Depuis le 2 décembre 2025, le département du Nord est le théâtre d’une série de crimes d’une gravité extrême, restés à ce jour sans réponse judiciaire visible. L’assassinat brutal de la commerçante Venante Merveille, criblée de projectiles par des individus armés malgré les alertes et plaintes répétées de sa famille, a ouvert une séquence sanglante.
Le 8 décembre, Alexis Duval, 19 ans, a été abattu à Blue Hills. Le 17 décembre, deux corps sans vie ont été découverts dans un véhicule à Charrier, sur la route nationale numéro 1. Puis, le 6 janvier 2026, à peine vingt jours plus tard, trois membres d’une même famille ont été retrouvés morts dans une voiture à Barrière-Bouteille, dans un état avancé de décomposition, suscitant stupeur et indignation au sein de la population. Face à cette succession de crimes, le silence des autorités judiciaires interpelle.
Jusqu’à présent, aucune interpellation majeure n’a été annoncée, aucune enquête sérieuse n’a été rendue publique, aucun message rassurant n’a été adressé à une population livrée à la peur.
Le Commissaire du gouvernement près le Tribunal de première instance du Cap-Haïtien, Me Éno Zéphirin, n’a fait aucune déclaration officielle sur ces dossiers, ni pris de dispositions visibles pour freiner cette spirale de violence. Cette absence de réaction institutionnelle alimente le sentiment d’abandon et renforce la défiance envers la justice.
Cette inertie contraste fortement avec la promptitude et la fermeté dont fait preuve le parquet dans d’autres circonstances. Plusieurs citoyens dénoncent notamment la brutalisation d’un jeune entrepreneur par le Commissaire du gouvernement, sanctionné non pour un crime, mais pour avoir exprimé une position critique.
Cette sélectivité dans l’exercice de l’autorité judiciaire pose une question fondamentale : la justice dans le Nord protège-t-elle la population ou sert-elle des intérêts particuliers, au détriment des droits et de la sécurité collective ?
La mairie du Cap-Haïtien, la délégation départementale et le parquet apparaissent aujourd’hui enfermés dans un mutisme préoccupant face à une dérive sécuritaire manifeste. Routes nationales devenues zones de non-droit, crimes non élucidés, familles endeuillées livrées à elles-mêmes : le constat est accablant.
À force de silence, d’inaction et d’abus d’autorité, les responsables locaux donnent l’image d’un État absent, incapable d’assurer sa mission première — protéger la vie. Dans le Nord, la violence progresse, pendant que les institutions reculent.
Guyno DUVERNE duverneguyno@gmail.com

