21 janvier 2026
Haïti, le refrain d’une loterie politique toujours favorable aux vilains 
Actualités Société

Haïti, le refrain d’une loterie politique toujours favorable aux vilains 

Que vous soyez un délinquant, un narcotrafiquant, un incompétent ou un prisonnier, vous avez le droit de participer librement à la loterie et donc éventuellement remporter la cagnotte. Vous placez votre mise, si le numéro tiré coïncide avec celui de votre billet, alors sans aucune forme de procès, vous gagnez le prix. Aucune évaluation, aucun background check, aucun antécédent n’est nécessaire. Il suffit de ne pas être averse au risque et de disposer de stratégies et de moyens de miser, parier, checker, bluffer ; la probabilité de décrocher la palme n’est donc pas nulle. C’est ainsi que sur l’échiquier politique en Haïti, perçu comme une véritable « borlette », des anonymes, des pseudonymes, des croupions et de simples pions ont été déloyalement promus rois ou dames pour assurer le pilotage du navire national. De cette manière arbitraire de choisir des dirigeants, en contradiction avec les principes de la bonne gouvernance, la médiocratie dame le pion à la méritocratie. L’ère de la kakistocratie. Bingo !

À l’instar des parties de poker où l’imposture et le mensonge seraient perçus comme des cartes d’atout (des avantages compétitifs), des projets politiques d’envergure en Haïti sont comparables à des jeux de hasard tels des casinos animés à Las Vegas. Les véritables maîtres du jeu – aux identités cachées tant au niveau local qu’international – n’y exigent aucune condition, ni compétence, ni intégrité des participants. Ces faiseurs de rois et de multimillionnaires soudains tirés d’une boule ne sont pas contraints de porter des jugements de valeur sur les joueurs ni sur la provenance de leurs mises. De ce mécanisme dépourvu de filtre, transféré vers la sphère politique des nations en panne d’institutions de contrôle, des imposteurs et usurpateurs notoires ont constamment tenté leurs chances en se portant candidats tout en comptant sur des connivences mafieuses avec des manœuvriers du système pernicieux. 

À travers des négociations souterraines, de multiples êtres indignes ont réussi à infiltrer les cercles prestigieux du pouvoir politique de la république emblématique de l’hémisphère que des « faux-amis » rancuniers s’évertuent à ridiculiser. La partie est rendue facile aux flibustiers étrangers grâce au support des « idiots utiles » du terroir desquels ils ne tarderont pas à se débarrasser comme du papier hygiénique. Les péripéties spatiales de l’ancien heureux élu de la loterie digitale post-magnicide pour siéger à la tête de la primature en disent long. Plus surprenantes, les récentes sanctions du département d’État américain illustrent que l’Occident ne se gêne pas à mordre en traître ses propres fils adoptifs convertis à un certain moment en mercenaires et missionnaires pour entre autres faciliter son entrée dans les lieux secrets des sociétés riches en dotations naturelles. 

Les sanctions de l’ONU contre d’anciens présidents, ministres et sénateurs jadis au service de la piraterie internationale rappellent que l’effet boomerang du jeu de hasard n’est pas à écarter. S’alignant à la doctrine de Monroe, les pharaons de l’Hémisphère sont capables de tous les coups, y compris celui de transformer leur propre prisonnier en président, de faire d’un président un vil exécuté, ou d’un premier ministre un captif chez eux. La fin des jeux de hasard est toujours prévisible. À la fin des fins, ce sont les maîtres du jeu qui finissent toujours par tout amasser. Après confiscation des richesses mal acquises des anciens dealers qu’ils parrainaient, contrairement aux provisions des conventions de l’ONU, l’Occident ravisseur n’entend pas aborder les mécanismes de restitution des fonds au pays d’origine. Ils ne sont pas cons ! 

Le poker post-sismique du PHTK 

Dans un « magistral » coup de poker-menteur orchestré par le laboratoire manipulateur de la communauté internationale, en 2011 un danger social a été arbitrairement placé à la magistrature suprême du pays. Par cette ingérence dans les scrutins pour nourrir la « stratégie du caméléon », on se rappelle que la Centre de Tabulation a été transformé en un Centre de Tribulation qui allait accoucher l’une des plus grandes bêtises de l’histoire des élections présidentielles en Haïti. Michel Martelly avait remporté le jackpot de la loterie politique haïtienne, haut les armes et les machettes ! Particulièrement avec l’avènement de ce véreux imposteur – atterri dans les dossiers sensibles du pays comme un véritable extraterrestre – les verrous institutionnels ont été sautés. Ce ticket gagnant du vagabondage, charriant des externalités négatives sur tous les compartiments de la société, a produit des dégâts plus catastrophiques qu’un séisme ou un tsunami auraient causés.  

Au cours du règne exclusif du PHTK, d’autres figures de l’imposture dont Jovenel Moïse, Laurent Lamothe, Jocelerme Privert, Evans Paul, Jack Guy Lafontant, Claude Joseph, Jean Michel Lapin et Ariel Henry ont tiré leurs épingles de ce jeu sinistre d’une loterie politique biaisée qui adule les vilains. Sans faire montre de conviction, d’intégrité, de dignité, sans aucune maturité politique, sans appartenance politique exprimée au préalable ou sans aucune compétence adéquate, ces soudaines « éminentes personnalités » issues des sélections ou des élections aléatoires vicieuses ont pu accéder aux fauteuils les plus stratégiques du pays. À l’issue de leur carrière imbibée de scandales – dans une sinécure onéreuse au sein de l’administration publique – il faut déduire qu’il y en a qui ont gagné aux lotos trois chiffres, quatre chiffres ou sept chiffres. Dilapidant les fonds du trésor public et des coopérations multilatérales, la plupart de ces anciens présidents et premiers ministres ont signé multimillionnaires dans un laps de temps. Des rapports révèlent qu’ils sont détenteurs de grandes fortunes dans les paradis fiscaux. La CIRH et le PetroCaribe en représentent un échantillon des fonds extorqués par les dirigeants Haïtiens qui sapent la vision d’une inclusion économique orientée vers prospérité partagée en faveur de la collectivité. 

La loterie politique s’est étendue aux postes législatifs, aux cabinets ministériels, dans les directions générales et au sein des organismes autonomes et déconcentrés. N’importe qui venu de n’importe où et qui faisait n’importe quoi – y compris des repris de justice, d’anciens condamnés pour banditisme, malversation financière et d’autres formes de crimes et délits – pouvait être coiffé officiel. C’est ainsi que l’on comptait aux dernières législatures une palanquée de députés cinglés et de sénateurs kidnappeurs. Nombreux sont-ils aussi sans lecture ni écriture alors que les attributions d’un législateur consistent à légiférer, analyser et évaluer la portée des projets de société à entreprendre par l’exécutif. Haïti n’a-t-elle pas pavé le chemin à son propre échec en badinant avec des affaires très sérieuses de la Cité ?

Contrairement à la richesse matérielle qui peut se construire par le biais de la loterie, la capacité cognitive s’acquiert dans le sacrifice continu. On ne se lève pas un bon matin et s’étonner de ressembler à Socrate ou à Einstein. Vu le background de la plupart de ces gens, serait-ce vraiment une surprise que la société eût à auditionner des interventions parlementaires burlesques, truffées de confusions entre les chiffres et les lettres ? No Aya! Il nous faut “The right person at the right place”. 

La « borlette » présidentielle multi-têtes 

Récemment, sous les auspices de la CARICOM, la scène politique a vu une hausse exponentielle de ces gagnants de la loterie politique habilités à siéger aux fauteuils les plus prestigieux du pays, au plus haut sommet de l’État. Neuf têtes dont quelques « anonymes » sorties d’un trou, viennent de prêter serment pour assurer la présidence du pays. Sept de ces neuf têtes ont eu de leur côté la tâche d’accoucher un nouvel heureux gagnant de la loterie politique. Ainsi, quasiment de nulle part, Garry Conille est arrivé dans l’arène en Maître et Seigneur, accueilli sur tapis rouge par ces conseillers présidentiels qui ont obéi dans la précocité aux quatre volontés de la communauté internationale perfide. 

Comme pour dénigrer l’Esprit des lois de Montesquieu, ce sont les plus nuls et les plus mules sinon les plus coquins qui ont eu la noble tâche de designer les appelés et les élus à assurer la direction de la Cité. Des « peu de vies » – sans honneur, de peu de compétence et de crédit moral quasiment nul – ont pu occuper des positions les plus décisives au sein de la république d’Haïti. Dans un fascinant paradoxe, les criminels qui nageaient dans les eaux troubles de la criminalité et la corruption continuent de nager comme des poissons dans l’eau dans les décisions politiques du pays. Parallèlement, les honnêtes gens vivotent comme des poissons hors de l’eau. À défaut de s’exiler, ils vivent au pays comme des rats, dans une peur bleue. 

Dans cette ambiance d’une loterie politique de tricherie constamment tirée à Washington où Haïti est constamment invitée à un diner de cons, tous les mercenaires d’ici et d’ailleurs entêtés à trahir la mère-patrie sont prêts à tout offrir pour espérer se régénérer. De cette pratique illogique, la candidature de ceux dont les ressources ont été confisquées après avoir révélé leur connivence dans des crimes transnationaux et des blanchiments des avoirs, ne sera pas forcément écartée. 

Détournement de fonds, scandale d’abus de pouvoir, de pots de vin, ce CPT monté dans la cooptation et des deals voilées, a perdu son prestige, s’il en était. L’élite résiduelle probe doit assumer son rôle dans un engagement citoyen pour éviter qu’Haïti cesse d’être dirigée par des gens qui croient que la politique peut s’opérer comme à travers une boule de cristal. 

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com

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