L’entreprise Incas Productions poursuit sa campagne de sensibilisation et d’éducation sur les catastrophes naturelles et les changements climatiques à travers le pays. Le vendredi 17 novembre 2023, plus de 700 élèves adventistes ont assisté à une présentation sur les risques et les inondations aux Gonaïves.

Le dernier webinaire d’Incas Productions a eu lieu, le 17 novembre 2023, à l’église adventiste Temple I des Gonaïves, situé au No 29, impasse Robert Geffrard. Plus de 700 enfants et jeunes de la 4ème année fondamentale à la 9ème année fondamentale, y ont assisté a déclaré Monsieur Jean Chesnel, Directeur des bureaux régionaux de l’ADRA dans l’Artibonite
ADRA est une organisation humanitaire, internationale, dont le sigle signifie en français agence adventiste de développement et de secours. ADRA intervient dans le domaine éducatif et sanitaire, et aussi quand il y a une catastrophe naturelle. Par exemple, suite au séisme 7.2 de 2021qui a frappé le sud d’Haïti, l’ADRA a été l’une des premières organisations humanitaires à atteindre la zone touchée de Saint-Louis de Sud en Haïti. D’après nos évaluations, la principale préoccupation état de prendre soin des blessés et nous avons aidé en ce sens. L’ADRA fonctionne en Haïti depuis plus de 30 ans et apporte son soutien dans des programmes liés à la nutrition, à l’agriculture, à l’eau et à l’éducation primaire dans les régions du nord, du nord-est et du centre d’Haïti, ciblant une population d’un million de personnes.
« Concernant le Programme d’incas Productions sur les catastrophes naturelles et les changements climatiques destiné aux enfants et aux jeunes de 6 à 18 ans, je dois vous avouer que cela fait plus d’un an que Mme Myrlaine Jean Pierre, Directrice de l’ADRA, s’était intéressée au programme élaboré par Mme Nancy Roc. Malheureusement, la situation sécuritaire délétère dans les quartiers où l’ADRA travaillait, notamment à Mariani et Carrefour Feuilles, a posé bien des obstacles avant que nous puissions bénéficier d’un webinaire d’Incas Productions. De la capitale, ADRA a du déplacé ses bureaux jusque dans l’Artibonite mais Incas Productions a insisté pour nous suivre et nous faire bénéficier de son Programme et nous en avons été ravis », a déclaré Monsieur Jean Gesnel, Directeur de de bureaux régionaux de l’ADRA dans l’Artibonite.
Selon Monsieur Chesnel, « la présentation de l’ingénieur Verella était très bien. Mais, elle était trop avancée par rapport au niveau des jeunes qui constituaient l’auditoire. De ce fait, vu l’importance de la présentation, nous souhaitons avoir un autre webinaire adapté à l’âge des jeunes qui seront présents ». a-t-il confié à Alterpresse. La directrice d’Incas Productions, Nancy Roc, nous a révélé qu’elle n’y voit pas d’inconvénient même si le programme de son entreprise doit se terminer à la fin du mois de novembre : « Comment refuser une telle demande à des centaines d’enfants lorsque l’on sait que près de 20 000 enfants n’ont toujours pas pu rentrer à l’école à cause des gangs et de l’insécurité ? », a –t-elle dit en regrettant que le MENFP n’a absolument rien fait pour aider Incas Productions pendant ces derniers six mois : « Nous avions un MOU avec le MENFP qui s’était engagé notamment à faire la promotion de ces vidéos à travers les écoles publiques. Non seulement ils n’ont rien fait mais ils n’ont même pas posté nos outils et vidéos sur leurs pages Facebook et Twitter et n’ont pas non plus transmis ces outils innovants à la Radio éducative ni aux médias gouvernementaux », a déclaré Mme Roc, outrée de cette indifférence envers les enfants et les jeunes dans un pays à risques.
Pourtant, souligne Monsieur Chesnel, comme beaucoup d’autres bénéficiaires de ce programme, « ce genre de formation, gratuite en plus, est d’extrême importance, tenant compte de ce que nous avons vécu aux Gonaïves, et surtout quand on sait que la ville des Gonaïves est très vulnérable aux inondations », a-t-il déclaré.
« Ce qui était intéressant et qui m’a frappé chez les jeunes, c’est leur attention soutenue et leur réaction en visualisant les vidéos réalisées par Incas Productions avec l’Intelligence Artificielle : les enfants et les jeunes étaient, en le regardant, réellement fascinés. Les jeunes qui ont participé au webinaire étaient âgés entre 10 à 18 ans. En regardant les vidéos, certains ont crié « waow! waow!É ! C’est comme s’ils vivaient la réalité, et nous espérons vraiment qu’Incas Productions pourra nous offrir un autre webinaire qui constituera une vraie rencontre-débat autour de la confection de ces vidéos », a souhaité Monsieur Jean Gesnel.

Jeanne, une tempête dévastatrice, oubliée par les enfants et les jeunes
Nancy Roc a rappelé que le 18 septembre 2004 vers 19 h 00, heure locale, la tempête Jeanne arrivait sur la partie Nord-ouest d’Haïti provoquant une montée des eaux rapide dévastant la région de Gonaïves et l’île de la Tortue située au Nord de Port de Paix. Le bilan humain final annoncé par les autorités fut lourd : près de 3000 morts, des centaines de disparus et quelques 300 000 sans-abris. Nancy Roc a été une des premières journalistes sur place à l’époque pour tirer la sonnette d’alarme face à cette catastrophe humanitaire et constater les dégâts suite au passage de la tempête Jeanne, parmi lesquels plusieurs sur Alterpresse
Comme la plupart des enfants présents ce jour-là n’ont pas connu la Tempête Jeanne, un court film réalisé par la journaliste Rachèle Magloire, intitulé Cité Jeanne I a été diffusé dans le webinaire afin que les jeunes aient une idée de la catastrophe qui a eu lieu en 2004.
Vingt ans après la catastrophe, la situation aux Gonaïves est toujours aussi dangereuse, comme l’a démontré l’Ingénieur Frantz Verella lors de sa présentation. « La déforestation, l’absence d’arbres sur les mornes, les collines escarpées qui entourent la quatrième ville haïtienne, transforment les pluies en torrents qui dévalent dans le bassin versant, favorisant les coulées de boue et lessivant les terres arables. En août et septembre 2008, la ville a subi quatre cyclones et tempête meurtriers qui l’ont englouti sous 2,6 millions de tonnes de boue », a expliqué l’ingénieur Verella.
Même si certains travaux ont été effectués, l’urbanisme anarchique. Cette ville, constituée aux trois quarts de bidonvilles, est construite au mépris des règles de sécurité et d’urbanisme. Ses quartiers insalubres ont gagné sur le littoral à mesure de l’alluvionnement (Théodat 2004). La vulnérabilité de Gonaïves est due à un ensemble de facteurs. La première relève de sa topographie : dans cette ville plate, l’altitude moyenne est seulement environ un mètre au-dessus du niveau de la mer. Au sud et au nord, jusqu’au pied du morne Bienac, les altitudes ne dépassent pas quatre mètres. Les principaux bassins versants de la plaine des Gonaïves sont complètement déboisés favorisant, lors des catastrophes, la transformation des fortes pluies en torrent arrachant les particules de sol de ces mornes pour les déverser sur la ville située en contrebas. Ensuite, la ville des Gonaïves est circonscrite par trois courants d’eau. Au nord se trouve le Bassin Manyan, à l’ouest l’océan Atlantique et les salines et à l’est, la rivière la Quinte ; lorsque cette dernière est en défluviation, elle peut submerger la partie nord de la ville. En outre, les bourrasques, lors des cyclones, occasionnent des marées montantes qui favorisent les inondations des bidonvilles tels Raboteau, Jubile Blanc et Lot bò Kannal.
De plus, la remontée de la mer gêne l’écoulement des eaux de pluie en bouchant les voies d’évacuation et en condamnant l’embouchure de bassin Manyan. Ainsi, lors des cyclones, Gonaïves s’apparente à une vaste piscine où la hauteur de l’eau atteint trois mètres en certains points. Photos à l’appui, l’ingénieur Verella a démontré la vulnérabilité extrême de cette ville où tout reste à faire pour protéger la population.
Incas Productions


