdu mon mari et une part de moi-même. J’ai aussi été emprisonnée. Depuis, le paysage m’est devenu étrange. Je fais beaucoup pour préserver la mémoire de cet événement. Mais je peux partir à tout moment vers l’au-delà. Et certainement une grande partie de la mémoire de Cazale disparaîtra avec moi. »
Élicia Benoit-Éliazer vivait en effet difficilement avec le souvenir de son mari martyr, souvenir qui ne s’est jamais effacé de sa mémoire jusqu’à son décès, survenu dans la matinée du mardi 17 février 2026.
En cette douloureuse circonstance, la Fondation Lorquet pour une Nouvelle Haïti (FOLONHA) exprime ses profonds regrets et ses sincères sympathies à la communauté de Cazale, et présente ses condoléances les plus attristées aux parents, proches et amis de la veuve Élycia Benoit-Éliazer, éplorés par ce départ.

