Par Headly Noel
Haïti est en crise. Ce n’est plus seulement une impasse politique, mais un effondrement total de l’État. Les gangs contrôlent 80 % de Port-au-Prince, les forces de sécurité sont débordées, et les tentatives internationales pour restaurer l’ordre ont échoué. Dans ce contexte, organiser des élections sous les mêmes règles qu’avant ne ferait que perpétuer l’instabilité.
Faut-il alors repenser Haïti ?
Un Modèle Inspiré de l’Histoire
Les grandes crises ont souvent nécessité de nouvelles solutions. En 1787, les États-Unis, déchirés entre États libres et esclavagistes, ont trouvé un compromis constitutionnel qui a sauvé leur Union. Aujourd’hui, Haïti se trouve à un moment similaire : devons-nous maintenir un système qui ne fonctionne plus ou créer une nouvelle structure politique ?
C’est dans cette optique qu’émerge Le Grand Bargain, une proposition fédéraliste qui diviserait Haïti en deux types d’États :
- Les États d’Amnistie – où les chefs de gangs prêts à désarmer et à s’intégrer à la gouvernance bénéficieraient d’une amnistie sous conditions.
- Les États sans Amnistie – où les criminels continueraient à être poursuivis dans un cadre judiciaire traditionnel.
Ce modèle ne récompense pas les gangs, mais il reconnaît la réalité du terrain et propose une sortie de crise progressive.
Pourquoi Le Fédéralisme ?
Le constat est clair :
- Les gangs contrôlent plus de la moitié de l’économie et de l’électorat. Ils sont devenus une force politique de facto.
- Le gouvernement n’a plus d’autorité sur Port-au-Prince, et les forces de l’ordre sont dépassées.
- Des élections sous le cadre actuel seraient une farce, dictées par la loi des gangs, et non par le peuple.
En adoptant un modèle fédéraliste, Haïti pourrait permettre à chaque région d’adopter son propre cadre sécuritaire, tout en maintenant une unité nationale.
Des Précédents Internationaux
D’autres pays ont adopté des solutions similaires pour sortir de crises profondes :
- Afrique du Sud – Au lieu d’une répression massive après l’apartheid, la Commission Vérité et Réconciliation a facilité une transition pacifique.
- Colombie – Un accord de paix a permis aux ex-guérilleros de s’intégrer politiquement en échange de leur désarmement.
Ces exemples montrent qu’une approche pragmatique, plutôt qu’une répression aveugle, peut mener à la stabilité.
Le Grand Bargain : Feuille de Route
La transition fédéraliste proposée suivrait quatre étapes :
- Accord sur le cadre fédéral (1-6 mois) – Négociations entre acteurs politiques pour établir le modèle.
- Transition sécuritaire (6-18 mois) – Création de forces de sécurité locales adaptées aux réalités de chaque État.
- Stabilisation économique (18-36 mois) – Coopération économique entre États d’Amnistie et États sans Amnistie.
- Reconnaissance internationale (3-5 ans) – Légitimation du nouveau système pour attirer des investissements.
Un Choix Crucial
L’actuelle Constitution haïtienne, pensée pour un État centralisé, est inadaptée à la réalité du pays. Maintenir un cadre légal qui ne fonctionne plus, c’est garantir l’échec.
Le Grand Bargain propose une alternative : éviter la fragmentation du pays tout en offrant une autonomie adaptée à chaque région.
Le statu quo mène au chaos. Il est temps d’inventer un nouvel ordre avant que l’histoire ne l’impose dans le sang.
Un Appel à l’Action
Nous appelons :
- Les dirigeants politiques – à reconnaître que de simples élections ne suffisent plus et à engager une transition fédérale.
- La société civile – à mobiliser le soutien pour une transformation pacifique.
- Les partenaires internationaux – à soutenir Le Grand Bargain comme la seule solution viable pour Haïti.
Le monde observe. Mais c’est avant tout aux Haïtiens de décider de leur avenir.
Le temps du Grand Bargain est venu.
À propos de l’auteur:
Headly Noel (LeaderPapouch) est philosophe, économiste et politologue de formation, diplômé de l’Université Humboldt zu Berlin et de l’Université du Massachusetts à Boston. Ses travaux novateurs remettent en question notre compréhension de la réalité et offrent une nouvelle perspective pour aborder des questions sociales complexes. Pour plus d’informations, clicker ICI.

