4 février 2026
Et si la diaspora haïtienne se mobilisait pour la stabilité d’Haïti comme elle le fait pour le TPS ?
Actualités Société

Et si la diaspora haïtienne se mobilisait pour la stabilité d’Haïti comme elle le fait pour le TPS ?

À l’approche de l’expiration du Temporary Protected Status (TPS) accordé aux ressortissants haïtiens, la diaspora haïtienne aux États-Unis s’est largement mobilisée pour exiger le renouvellement de ce programme. Cette mobilisation est légitime et compréhensible, puisqu’elle touche directement à la sécurité juridique, économique et humaine de milliers de familles.

Cependant, cette dynamique révèle une contradiction majeure : alors que l’énergie collective se déploie intensément pour le maintien d’un statut migratoire à l’étranger, la véritable cause structurelle de cette migration forcée — l’instabilité chronique d’Haïti — demeure largement marginalisée dans les discours et les actions de la diaspora.

Une frange importante de cette communauté semble considérer que, dès lors qu’elle se trouve sur le territoire américain — parfois idéalisé comme le « pays du Bon Dieu », un paradis sur terre —, la crise haïtienne ne la concerne plus directement. Or, tant qu’Haïti restera plongée dans l’insécurité, la mauvaise gouvernance et l’effondrement institutionnel, les pays étrangers continueront d’être pour les Haïtiens des espaces de survie plutôt que de dignité.

Ce désengagement relatif se manifeste également dans l’écosystème médiatique haïtien, notamment sur les réseaux sociaux. De nombreux blogueurs et influenceurs privilégient des contenus sensationnalistes ou polémiques, conçus pour générer des vues et des revenus sur Facebook ou TikTok. S’engager dans une campagne sérieuse en faveur d’un changement structurel en Haïti — en interpellant la communauté internationale, notamment les États-Unis, sur leurs responsabilités politiques et géostratégiques — est souvent perçu comme peu rentable en termes de visibilité numérique.

Cette situation met en lumière un malaise plus profond : quémander une protection internationale paraît plus facile que mener une bataille politique et citoyenne pour la refondation de l’État haïtien. La diaspora, pourtant dotée d’un capital économique, intellectuel et politique considérable, demeure sous-mobilisée lorsqu’il s’agit d’exiger des réformes durables, de soutenir des institutions crédibles ou de contribuer à une vision nationale de stabilité et de souveraineté.

En définitive, le renouvellement du TPS ne peut constituer une solution permanente à un problème fondamentalement politique. Sans une mobilisation consciente et durable en faveur de la stabilité, de l’État de droit et de la gouvernance démocratique en Haïti, les Haïtiens continueront à dépendre de statuts provisoires — toujours fragiles — dans des pays qui ne seront jamais véritablement les leurs.

Alceus Dilson
Communicologue, juriste
Alceusdominique@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.