Le Centre de Rééducation des Mineurs en Conflit avec la Loi (CERMICOL), autrefois dédié à la réinsertion des jeunes délinquants, est aujourd’hui devenu le théâtre de graves violations des droits humains. Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), dans un rapport publié le 9 septembre 2024, tire la sonnette d’alarme face aux traitements cruels, inhumains et dégradants infligés aux détenus, mineurs et adultes, incarcérés dans ce centre. Transformé en complexe pénitentiaire, le CERMICOL souffre d’une surpopulation extrême, conséquence du dysfonctionnement de l’appareil judiciaire haïtien et de l’insécurité grandissante.
Une surpopulation déshumanisante
Conçu à l’origine pour accueillir 100 mineurs, le CERMICOL abrite aujourd’hui 370 détenus. Parmi eux, on trouve 93 garçons mineurs, mais aussi 159 femmes et filles, et 118 hommes, tous en conflit avec la loi. Cette cohabitation forcée viole les principes fondamentaux de séparation des détenus par sexe et âge. Le rapport du RNDDH souligne que le centre, autrefois un lieu de rééducation, a été réaménagé au détriment des mineurs : les cours de récréation ont été transformés en espaces de lessive pour les femmes, privant ainsi les jeunes garçons de tout espace de détente.
Les conditions de vie sont exécrables. Les salles de classe, qui devaient servir à l’éducation des mineurs, sont désormais occupées par des hommes adultes. De plus, les programmes éducatifs et vocationnels, essentiels pour la réinsertion des jeunes, ont été suspendus. Les mineurs, privés d’éducation, sont entassés dans des cellules, abandonnés à leur sort.
Une cohabitation dangereuse
L’une des préoccupations majeures soulevées par le RNDDH est la cohabitation forcée entre hommes, femmes, garçons et filles. Les conditions de détention ne respectent ni la dignité des personnes incarcérées ni les règles internationales relatives à la séparation des détenus par catégories. Le rapport rappelle les tragédies survenues dans d’autres prisons haïtiennes, où des femmes détenues ont été victimes de viols collectifs par des hommes en détention. La situation au CERMICOL expose les détenus, particulièrement les femmes et les mineurs, à des risques similaires.
Le RNDDH souligne également que cette situation viole les garanties judiciaires des mineurs. Depuis plusieurs années, le Tribunal pour enfants de Port-au-Prince ne fonctionne plus, faute de juges désignés. Les dossiers des mineurs restent donc en suspens, et ces derniers sont maintenus en détention préventive arbitraire, souvent pour des durées indéterminées.
Une absence de solutions
Malgré la visite du ministre de la Justice, Carlos Hercule, au CERMICOL en juillet 2024, aucune mesure concrète n’a encore été prise pour remédier à la situation. Le ministre avait pourtant promis de réaménager la prison civile de Pétion-ville pour y transférer les femmes et les filles, et de reprendre le contrôle des zones où les prisons sont tombées sous la coupe des gangs armés. Deux mois plus tard, ces promesses restent lettres mortes, et la situation continue de se détériorer.
Recommandations du RNDDH
Face à ces constats accablants, le RNDDH appelle les autorités à agir immédiatement pour mettre fin aux violations des droits humains au CERMICOL. Parmi les recommandations émises, l’organisation insiste sur la nécessité de transférer les femmes et les filles à la prison civile de Pétion-ville, reprendre le contrôle des zones où se trouvent les prisons attaquées par des gangs, restaurer les programmes éducatifs et vocationnels pour les mineurs, nommer des juges pour enfants afin de garantir le traitement équitable des dossiers des mineurs.
Le RNDDH avertit également des dangers liés à la poursuite de la cohabitation entre hommes, femmes et mineurs au sein du CERMICOL, rappelant les graves précédents de violences sexuelles dans d’autres établissements pénitentiaires du pays.

