Dans le bouillonnement des cuisines d’Anba le Pont, un petit coin d’Haïti niché à Saint Denis, une femme a écrit une page d’histoire aussi savoureuse qu’émouvante. La cheffe Leenchee Excellent dite «Leen», armée de sa passion et d’une endurance hors du commun, a pulvérisé les records du Guinness World Records en réalisant un marathon culinaire de 204 heures qui prend fin ce 16 avril 2025. Bien plus qu’une prouesse technique, cet exploit est une ode vibrante à la richesse du patrimoine gastronomique haïtien, un projecteur éblouissant sur une culture trop souvent éclipsée par les difficultés d’ordre sociopolitique. Alors qu’Haïti, son pays natal, traverse une crise profonde, marquée par la violence et l’incertitude, cette victoire prend une résonance particulière qui offre une rare bouffée d’oxygène et un motif de fierté nationale.
Quand la flamme de la cuisine devient symbole de résilience
Initialement fixée à 192 heures, la quête de Cheffe Leen s’est muée en une épopée de huit jours et huit nuits, une démonstration de détermination inébranlable et d’un amour viscéral pour les saveurs de son île natale. Elle a ainsi surpassé l’Australienne Evette Quoibia et ses 140 heures, 11 minutes et 11 secondes derrière les fourneaux, inscrivant son nom en lettres d’or dans l’annale des records. Le restaurant Anba le Pont, transformé en épicentre d’une célébration culinaire haïtienne, a vibré au rythme des préparations, des arômes enivrants et des encouragements chaleureux. La communauté haïtienne de France, rejointe par des curieux venus de tous horizons, a assisté à cette performance hors norme qui transforme un défi personnel en un événement collectif et symbolique. Sous les caméras de toute la planète, les plats emblématiques d’Haïti ont défilé, du réconfortant diri djondjon à la douceur de l’akasan, en passant par la traditionnelle soupe au giraumond (soup joumou) et le savoureux griot, chacun est capable de traduire une part de l’histoire et de l’âme haïtiennes. L’écho de cet exploit s’est retenti bien au-delà des murs du restaurant et a suscité une vague de soutien immense au sein de la population haïtienne et de sa diaspora qui ont suivi chaque heure de cette aventure culinaire en direct. La consécration imminente par le Guinness World Records est perçue comme une reconnaissance capitale, une opportunité unique de propulser la cuisine
haïtienne sur la scène gastronomique mondiale. Dans un contexte où l’image d’Haïti est souvent associée à la crise, cette récompense offre une perspective nouvelle et positive, mettant en lumière la richesse de son patrimoine immatériel.
Guinness : le sésame d’une reconnaissance internationale tant attendue Depuis sa création en 1955, le Guinness World Records s’est imposé comme le gardien des exploits les plus extraordinaires. Si aucune récompense financière directe n’accompagne ces titres, la visibilité planétaire, le prestige indéniable et les opportunités de collaborations qu’ils engendrent sont inestimables. Pour Haïti, ce record pourrait agir comme un véritable catalyseur, stimulant un tourisme culinaire désireux de découvrir les trésors gustatifs de l’île et valorisant les plats qui font la fierté du pays. Bien que le tourisme soit actuellement entravé par la situation sécuritaire, cette reconnaissance pourrait semer les graines d’un avenir où les saveurs d’Haïti attireront les visiteurs du monde entier, ce qui viserait à contribuer à une reprise économique à long terme.
La soupe joumou : plus qu’un plat, un emblème de liberté
Au cœur de ce patrimoine culinaire, la soupe au giraumon (soup joumou) occupe une place à part. Récemment inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, elle est bien plus qu’une simple préparation : c’est un symbole puissant de liberté et d’identité nationale. Son histoire poignante remonte à l’époque coloniale, où elle était réservée aux tables des colons français. La révolution haïtienne de 1804 a inversé ce privilège en faisant de cette soupe un étendard de résilience et d’émancipation. Chaque 1er janvier, les Haïtiens, où qu’ils soient, célèbrent leur indépendance en partageant ce plat ancestral, un rituel chargé de sens patriotique pour le poids historique qu’il incombe. Dans les moments sombres, ces traditions culinaires restent un lien puissant avec le passé et un rappel de la force et de la dignité du peuple haïtien.
Une nouvelle ère gourmande pour Haïti
Avec ce record exceptionnel, Haïti ne se contente pas d’un coup d’éclat. C’est une affirmation retentissante de la richesse et de la créativité de sa cuisine. La performance de Cheffe Leen Excellent est bien plus qu’une victoire individuelle : c’est la preuve que,
malgré les défis persistants, la culture et le savoir-faire haïtien ont la force de franchir les frontières et d’inspirer le monde. Cette victoire, aussi symbolique soit-elle, rappelle que le talent et l’excellence peuvent émerger même dans les contextes les plus difficiles en vue d’offrir une lueur d’espoir pour l’avenir. Cette reconnaissance ouvre une voie royale vers l’avenir. Elle offre aux chefs haïtiens une tribune internationale, inscrit la gastronomie haïtienne au panthéon des cuisines du monde et, surtout, rappelle à chaque Haïtien la puissance de son héritage culinaire, une source inépuisable de fierté et de résilience. Dans un pays en quête de bonnes nouvelles, cet exploit est un rappel vibrant de la beauté et de la richesse qui persistent au cœur de la nation haïtienne. Ce record est un legs précieux, à chérir et à célébrer sans relâche. Car en Haïti, on ne cuisine pas seulement avec des ingrédients, on y met l’histoire, la mémoire et une fierté indomptable.
Kensley Brutus

