4 février 2026
Un destroyer américain aux portes de Port-au-Prince : le bruit sourd d’une fin de transition
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Un destroyer américain aux portes de Port-au-Prince : le bruit sourd d’une fin de transition

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 03 février 2026

Ce mardi, les eaux entourant Port-au-Prince ont accueilli un visiteur qui ne vient jamais par hasard : le destroyer américain USS Stockdale (DDG-106), flanqué de deux patrouilleurs de la Garde côtière des États-Unis. Une présence lourde, métallique, stratégiquement silencieuse. Et surtout, terriblement éloquente.

Car ce déploiement naval survient à quelques jours de l’échéance officielle du Conseil présidentiel de transition (CPT), dont le mandat expire le 7 février 2026, dans un pays où la transition ressemble davantage à une longue agonie politique qu’à un passage ordonné vers la souveraineté institutionnelle. Quand un destroyer de dernière génération jette l’ancre symbolique au large d’un État effondré, ce n’est pas pour admirer la baie.

Le USS Stockdale n’est pas un navire d’apparat. C’est une machine de guerre polyvalente, bardée de capacités anti-aériennes, anti-surface et anti-sous-marines. Autrement dit, un message flottant. Un avertissement discret. Une sentinelle avancée. À ses côtés, les patrouilleurs de la Garde côtière complètent le dispositif : surveillance, contrôle maritime, anticipation. Le vocabulaire est militaire, la grammaire est politique.

Aucune communication officielle n’est venue préciser les objectifs de la mission. Mais en Haïti, le silence international a toujours parlé plus fort que les communiqués.

Cette présence navale s’inscrit clairement dans le renforcement de la posture américaine dans les Caraïbes, à un moment où l’État haïtien vacille entre vacance du pouvoir, insécurité endémique et marchandages de dernière minute entre acteurs politiques recyclés.

Le calendrier n’est pas neutre. Le CPT arrive à bout de souffle, sans bilan convaincant, sans horizon clair, sans consensus national. La fin annoncée de son mandat ouvre une zone de turbulences : qui gouverne après le 7 février ? Sur quelle base ? Avec quelle légitimité ? Et surtout, pour servir quels intérêts ? Dans ce flou, le destroyer apparaît comme une balise géopolitique, signalant que la communauté internationale — ou du moins Washington — observe, calcule et se tient prête.

Il ne s’agit pas nécessairement d’une menace directe. Mais l’Histoire haïtienne enseigne que les grandes puissances n’envoient pas leurs navires pour rien. Elles viennent protéger des routes, des intérêts, des équilibres régionaux. Rarement des principes. La stabilité évoquée par certains observateurs est d’abord celle qui rassure les marchés, freine les flux migratoires et empêche le chaos de déborder.

Pendant ce temps, à terre, le peuple haïtien continue de compter ses morts, de contourner les barricades, de survivre à l’absence d’État. Le contraste est brutal : d’un côté, un destroyer high-tech scrutant les côtes ; de l’autre, une capitale assiégée, livrée aux gangs, aux combines politiques et à l’usure morale.

L’arrivée du USS Stockdale n’est donc pas un simple fait maritime. C’est un symptôme. Celui d’un pays placé sous observation permanente, incapable de produire seul les réponses à sa propre crise. Celui d’une transition qui se termine sans avoir commencé. Et celui d’une souveraineté réduite à une ligne d’horizon, visible mais toujours hors de portée.

Dans les eaux de Port-au-Prince, le destroyer attend. Comme l’Histoire. Impatiente. Silencieuse.

Intransigeante.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste

mompointreynoldson@gmail.com

WhatsApp +50937186284

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