30 septembre 2026
Global press journal :Voix de défiance: Voyage au cœur du combat planétaire pour la liberté de la presse
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Global press journal :Voix de défiance: Voyage au cœur du combat planétaire pour la liberté de la presse

Summary: Global Press Journal vous fait, de par des récits personnels percutants et des données détaillées, voyager au cœur des quatre coins du monde et découvrir les récits inédits de 11 journalistes et activistes locaux(ales), dont chacun(e) fait sien le courage.

Reporter Byline: Anne Myriam Bolivar, GPJ Haiti

Photo Caption: Lovelie Stanley Numa

Une journaliste haïtienne a vécu l’assassinat de ses collègues. Après avoir manifesté pour réclamer justice, elle craint d’être la prochaine proie.

Photo Credit: Anne Myriam Bolivar, GPJ Haiti

Article

 « Cet article a été initialement publié par Global Press Journal »

Cette année, Haïti a dégringolé de 29 places dans le classement mondial de la liberté de la presse, ce qui en fait l’un des pays du monde qui se sont offert un triste record de recul, selon Reporters sans frontières. En fait, en 2022, l’Association interaméricaine de la presse a désigné Haïti comme un pays qui « reste le moins sûr, le plus dangereux et le plus fragile pour l’exercice de la liberté de la presse ».

Les défis auxquels la presse est confrontée en Haïti ne peuvent être dissociés de la dynamique sociopolitique plus générale du pays. L’instabilité politique, l’agitation sociale et la violence des gangs ont créé un environnement dans lequel les journalistes sont exposé(e)s à des menaces, des attaques et des intimidations incessantes – et sont même tué(e)s – en raison de leur travail, comme en témoignent plusieurs incidents retentissants. En juillet 2020, Setoute Yvens, journaliste à Radio Télé Mégastar, a survécu à une tentative d’assassinat, tandis que le journaliste Pradel Alexandre a reçu des menaces de mort de la part d’un chef présumé d’un gang criminel pour cause de ses reportages. En 2022, Maxiben Lazarre, un journaliste affilié au groupe de médias numériques Roi des Infos, a été tué à Port-au-Prince alors qu’il couvrait une manifestation d’ouvriers du textile qui réclamaient des salaires plus élevés. Au moins six journalistes ont été tués au cours de la seule année 2022.

Outre les problèmes pressants en termes de sûreté et de sécurité, les journalistes en Haïti sont confronté(e)s à de nombreux obstacles qui rendent leur travail difficile, notamment les difficultés d’accès à l’information, d’insuffisance de ressources financières et de manque de soutien institutionnel.

Face à cet environnement hostile, certain(e)s journalistes ont été contraint(e)s à renoncer complètement à la profession, tandis que d’autres ont eu recours à des stratégies de survie telles que le travail à domicile, comme le révèle Lovelie Stanley Numa, une journaliste basée à Port-au-Prince, en Haïti, dans son entretien avec Global Press Journal. Lovelie Stanley Numa a vécu l’assassinat de ses collègues, tandis que d’autres ont mystérieusement disparu. Pour elle, « il ne peut y avoir de démocratie sans liberté de la presse ». Elle nous livre ici son récit.

Je m’appelle Lovelie Stanley Numa. Je suis journaliste à Port-au-Prince, en Haïti.

J’ai commencé ma carrière de journaliste en 2015 travaillant pour une station de radio locale. J’ai ensuite travaillé pour d’autres médias, couvrant des sujets aussi variés que, entre autres, la politique, les droits de l’homme, la santé et les problèmes sociaux et environnementaux.

Pendant toute ma carrière, j’ai été confrontée à plusieurs obstacles. Par exemple, j’ai été menacée verbalement par des militants politiques lorsque je me rendais sur le terrain pour réaliser des interviews sur des problèmes politiques. La méconnaissance, par la population, du travail des journalistes aboutit souvent à des agressions verbales ou physiques, et parfois à un refus de se faire interviewer. Des journalistes sont assassinés en Haïti, mais ces assassinats n’ont pas encore été élucidés.

Récit de Lovelie – video

« J’ai reçu plusieurs messages dont les auteurs menaçaient de me tuer et de me violer ». – Lovelie Stanley Numa

En 2019, suite à l’assassinat d’un de nos collègues, nous avons constitué un petit groupe pour organiser une marche pacifique aux fins de réclamer justice. J’ai par la suite reçu plusieurs messages dont leurs auteurs menaçaient de me tuer et de me violer. J’ai vécu cette situation environ un an. Je ne sortais que lorsque c’était pour un motif très important. Quoique je me sois plainte auprès des autorités et des organisations de défense des droits des journalistes, personne n’a voulu m’aider. Pendant cette période, j’ai été séparée de mon enfant, qui a dû aller vivre avec l’une de ses tantes. Je me devais de changer d’appartement tous les six mois. Tout cela n’a pas été sans conséquence sur ma santé mentale et physique.

En raison du temps passé à la maison et de la détérioration de la situation économique, politique et sociale du pays, l’idée m’est venue de créer mon propre média en ligne et de recourir au télétravail. J’ai de nombreux projets journalistiques au point mort parce qu’ils exigent d’aller sur le terrain alors que certaines régions sont difficiles d’accès.

Qu’entends-tu par liberté de la presse ? – audio

J’ai toujours été préoccupée par les risques de la profession. J’ai vu des collègues se faire assassiner. D’autres sont portés disparus. Le fait que je figure parmi les journalistes ayant organisé la marche silencieuse pour réclamer justice pour la famille de mon collègue, j’ai été menacée par des gens qui protégeaient le gouvernement en place à l’époque. Vu l’insécurité que connaît Haïti, la situation ne fait qu’empirer.

En dépit de ces défis, l’exercice de ce métier et le fait de tenir le public informé de ce qui se passe dans le pays m’insufflent un sentiment de fierté. J’ai aussi la chance de recourir au télétravail, ce qui me permet de poursuivre ma carrière tout en restant en sécurité. J’ai appris à être plus prudente.

Bien des choses ont changé entre 2015 et 2023. Il est rare que je trouve des journalistes que j’ai connus dans ce secteur. Etant menacé(e)s, beaucoup d’entre eux(elles) ont quitté le pays. Les quelques journalistes qui restent sont contraint(e)s de travaillent à domicile et d’autres s’essayent aux médias internationaux.

Les salles de presse doivent protéger les journalistes en leur donnant une formation en matière de sécurité et des équipements de sécurité, tels que des gilets pare-balles et des masques à gaz, et en travaillant en étroite collaboration avec les organisations de défense des droits des journalistes. Il importe pour les citoyens de soutenir également la liberté de la presse en restant informés, en soutenant les organisations de défense de la liberté de la presse et en exigeant de leurs dirigeants qu’ils fassent preuve de transparence et qu’ils rendent des comptes.

En Haïti, il y a des restrictions quant à la couverture de certains sujets, tels que la corruption, la politique, les droits de l’homme et les activités criminelles. Il nous manque le courage de couvrir ces sujets sensibles. Tout récemment, notre travail a été très restreint, notamment en raison du fait qu’il ne se passe pas un seul jour sans que les gangs gagnent du terrain.

Les effets de la restriction de la liberté de la presse sont graves. Les journalistes risquent de se retrouver en insécurité et de perdre leur liberté, et les citoyens, eux aussi, risquent d’être privés de leur droit à l’information. Sans liberté de la presse, il ne peut donc pas y avoir de démocratie.

Cette interview a été éditée et condensée pour en assurer la clarté

« Global Press Journal est une publication internationale à but non lucratif ayant reçu plusieurs prix et qui emploie des femmes journalistes locales au sein de plus de 40 bureaux d’information indépendants en Afrique, en Asie et en Amérique latine »

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