21 janvier 2026
Haiti-Observateur | Edito : Faute de préparation, la catastrophe annoncée se confirme le 7 février
Actualités Corruption Élections Flashback Insécurité|Kidnapping Le Billet de la Rédaction Séisme Société Tragédie

Haiti-Observateur | Edito : Faute de préparation, la catastrophe annoncée se confirme le 7 février

L’Edito de Haiti-Observateur
Journal 21- 28 janvier 2026

Depuis déjà quelques semaines, différentes personnalités et nombre de secteurs du pays se mobilisent autour de la mise sur pied d’une structure pour piloter la transition, à l’approche de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPPT). Il semble que, à part un nombre réduit d’intervenants vraiment concernés, tout au long du régime intérimaire inepte, dont les deux branches sont en passe de tirer leur révérence, tout le reste était en hibernation. Mais, face à la fin de cette gouvernance transitoire, dans moins d’un mois, tout le monde s’acharne à faire du surplace, car n’ayant pas encore trouvé de véhicules politiques consensuels fiables pour avancer.

Dans le silence persistant des pays tuteurs et leurs succédanés, qui sont les « Éminentes personnalités » de la CARICOM, les propositions abondent. Toutefois, quoique disent et fassent les acteurs haïtiens, toutes tendances confondues, le dernier mot appartient définitivement à l’International. Mais, tout comme le chargé d’Affaires américain Henry Wooster s’était vu confier, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, à New York, au mois de septembre dernier, la responsabilité de rappeler, au CPT de neuf membres, que son mandat finit le 7 février, les anciens Premier ministres jamaïcains ont invité les uns et les autres à se désillusionner, par rapport à la prochaine transition. Car, dans une déclaration, diffusée le vendredi 9 janvier, ces derniers ont rappelé ceci : « () le mandat du Conseil présidentiel de transition prendra fin le 7 février ».

Quand bien même ces paroles viendraient d’une entité autre que les grands ténors de la diplomatie, ceux qui les proclament étant ceux-là mêmes qui avaient créé cet Exécutif à neuf têtes, le départ de la gouvernance multicéphale porte le sceau avant la date. Surtout que, les acteurs jamaïcains se voient encore confrontés aux obstacles traditionnels constatés dans les négociations inter haïtiennes antérieures. En effet, comme par le passé, le Groupe de personnalités éminentes (GPE), chargé de superviser les pourparlers entre Haïtiens, a constaté la même lenteur qui caractérise les présentes discussions. Face à l’urgence du temps, désormais en jeu, les ex-chefs de gouvernement de la Jamaïque ont exhorté les Haïtiens à plus de diligence. Aussi ces derniers sont-ils « autorisés », par les dirigeants de la CARICOM, à trouver un « consensus » sur une formule idéale pour résoudre la crise, avant la date buttoir du 7 février.

Après l’avis initial émis par le diplomate américain, en poste à Port-au-Prince, en marge de l’Assemblée générale de l’Organisme internationale, en septembre dernier, suivi, présentement, de celui des GPE, rien n’autorise à croire que la démobilisation des dirigeants haïtiens se fera sans heurts, surtout que, faisant jouer leurs intérêts, ces derniers ne visent qu’à œuvrer dans le sens de leurs avantages personnels, ignorant, comme toujours, ceux du peuple haïtien.

Sur ces entrefaites, des rumeurs de violence viennent de toutes parts. À entendre celles-ci, elles résument l’humeur de la nation fatiguée de la gouvernance calamiteuse des dirigeants, mais surtout de celle du CPT ayant favorisé la mal gouvernance, caractérisée par la misère extrême, le chômage endémique, la faim galopante et l’expatriation collective. Mais plus encore, l’insécurité omniprésente et permanente occasionnée par l’emprise des gangs armés sur des zones entières, surtout de la capitale, de l’Artibonite et d’autres régions du pays, en raison de la collusion des autorités avec les criminels.

C’est donc cette colère populaire, quasiment en gestation, qui se traduit, quotidiennement, par des références, mille fois réitérées, au départ, en bloc, du gouvernement, tous les neuf membres du CPT et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Quelqu’un a même emprunté une expression du défunt président Leslie Manigat se trouvant sous la menace d’un coup d’État. Il déclarait avec fermeté : « Pas un jour de plus, pas un jour de moins ». Il disait ambitionner de boucler son « mandat légal ». Ni plus, ni moins ! L’Accord du 21 avril a fixé l’échéance du mandat de l’Exécutif multicéphale au 7 février.

Les poursuites judiciaires possibles, que craignent des membres du CPT et d’autres hauts fonctionnaires de cette transition, ne peuvent être qu’un passage obligé, l’Évangile dit bien que « Le salaire du péché c’est la mort ». Dans notre vernaculaire, on dirait : « Ou manje lajan CHADA, se pou w peye CHADA ». Voilà pourquoi, à l’approche du 7 février, date à laquelle les membres de la présidence intérimaire de neuf têtes, et les grosses légumes du pouvoir seront potentiellement mis à pied, ils ne savent pas qui d’entre eux aura des démêlés avec la Justice, et quelle justice ?

Bien que le CPT soit la créature de la communauté internationale, il se berce d’illusions, quant à sa survie, au-delà du 7 février, tentant d’effectuer des mises en place pour qu’il reste en poste, après cette date. Ou bien pour se protéger contre les accusations de mal gouvernance, notamment pour des faits de corruption, de détournements de fonds publics ; ou encore de demandes de pots-de-vin, comme condition imposée à des hauts fonctionnaires pour garder leurs postes. À cet égard, trois conseillers présidentiels ont été mis en cause et déclarés passibles de poursuites judiciaires par l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC). Pourtant ils sont encore membres du CPT, bénéficiant de la solidarité des six autres membres de cette structure et jouissant pleinement de multiples et juteux avantages offerts par leur position.

On retiendra aussi que, sous le régime de la présidence intérimaire multicéphale, les accusations de corruption, à l’encontre de ministres, de directeurs généraux et d’autres hauts gradés de la fonction publique se sont multipliées, marquant un phénomène particulier dans le service du peuple. Car, jamais, auparavant, la fonction publique n’avait accueilli autant de fripons. Cela semble s’expliquer par le fait que ces derniers trouvent, dans les administrations intérimaires, un terrain favorable pour évoluer. Qui dira pour s’enrichir. Puisque, comme dit l’adage : « Le poisson pourrit par la tête ».

Quand les fripons prolifèrent, au sein de l’État, avec impunité, de tels crimes se multiplient à l’infini. Cette réalité explique pourquoi les acteurs politiques, en Haïti, se battent, bec et ongles, pour que la présidence intérimaire, (président et Premier ministre ou présidence multicéphale et Premier ministre) perdure. Dans ce cas, on peut comprendre la gouvernance stérile du Conseil présidentiel intérimaire passant outre à l’exécution de la feuille de route dont il était chargé par ses créateurs, à savoir, la jugulation de l’insécurité et l’organisation des élections.

Pour se faire une juste idée de l’aspect délibéré et pertinent de l’Exécutif provisoire de neuf têtes installé en Haïti, donnant libre cours à leurs manœuvres pour rester au pouvoir, il faut se référer à l’idée exprimée par le conseiller présidentiel Fritz Alphonse Jean. Lors d’une intervention à une station de radio de la capitale, il devait présenter le non-respect des obligations du CPT comme un simple incident de parcours. Aussi avait-il déclaré que juguler l’insécurité et organiser des élections générales sont possibles après le 7 février. Mais il ne s’est pas attardé à signifier qui s’en chargera.

Il semble que l’idée de se perpétuer au pouvoir, au-delà du 7 février, soit sérieusement débattue au sein du CPT. Parce qu’un autre ancien coordonnateur de cette structure a rejoint Fritz Alphonse Jean, dans une déclaration similaire. Lors d’une rencontre organisée avec des partis politiques, le 18 janvier, Leslie Voltaire a fait savoir que les conseillers présidentiels ne quitteraient pas leur fonction à la date prévue. Voilà donc le contre-pied de son affirmation antérieure. Chacun, pour des raisons différentes, le CPT veut rester accroché au pouvoir. Mais il reste à savoir s’ils ont les moyens de leurs ambitions.

Même si les créateurs du CPT gardent le silence, quant à la manière dont se déroulera son départ, le 7 février, ils sont discrètement à l’œuvre, en vue, finalement, de se prononcer sur la décision relative à la forme de la prochaine transition. Bien que les acteurs haïtiens s’enfoncent dans leur stratégie traditionnelle, à savoir les consultations entre les secteurs politiques visant l’émergence d’une formule consensuelle, le sort de la gouvernance intérimaire semble, cette fois, se jouer en territoire américain, et non à la Jamaïque.

En effet, dans un communiqué adressé au coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, mais dont la date n’a pas encore été fixée, il est invité, lui et son collègue Leslie Voltaire, à une réunion qui se tiendra à Mar-a-Lago, dans le complexe résidentiel du président américain, Donald J. Trump, situé à Palm Beach, en Floride. Il s’agit, dit le document, d’un « Dialogue stratégique sur la nomination du Premier ministre haïtien et le partenariat U.S.-Haïti ». Cette lettre porte la signature de Dragos Sprinceana ayant pour titre « Conseiller politique, membre de Mar-a-Lago ».

Dans ce document, aucune allusion n’est faite des fonctionnaires diplomatiques et politiques généralement liés au dossier Haïti. Il semble aussi que les « Personnalités éminentes » de la Jamaïque en soient également écartées. Ce qui porte à croire à la mise en place d’un autre genre de transition, dont les présents décideurs ignorent totalement la nature.

Alors que cette date approche rapidement, et que l’équipe en place parle très peu, ou pas du tout, de son départ, le septième jour du mois de février, elle multiplie les résolutions visant à protéger ses arrières au cas où la porte de sortie lui est vraiment montrée, à la date prévue pour la fin de son mandat. À cet effet, deux décrets cruciaux publiés par le CPT exposent son intention. Il s’agit du document sur la « diffamation », un instrument légal destiné à museler la presse et à restreindre sa liberté, notamment celle des journalistes d’investigation et des lanceurs d’alerte. Car le texte en question criminalise la diffamation. Par ailleurs, le CPT avait également diffusé une résolution portant sur la protection de ses membres contre toute poursuite judiciaire. Mais personne ne parle de ce texte, et on ignore quel sort lui a été réservé.

De toute évidence, nonobstant les nombreuses démarches menées par les conseillers électoraux et décisions prises, en vue de se protéger, contre toutes éventualités, ils ne peuvent prévoir comment s’achèvera leur mandat. Mais, alors que, en Haïti, quasiment tout le monde ne jure que par leur départ, Washington, de son côté, cultive le silence et fait le mystérieux. Toutefois, il est fort à parier que la mauvaise gouvernance du CPT ajoutée aux stratégies de dernière heure ne vont que confirmer la catastrophe annoncée.

Confronté à l’incertitude de ce qui doit arriver, le peuple haïtien doit-il faire montre de sérénité ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.