14 janvier 2026
7 février 1986  –  7 février 2025 : Reprenons le combat!
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7 février 1986  –  7 février 2025 : Reprenons le combat!

« Nou té byen, men nou pa té konnen! »

7 février 1986  –  7 février 2025

Henri Piquion

7 février 2025

Combien de fois n’ai-je pas entendu des gens dire « Nou té byen, men nou pa té konnen! ». Combien de fois n’ai-je pas répété après eux qu’effectivement « Nou té byen, men nou pa té konnen! ». Cette phrase valide l’idée qu’être bien est un jugement plus qu’une sensation subjective qui serait justifiée par des données objectives que nous aimerions retrouver demain. Le présent est tel que nous ferions tout pour que notre futur soit le passé que nous avons rejeté quand il était notre présent.  Mais en la prononçant nous acceptions à l’avance que notre déchéance progresse et que notre situation soit demain pire qu’elle ne l’est aujourd’hui.

7 février 1986. La dictature trentenaire des Duvalier était à ce point insupportable que nous avons déchouqué tout ce qui le représentait. Elle était faite de misère, de violence, d’arbitraire, de népotisme, d’incompétence, de dépendance, de destruction de l’environnement, d’impunité, d’exil, de peur, de peur et de peur, et tout cela à vie. C’et contre cela que notre génération s’est battue alors qu’elle était encore dans l’adolescence et qu’elle a participé à la grande fête de la libération le 7 février 1986.

Mais déjà cette fête commençait à prendre des visages grimaçants de bamboche incontrôlée qui nous faisaient nous demander si c’était pour déchouquer, démolir, détruire que nous nous étions battus. Nous étions contre la torture par Luc Désir, Albert Pierre (Ti Boulé), Serge Madiou et d’autres tortionnaires, mais nous n’étions pas pour le père Lebrun, cette cérémonie déshumanisante pire que toutes les tortures connues depuis 1804 et pires même que celles que Rochambeau faisait subir aux esclaves demandeurs de liberté; nous étions contre les cagoulards et les macoutes qui volaient, violaient, séquestraient, battaient ou abusaient de leur autorité non institutionnelle, mais nous n’étions pas pour les kaka rat et les chimères qui volent, violent, séquestrent qui circulent à motocyclette et se sont donné le droit de tuer n’importe qui, n’importe où, n’importe quand; nous n’étions pas pour l’exécution publique d’un honnête citoyen comme René Péan ou des patriotes combattants de Jeune Haïti, mais pas pour l’assassinat en plein jour du journaliste Jean L. Dominique, promoteur et défenseur de lavalas, ni du père Jean-Marie Vincent le bien-aimé Jeanboul des paysans du Nord-Ouest, ni surtout de la brillante avocate Maître Mireille Durocher Bertin; nous étions contre le bâillonnement et l’intimidation par les VSN des FAd’H laissées sans moyens de défendre le territoire national ou d’intervenir en cas de désastre naturel, mais pas pour la démolition arbitraire de l’armée nationale et la création des gangs armés qui se sont substitués à l’état haïtien et l’ont dépouillé de tous ses pouvoirs régaliens.

Si des compatriotes arrivent à dire que nous té byen sou Duvalier et regrettent que le 7 février ait eu lieu, c’est parce qu’ils pensent qu’aujourd’hui le pays a atteint le fond des abysses et ne peut connaître pire. Souhaitons que cette fois ils ont raison car ils l’ont déjà dit. Sous Duvalier père et fils nous avons cru et dit que le pays ne pouvait plus aller plus bas, qu’il avait atteint le fond du baril, … et nous avons eu Jean-Bertrand Aristide encore à la barre mais qui change de nom à chaque saison sans changer de nature sauf pour passer de quelques bandes de kaka rat à quelques gangs de grands assassins qui ont pris le pays en otage.

La réalité est que nou pa té byen sou Duvalier mais jodi-a nou pi mal. Nou pi mal jodi-a parce qu’en 1986 les politiciens n’avaient rien que l’anarchie à offrir en alternative à la dictature. Nous les avons laissés, eux qui n’avaient nullement contribué à la chute de Jean-Claude Duvalier, dont certains étaient même dans la cour du « Prince » jusque dans les années ’80, monopoliser la parole publique en organisant des grèves manch long, des manifestations manch long, des déchoucages manch long, même le boycottage manch long des examens de fin d’études. La doctrine dominante était celle du raché manyòk qui bloquait toute réflexion rationnelle sur la situation du pays, toute élaboration de programmes socio-politiques, toute réforme et reconstruction des institutions sur lesquelles repose le pays, les institutions d’éducation, de justice, de bien-être, de défense, les institutions qui élaborent tout en pratiquant les paramètres de la solidarité entre les membres de la communauté nationale haïtienne

Au lieu de dire dans 20 ans en pensant à aujourd’hui 7 février 2025 en ce 39ème anniversaire du départ de Jean-Claude Duvalier que nou té byen, men nou pa té konnen, reconnaissons que de 1956 et surtout de 1991 à aujourd’hui nous avons tout fait pour être moins bien qu’avant, et reprenons contre la dictature d’aujourd’hui le combat qui nous unit depuis 1791. Contre l’armée de Napoléon ou celles des gangs, c’est le même combat, celui pour la liberté, la dignité et la solidarité.

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