minute de la rédaction
Lorsque le rapport de Transparency International sur l’Indice de Perception de la Corruption en Haïti sera publié le mardi 11 février et révélera ce qu’il révélera, la CPT et la Primature continueront-elles à parler de référendum et d’élections libres et équitables, et de lutte efficace contre les gangs ?
On savait depuis la nuit des temps l’Etat haïtien déconnecté de la réalité, mais fallait-il encore une preuve aussi flagrante de son irresponsabilité ? Un carnaval national en pleine carrière, alors que le pays est un champ de ruines, infesté de gangs, affamé et exsangue. Un carnaval où la musique couvrirait les rafales, où les chars allégoriques défileraient au milieu des corps affaissés, où l’illusion festive masquerait l’abandon d’un peuple livré à lui-même.
Et pourtant, la farce continue. Les chefs de gang, en véritables maîtres du territoire, hésitent encore : viendront-ils festoyer eux aussi, en grandes pompes, paradant fièrement aux côtés d’un gouvernement fantoche ? Rejoindront-ils Fort-Liberté, armés jusqu’aux dents, pour danser sur les cendres d’un État qui leur a tout cédé ? Ce carnaval s’annonce comme le sommet du cynisme, la chronique d’un massacre annoncé, où les festivités ne seront qu’un prétexte pour exposer, encore une fois, l’impuissance absolue du pouvoir.
Mais ce n’est pas tout. Pendant que les officiels se parent de leurs plus beaux costumes, que les comités s’activent pour mettre en scène une illusion d’unité nationale, qui peut sérieusement croire qu’un habitant des Cayes, du Sud, ira risquer sa vie pour traverser le pays jusqu’au Nord-Est ? Comment ose-t-on encore parler d’un carnaval national alors que le territoire est morcelé en fiefs criminels ? Qui sont ces ministres qui, dans leur tour d’ivoire, osent croire que la priorité est à la fête quand les citoyens pleurent leurs morts et tremblent sous la loi des mitraillettes ?
Il y a une indécence insupportable dans cette insistance à dépenser plus de 500 millions d’or pour faire danser une population qui crie famine. Ce n’est pas un carnaval, c’est un crachat au visage d’un peuple brisé. Et l’ironie du sort, c’est que cet argent pourrait servir à autre chose : acheter des drones, renforcer la police, mener une guerre sans merci aux gangs au lieu de leur dérouler le tapis rouge. Mais non, l’heure est à la danse. Parce qu’en Haïti, pendant que certains tombent sous les balles, d’autres applaudissent et soufflent dans leurs trompettes. Jusqu’à ce que la musique s’arrête, brutalement.

