29 novembre 2025
Assassinat de Dorval | Martine Moïse détient-elle toujours les images exclusives de la soirée du 28 août 2020 ?
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Assassinat de Dorval | Martine Moïse détient-elle toujours les images exclusives de la soirée du 28 août 2020 ?

Flashback sur l’assassinat de Me Monferrier Dorval : l’énigme des images non transmises à la justice

L’assassinat du bâtonnier Monferrier Dorval, le 28 août 2020, reste l’un des épisodes les plus emblématiques de l’effondrement des institutions judiciaires haïtiennes. Ce juriste reconnu pour sa rigueur intellectuelle et son attachement au droit constitutionnel fut abattu devant son domicile, dans un quartier placé sous haute surveillance en raison de la résidence présidentielle voisine. L’émotion suscitée par ce crime ne s’est jamais éteinte, car l’affaire concentre tous les symptômes d’une justice empêchée : lenteurs procédurales, silences institutionnels et disparition de preuves matérielles.

Un élément majeur intrigue particulièrement les observateurs : l’existence présumée d’images vidéo de l’assassinat, révélée par l’ancien président Jovenel Moïse. Celui-ci affirma que son épouse, Martine Moïse, lui avait montré, quelques minutes après l’attentat, des séquences captées sur le lieu du crime. Or, jusqu’à aujourd’hui, ces images n’ont jamais été versées au dossier judiciaire ni présentées à la presse. La justice haïtienne, malgré plusieurs réquisitions, n’a pas confirmé disposer de telles preuves. Cette asymétrie informationnelle pose un problème fondamental : la vérité judiciaire se construit sur l’administration des preuves, et l’absence de ces documents fragilise la procédure pénale.

Le refus de collaboration de l’ancienne Première dame ajoute une dimension juridique et éthique au débat. En conservant des preuves potentielles, selon son mari-défunt, sans les soumettre aux autorités compétentes, Martine Moïse se place au centre d’un paradoxe : témoin privilégié d’éléments cruciaux, elle en devient également détentrice exclusive. Dans la perspective du droit procédural, ce comportement s’apparente à une obstruction indirecte, car il prive les juges d’éléments susceptibles d’éclairer les faits. L’argument selon lequel ces images relèveraient d’un usage privé ne résiste pas à l’exigence de manifestation de la vérité dans un crime public.

La science du droit insiste sur l’indissociabilité entre preuve et justice. Comme le rappelle Michel Foucault dans La vérité et les formes juridiques (1974), la justice ne peut se déployer qu’à travers des dispositifs de preuve partagée, vérifiée et confrontée. La rétention de séquences vidéo constituerait ainsi une rupture épistémologique, empêchant l’établissement de la vérité judiciaire. Plus encore, cette rétention entretient le soupçon, car l’absence de transmission volontaire peut être interprétée comme une volonté de contrôle politique sur le récit de l’assassinat.

Ce constat renvoie à une constante de la vie publique haïtienne : la disparition ou la non-divulgation d’éléments de preuve dans les affaires d’État. L’enquête sur le massacre de La Saline en 2018 a été paralysée par la disparition de rapports d’enquête de la Police judiciaire. Le dossier PetroCaribe s’est heurté à la destruction partielle d’archives et à la dissimulation de documents financiers. L’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, a lui-même été marqué par des interrogations sur la destruction ou la rétention d’images captées par les caméras de surveillance de sa résidence. Ces précédents montrent que le cas Dorval n’est pas isolé mais s’inscrit dans une tradition d’impunité systémique où la vérité judiciaire est délibérément obstruée.

Ainsi, l’énigme des images présumées détenues par Martine Moïse illustre la faillite des mécanismes de preuve en Haïti, mais aussi la manière dont les archives, vidéos et documents deviennent des instruments de pouvoir, contrôlés par des acteurs privés au détriment de l’intérêt général. Plus qu’un simple dossier criminel, l’affaire Dorval incarne la tension permanente entre mémoire collective et vérité confisquée, révélant une justice qui demeure captive d’intérêts politiques et d’arrangements souterrains.

à lire aussi : Récapitulatif Vidéo | Haïti : Crime d’État le 28 août 2020. Jovenel Moïse : « Me. Dorval décède à 10h13, puis à 10:15 […] 2 minutes plus tard, c’est ma femme qui m’a présenté les images »

cba

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