Former un Conseil Électoral Provisoire (CEP) chargé de l’organisation d’élections dans un pays où la population est tenue en otage par 12000 homme armés ( Dixit PM Garry Conille) demande beaucoup d’audaces de la part des responsables, mais les défis pour le choix de ses membres sont multiples et profonds car ils peuvent affecter gravement la démocratie et la gouvernance politique.
Cependant le Conseil présidentiel de transition (CPT) et la Primature n’en ont cure.
Ils envisagent cette semaine de relancer la machine électorale avec la formation d’un nouveau CEP. C’est ce que a annoncé le conseiller-président Dr Louis Gérald Gilles, sur les ondes de Radio Kiskeya, .
Si l’on croit le Dr. Gilles, une correspondance sollicitant des 9 secteurs concernés à désigner leur représentant a été envoyée jeudi dernier aux instances concernées par le processus.
Néanmoins, prendre la décision de choisir des membres du CEP dans cet environnement contrôlé par des gangs armés jouissant de l’impunité présente un certain nombre de risques ,de difficultés et de problèmes.
- Sélection biaisée et intimidante :
Dans cet environnement où les gangs armés exercent une influence significative, la sélection des membres du Conseil électoral peut être largement dictée par des considérations partisanes et des menaces directes. Les gangs peuvent intimider les décideurs politiques et les autorités responsables de la nomination des membres du Conseil Électorale Provisoire forçant ainsi la nomination de personnes loyales à leurs intérêts. Cela compromet gravement l’indépendance et l’impartialité du Conseil électoral Provisoire, essentiels pour assurer des élections démocratiques. - Manque de candidats qualifiés :
La présence de gangs armés dissuade souvent les individus compétents et indépendants de se porter candidats pour siéger au Conseil électoral Provisoire. La peur pour leur sécurité personnelle et celle de leurs proches constitue une barrière majeure. En conséquence, le vivier de candidats qualifiés se réduit souvent à ceux qui sont prêts à coopérer avec les gangs armés ou à accepter leurs conditions, compromettant ainsi la qualité et la légitimité des membres du CEP. - Insécurité pour les candidats potentiels :
Les individus intéressés par un rôle au sein du Conseil électoral Provisoire doivent souvent faire face à des menaces directes contre leur vie et celle de leur famille. Cette insécurité extrême dissuade même les personnes les plus compétentes et engagées de s’impliquer, limitant ainsi le choix des membres potentiels à ceux qui sont prêts à risquer leur sécurité personnelle ou à se soumettre aux exigences des gangs armés. - Manipulation du processus de nomination :
Les gangs armés exercent souvent une influence directe sur le processus de nomination des membres du Conseil électoral Provisoire. Ils peuvent intimider les responsables politiques chargés des nominations ou utiliser des moyens coercitifs pour imposer leurs candidats préférés. Cette manipulation compromet sévèrement l’indépendance et l’impartialité du CEP, car les membres nommés peuvent être contraints de servir les intérêts des gangs armés plutôt que l’intérêt public. - Manque de transparence :
En raison des pressions et des menaces exercées par les gangs armés, le processus de nomination des membres du CEP peut manquer de transparence. Les décisions peuvent être prises en coulisses, loin des regards du public et des observateurs internationaux. Ce manque de transparence alimente la méfiance et le scepticisme quant à l’intégrité du Conseil électoral et à sa capacité à garantir des élections libres et équitables. - Faible légitimité :
Lorsque le CEP est perçu comme étant sous l’influence ou le contrôle des gangs armés, sa légitimité est grandement compromise. Les résultats des élections peuvent être remis en question, ce qui mine la confiance du public dans le processus démocratique. Les acteurs internationaux peuvent également hésiter à reconnaître les résultats des élections si le Conseil électoral Provisoire manque d’indépendance et d’impartialité, créant ainsi une crise de légitimité politique et institutionnelle. - Résistance à la réforme :
Les gangs armés ont souvent un intérêt direct à maintenir le statu quo et à s’opposer à toute réforme visant à renforcer l’indépendance du Conseil électoral Provisoire ou à améliorer la gouvernance électorale. Ils peuvent utiliser leur pouvoir et leur influence pour bloquer ou saboter les efforts de réforme, perpétuant ainsi un cycle de manipulation et de contrôle sur le processus électoral. Cette résistance à la réforme prolonge l’instabilité politique et compromet la possibilité d’élections libres et équitables dans le pays.
Comme l’a fait remarquer Rezo Nodwes dans un article publié récemment , dans un contexte sécuritaire marqué par la multiplication des actes de violence dans le pays, la dictature des gangs et l’incapacité des forces de l’ordre à dompter les groupes armés criminels, le dossier relatif à la formation d’une nouvelle instance électorale devrait être relégué au second plan.
Mais devant l’insistance des autorités américaines qui , malgré la gravité de la situation sécuritaire en Haïti, félicitent déjà le PM Conille pour des » progrès « enregistrés depuis le déploiement des 200 kenyans, il ne serait pas étonnant que le CPT et la Primature mettent en place dans les prochaines semaines un CEP, comme l’exigent leurs tuteurs.

