1 janvier 2026
Message aux peuples noirs : ne soyons plus les mains de l’oppression. Arrêtons de  faire le sale boulot 
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Message aux peuples noirs : ne soyons plus les mains de l’oppression. Arrêtons de  faire le sale boulot 

Par : Ralf Dieudonné JN MARY 

Auteur, conférencier, mentor et enseignant haïtien 

Ingénieur civil diplômé de la Faculté des Sciences de l’Université d’État d’Haïti � : jeanmaryralf@gmail.com 

� : (+509) 34520855 

Je n’écris pas cette lettre contre qui que ce soit. 

Je ne cherche pas à diviser, ni à accuser. Je ne viens pas dresser un peuple contre un autre, ni  raviver des blessures, ni rallumer des tensions. J’écris cette lettre parce que j’aime. Parce que  j’espère. Parce que je crois encore. 

Je suis un homme noir. 

Un Haïtien. 

Un enfant d’une terre blessée, mais debout. Et en ce jour, je m’adresse à mes frères et sœurs  noirs, de tous les continents, de toutes les îles, de toutes les nations. 

Ce que je vais dire est difficile à entendre. Mais je vous le dois. 

Depuis trop longtemps, on nous utilise contre nous-mêmes. 

Depuis trop longtemps, pour frapper l’un des nôtres, on passe par l’un des nôtres. Et bien  souvent, sans même s’en rendre compte, nous prêtons nos mains à ce sale boulot. Par ambition.  Par naïveté. Par peur. Par besoin d’exister dans un monde qui, souvent, ne veut pas de nous tels  que nous sommes. 

Et on nous fait croire que c’est un honneur. 

On nous invite sur les plus belles scènes. 

On nous tend un micro. 

On nous donne un rôle. 

Mais c’est un rôle vide, un rôle cruel : celui de désavouer nos semblables. De disqualifier nos  frères. D’éteindre la lumière d’un autre juste pour qu’on applaudisse notre performance.

Et nous, croyant avoir été choisis, nous acceptons. 

Quand il faut disqualifier un frère, on met en avant un autre frère pour rendre le coup plus  acceptable. Quand on veut faire passer une injustice, on met un visage familier devant, pour que  la gifle paraisse moins brutale. Et nous, parfois sans méchanceté, mais souvent par ambition ou  naïveté, nous acceptons de faire le sale boulot. 

On nous fait croire qu’on nous honore, mais en réalité, on nous utilise. 

Prenons un exemple : si un noir mérite un prix, mais qu’il faut à tout prix le donner à un autre, on  fait venir un autre noir sur scène pour remettre le trophée. Et ce dernier, croyant qu’on l’honore,  sourit fièrement, fait des discours, serre des mains… sans voir qu’il vient d’être un pion dans une  mascarade. 

Autre exemple : lorsqu’un peuple noir est plongé dans une crise, et qu’on veut maquiller une  occupation, on donne la direction d’une force multinationale à un autre peuple noir. Et ce peuple,  même conscient des véritables enjeux, accepte… pensant faire preuve de leadership, alors qu’il  devient complice d’un plan dessiné ailleurs. 

Quelle fierté peut-on tirer de cela ? 

Nous vivons dans un monde qui peut aller jusqu’à élire un noir comme président… pour lui  confier la guerre, la destruction, le chaos. Et nous sommes si fiers de ces ascensions, que nous  oublions de regarder les mains qui tirent les ficelles. 

Et après le sale boulot, pour mieux asseoir l’illusion, on est même prêt à lui donner le prix Nobel  de la paix. Une paix signée dans le sang et la division. 

Frères, sœurs, ne voyez pas dans mes mots de la haine. Ce n’est pas de la haine. C’est un cri de  réveil. Un cri d’amour. 

Nous ne sommes pas des pantins. 

Nous ne sommes pas des pions. 

Nous sommes un peuple de lumière. Un peuple d’intelligence. Un peuple d’histoire. Un peuple  de foi.

Nous n’avons pas besoin de vendre nos âmes pour être vus. 

Nous n’avons pas besoin d’humilier nos frères pour mériter une chaise à la table. Notre valeur n’est pas dans ce que l’on nous donne. Elle est dans ce que nous portons déjà. 

Le sale boulot, ce n’est pas toujours de tirer une arme. 

Le sale boulot, parfois, c’est de rester silencieux quand un frère est brisé. 

C’est de détourner le regard quand une injustice se fait sous prétexte qu’elle ne nous touche pas  directement. 

C’est d’accepter un poste, une médaille, une reconnaissance, quand on sait que le prix, c’était la  dignité d’un autre. 

Frères, ce monde n’a pas besoin que nous fassions le sale boulot. Il a besoin que nous fassions le  beau travail. 

Celui de nous aimer. 

De nous relever. 

De nous soutenir. 

De nous défendre. 

De nous unir. 

Je rêve d’un monde où, lorsqu’un homme noir est injustement traité, ce sont ses semblables qui  crient justice — non pas pour faire le spectacle, mais parce que leur cœur ne peut rester  silencieux. 

Je rêve d’un monde où notre fierté ne sera plus bâtie sur ce que nous avons fait pour les  puissants, mais sur ce que nous aurons fait les uns pour les autres. 

Je rêve d’un monde où nos enfants n’auront plus à choisir entre la fidélité à leur peuple et une  place au sommet. 

À vous, mes frères et sœurs, je dis ceci :

N’acceptons plus d’être les instruments de notre propre humiliation. 

Ne cherchons pas la gloire dans les yeux de ceux qui nous utilisent. 

Cherchons-la dans la lumière que nous rallumons chez nos semblables. Dans la solidarité que  nous construisons. Dans l’unité que nous défendons. Dans l’amour que nous pratiquons. 

Nous sommes grands. 

Pas parce qu’on nous le dit. 

Mais parce que, même brisés, nous avons toujours su aimer. 

Et aujourd’hui, il est temps d’aimer aussi avec sagesse. 

Assez fait le sale boulot. 

Il est temps de bâtir ensemble, de marcher ensemble, de se lever ensemble. Et ce jour-là, nul n’aura plus besoin de nous manipuler pour nous diviser. Car ce jour-là, nous aurons compris que nous étions déjà forts. 

Ensemble. 

Ralf Dieudonné JN MARY 

Un frère noir parmi d’autres, 

qui refuse de se taire quand il faut parler. 

Qui refuse d’humilier quand il faut relever. 

Qui croit encore en la puissance de l’unité.

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