La frime, érigée en système dans la politique haïtienne sous l’ère Tet Kale
Ah, la frime! Quelle merveilleuse invention du régime Tet Kale, ce joyau national qui a transformé la politique haïtienne en un véritable théâtre de l’absurde. Depuis treize ans, nous avons vu naître et fleurir des frimeurs en tous genres, des champions de la poudre aux yeux, qui, sans relâche, nous rappellent que dans ce pays, la forme prime sur le fond, et les promesses vides brillent plus que les actions concrètes.
Imaginez un peu : des cortèges de véhicules flamboyants traversant des quartiers dévastés, avec des vitres teintées qui cachent des visages en quête de reconnaissance internationale. Chaque déclaration publique est une œuvre d’art de la frime, soigneusement ciselée pour paraître impressionnante, même si derrière il n’y a… rien. Juste du vent, soufflé avec l’assurance des grands menteurs.
Les frimeurs, nos héros modernes, se présentent en costards cravate lors de réunions où chaque mot prononcé est une perle de vacuité. Vous les avez vus : ils planifient, ils annoncent, ils promettent. Ah, les promesses! Si nous avions une gourde pour chaque promesse non tenue, le trésor public serait plus rempli que les poches des corrompus qui les peuplent. Mais attention, ne soyons pas naïfs : la frime est un art, et sous les Tet Kale, elle est devenue science.
Prenons exemple sur ces cérémonies de pose de premières pierres, un classique du répertoire frimeur. Que se passe-t-il après le coup de pelle pour la photo? Rien. Absolument rien. Mais ce qui compte, c’est la photo, bien sûr! Le reste est un détail mineur pour ceux qui savent qu’en Haïti, un sourire bien placé peut faire plus de ravages qu’une réforme.
Il est aussi fascinant de voir comment, sous ce régime, chaque problème semble trouver une solution… verbale. Oui, c’est la grande mode : parler pour ne rien dire, organiser des réunions pour brasser du vent, tout en multipliant les voyages à l’étranger. Ces escapades, notons-le bien, sont l’occasion parfaite de renforcer la frime internationale. Rien de tel qu’un petit séjour à New York, Paris ou Londres, agrémenté de quelques selfies devant des bâtiments prestigieux, ou devant la copie de l’acte d’indépendance, pour donner l’impression qu’on est sur le point de sauver le pays. Frime 2.0!
Au cœur de ce système, on retrouve la star incontestée de la frime : Michel Martelly. Oui, le Sweet Micky devenu président! Qui d’autre aurait pu ériger la frime en doctrine d’État? De ses shows électoraux à ses danses endiablées sur scène, il a fait du bling un outil de gouvernance. Rien ne valait plus qu’une bonne blague, une chanson grivoise ou un geste grossier pour détourner l’attention des vrais problèmes.
Et après lui? Eh bien, c’est la génération des frimeurs perfectionnistes qui a pris le relais, de Jovenel Moïse jusqu’au régime actuel. Un véritable festival d’apparitions publiques, de grands discours où les mots « changement » et « développement » sont utilisés comme des baguettes magiques. Pourtant, les hôpitaux manquent toujours de médicaments, les écoles sont fermées, et l’insécurité règne. Mais cela importe peu : la frime, c’est l’essentiel.
Ce qui est fascinant, c’est que la frime s’est infiltrée partout. Même dans les petites sphères de pouvoir, on retrouve des petits rois de la frime qui imitent leurs grands maîtres. Des politiciens locaux avec des projets fantômes, des entreprises d’État qui n’existent que sur papier, des fonds publics qui disparaissent comme par magie. Mais tout ça se fait, bien sûr, avec une touche de classe, un petit sourire pour les caméras, et une promesse renouvelée chaque année.
Alors, chers lecteurs, réjouissez-vous! La frime, ce fleuron de la politique haïtienne, est là pour rester. Tant que les frimeurs domineront la scène, nous, pauvres spectateurs, continuerons d’applaudir des spectacles grandioses où, malheureusement, tout n’est que décor et illusion.
Elensky Fragelus

