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A l’approche de l’échéance constitutionnelle du 7 février 2026, la crise politique haïtienne continue d’alimenter initiatives, interrogations et repositionnements, ramenant le débat au centre des cercles décisionnels. La sollicitation par le Conseil présidentiel de la transition (CPT) de André Dumas, évêque de l’Anse-à-Veau, comme médiateur potentiel, a relancé les discussions relatives au rôle de l’Église Catholique dans la phase finale d’un processus de transition marqué ouvertement par des défaillances structurelles, des scandales de corruption, des impasses politiques persistantes et une érosion manifeste de la confiance entre les acteurs.
Selon les précisions apportées par le porte-parole de la Conférence Episcopale d’Haïti, (CEH), le RP. Marc Henry Siméon cette démarche n’a pas été initiée auprès de l’institution épiscopale. Monseigneur Dumas a été contacté directement, à titre personnel, par des acteurs engagés dans la recherche d’une issue à la crise. Dès lors, a-t-il indiqué, aucune autorisation préalable ni mandat collégial n’a été sollicité auprès de la Conférence, laquelle affirme respecter ce cadre tout en laissant évoluer les échanges engagés.
A ce stade, a-t-il enchainé, la médiation demeure au niveau de la proposition, sans validation institutionnelle ni garantie d’aboutissement.
Cette clarification intervient dans un contexte où l’Accord du 3 avril constitue un repère central du cadre transitoire. Pour le Révérend Père Siméon, porte-parole de la Conférence épiscopale d’Haïti, cet accord rappelle une échéance fixée bien auparavant au 7 février 2026, en consacrant cette date comme terme du dispositif transitoire.
Il a poursuivi en soulignant que cette borne concerne également le Conseil électoral provisoire, dont toute prolongation au-delà de cette échéance ne saurait être envisagée qu’au prix d’un nouveau consensus politique et institutionnel. Sur ce point, la Conférence estime qu’« il n’y a rien à redire », la date étant explicitement établie.
C’est précisément à partir de cette contrainte que la Conférence développe sa distinction entre la lettre et l’esprit de la Constitution, distinction déjà formulée dans son message de Noël, a rappelé le révérend. En l’état actuel des institutions, soutient-il, l’application stricte de la lettre constitutionnelle s’est révélée matériellement impossible. Pour autant, l’abandon du texte ne saurait conduire à l’abandon de sa logique. L’« esprit de la Constitution » renvoie ainsi à l’architecture fondamentale du pouvoir exécutif haïtien, reposant sur l’existence conjointe d’un président de la République et d’un Premier ministre.
Cette configuration n’est pas présentée comme un dogme juridique abstrait, mais comme l’expression d’une sagesse institutionnelle issue de la conscience collective. Les lois, rappelle le religieux, ne surgissent pas ex nihilo : elles traduisent des équilibres historiquement construits. Dans cette perspective, la Conférence, sans le mentionner explicitement, exprime une réserve nette à l’égard de l’hypothèse d’une République dirigée exclusivement par un Premier ministre au-delà du 7 février 2026, non par posture partisane, mais par attachement à la logique constitutionnelle fondatrice de l’État.
La question de la présence de l’Église au sein du Conseil électoral provisoire s’inscrit dans la même problématique de légitimité. Constitué en 2024 avec pour mission d’organiser des élections et de remettre le pouvoir à un président élu à la date constitutionnelle, le CEP se retrouve confronté à l’absence de ce résultat. Pour le porte-parole de la CEH, toute prolongation de ce cadre au-delà du 7 février ne saurait être envisagée sans un consensus politique et social explicite.
En définitive, la Conférence épiscopale se positionne moins comme actrice directe de la médiation que comme gardienne d’un cadre éthique et institutionnel minimal, rappelant les bornes temporelles de la transition, la logique de la Constitution et la nécessité du consensus.
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