10 octobre 2026
Situation des droits de l’homme en Haïti | Principales tendances : Rapport trimestriel BINUH : avril – juin 2023
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Situation des droits de l’homme en Haïti | Principales tendances : Rapport trimestriel BINUH : avril – juin 2023

Nouveau rapport trimestriel du BINUH sur la situation des droits de l’homme en Haiti (Avril – Juin 2023)

Points saillants 

• Avec 1.860 victimes, le second trimestre 2023 a enregistré une augmentation de 14% du nombre de victimes de meurtres, de blessures et d’enlèvements impliquant les gangs par rapport au trimestre précédent (janvier – mars 2023). 

• Les lynchages, dans le cadre d’un mouvement connu sous le nom de « Bwa Kalé », ont causé la mort d’au moins 238 individus présumés associés aux  gangs. 

• La violence continue de s’étendre dans l’Artibonite. 

• Les violences sexuelles, notamment le viol et l’exploitation sexuelle, ont continué d‘être utilisées dans les zones contrôlées par les gangs comme une arme pour répandre la peur et punir les populations.  

• Le recrutement d’enfants dans les rangs des gangs et leur participation dans les enlèvements, vols et autres activités criminelles demeurent  préoccupant. 

• L’Expert désigné sur la situation des droits de l’homme en Haïti a effectué sa première visite officielle dans le pays. Il a appelé la communauté  internationale à soutenir la transition vers un système de gouvernance renforcé et déployer une force internationale spécialisée pour renforcer la police nationale  d’Haïti.

I. Violence armée 

Au cours du second trimestre 2023 (avril – juin), le Service des droits de  l’homme (SDH) du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) a documenté plus de 1.860 victimes de meurtres, de blessures et  d’enlèvements dans l’ensemble du pays ; les hommes représentant 79 %  des victimes, les femmes 19 % et les enfants 2 %. Ceci correspond à une  augmentation de près de 14% du nombre de victimes par rapport au  trimestre précédent (janvier – mars 2023)1.  

Le niveau de violence n’a toutefois pas été linéaire tout au long de la  période considérée. Le plus grand nombre de victimes a été recensé en avril  et en mai (48 % et 34 % des cas signalés) (voir le tableau 1 de l’annexe),  en raison d’une augmentation des activités des gangs et des « groupes  d’autodéfense »2. 

Le département de l’Ouest a continué d’enregistrer le plus grand nombre de personnes tuées, blessées et enlevées (82% des cas). Les communes de  Cité Soleil, Croix-des-Bouquets, Pétion Ville et Port-au-Prince ont été  particulièrement affectées. L’expansion de la violence s’est également  poursuivie dans le département de l’Artibonite (13% des cas), notamment  dans les communes de L’Estère, Liancourt et Petite Rivière de l’Artibonite. 

Victimes de meurtres et de blessures  

Dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, les gangs ont continué à  prendre pour cible les habitants vivant dans les zones sous le contrôle de  gangs rivaux. Par exemple, à Cité Soleil, au moins 288 hommes, femmes  et enfants ont été tués ou blessés3 par des tirs de snipers alors qu’ils  tentaient pour la plupart de sortir ou d’entrer dans leurs quartiers. 

À la fin du mois d’avril, les gangs de Canaan, Kraze Baryè et Village de  Dieu, tous membres de l’alliance de gangs G-Pèp, ont mené des attaques  simultanées contre les populations de Source Matelas (commune de  Cabaret) et de Meyotte (Pétion Ville) afin de créer la panique, mais aussi 

de dérouter les opérations antigang conduites par la police nationale dans  d’autres quartiers. Certains habitants de ces quartiers ont été abattus chez  eux et dans lesrues alors qu’ils tentaient d’échapper à la violence. En outre,  au moins 31 personnes ont été tuées pour leur appartenance présumée à un  « groupe d’autodéfense » opérant dans la zone de Source Matelas. Le  déploiement immédiat d’unités de la police a permis de rétablir l’ordre  dans les deux zones. 

Également, en cette fin du mois d’avril, le meurtre du chef du gang Ti  Makak à Laboule (Pétion Ville), par un de ses associés, a entraîné des  représailles au sein même du gang, des opérations policières et des  représailles par la population. Au moins 109 membres du gang ont été tués  en moins de six jours. Huit habitants de Fermathe (Kenscoff) et de  Laboule, où le gang opérait, ont également été pris pour cible et tués le 22  avril par le nouveau chef de gang ayant remplacé Ti Makak.  

Dans l’Artibonite, des gangs et des « groupes d’autodéfense » ont attaqué  des communautés sous l’influence de gangs rivaux, notamment dans les  communes de L’Estère, Liancourt et Petite Rivière de l’Artibonite, tuant et  blessant au moins 101 personnes.  

Le niveau extrême de violence signalé en avril, ainsi que la tentative du  gang de Village de Dieu de s’infiltrer dans les quartiers résidentiels de   Canapé Vert, Cité Gabriel, Croix-des-Près, Debussy et Turgeau a conduit  à un pic sans précédent de lynchages collectifs dans le cadre d’un  mouvement de « justice populaire » connu sous le nom de « Bwa Kalé »,  qui signifie « éradiquer » en créole haïtien. 

Entre le 24 avril et le 30 juin 2023, au moins 238 membres présumés de  gangs ont été tués par la population et les « groupes d’autodéfense » participant à ce mouvement. Frustrés par la faiblesse des institutions étatiques, des habitants armés de machettes, de pierres et de bidons  d’essence ont brutalement empêché les membres de gangs et toute  personne présumée affiliée à des gangs de pénétrer dans leur quartier.  Certaines victimes ont été lapidées ou mutilées. D’autres ont été brûlées  vives dans les rues, tandis que la police assistait passivement à ces scènes.  Des victimes ont aussi été soustraites à la garde de la police avant d’être  lynchées. Au 30 juin, bien que le nombre de meurtres ait diminué, le  mouvement se poursuivait.  

Si certains de ces lynchages semblaient spontanés, d’autres ont été  encouragés, soutenus ou facilités par des policiers et des membres de gangs appartenant au G-9 et alliés4. Le mouvement a également été incité par des  messages diffusés par des personnalités publiques dans des émissions de  radio et des médias sociaux. Le 1er mai, dans une déclaration de rappel à  l’ordre, le premier Ministre Ariel Henry a condamné la « violence  aveugle » et a appelé la population au « calme ». De même, le porte-parole  de la Police Nationale d’Haïti (PNH) a envoyé un message demandant à la  population de cesser les actes de lynchage et de faire confiance à la police. 

La « justice populaire » ne viole pas seulement les droits de l’homme, elle  risque aussi de conduire à une fragmentation de la capitale en plusieurs  petites zones, hostiles les unes aux autres, avec des lignes de fracture entre  les quartiers sous l’influence de différents « groupes d’autodéfense ». En  outre, compte tenu de la dynamique de ces structures, les « groupes  d’autodéfense » risquent de devenir de nouveaux gangs. La normalisation  sociale des lynchages par la population compromet également le rôle de   d’une institution policière déjà grandement affaiblie et qui n’a pas la  capacité de rétablir et de maintenir l’ordre public.  

Entre avril et juin, 13 policiers ont été tués dans le cadre de violences liées  aux gangs, tandis qu’au moins 467 membres de gangs ont été tués suite aux lynchages (238 individus), aux opérations de police (119), aux  violences entre gangs (96) et aux exécutions extrajudiciaires commises par les commissaires du gouvernement de Les Cayes et de Miragoâne (7)5.  Sept autres ont été tués dans des circonstances encore indéterminées6. 

Enlèvements 

Au niveau national, au moins 298 personnes ont été enlevées au cours du  deuxième trimestre 2023, soit une baisse de 24% par rapport au trimestre  précédent. Si les zones touchées par le mouvement « Bwa Kalé »,  notamment Pétion Ville et Port-au-Prince, ont connu une baisse des  enlèvements, d’autres quartiers ont continué d’en enregistrer. Ainsi, à  Tabarre, au moins quatre personnes liées aux élites politiques,  économiques et journalistiques ont été enlevées en juin. Toutes ont été  enlevées à l’intérieur ou à proximité de leurs résidences et de leurs  entreprises. Ces incidents se sont produits quelques jours après que le chef  du gang de Kraze Baryè, contrôlant cette commune, ait menacé de se  venger de ses « alliés politiques » pour ne pas avoir protégé « ses  hommes » lors des opérations de police. 

Quarante-huit pour cent des enlèvements ont eu lieu dans le département  de l’Artibonite, en particulier le long des routes principales de L’Estère,  Liancourt et Petite Rivière de l’Artibonite. La plupart des personnes ont  été enlevées alors qu’elles voyageaient à bord de véhicules de transport en  commun. Certaines des victimes femmes ont été violées pendant leur  captivité. Ainsi, le 15 mai, 15 femmes ont été enlevées et violées dans la  zone de Savien par des membres du gang Gran Rif, alors qu’elles se  rendaient à un marché de Petite Rivière de l’Artibonite.  

Violences sexuelles 

Les gangs ont continué de recourir à la violence sexuelle, en particulier les viols collectifs et les mutilations, pour répandre la peur et punir les  populations sous le contrôle de leurs rivaux. À la mi-avril, lors d’une  attaque menée contre la population de Brooklyn (Cité Soleil), au moins 49  femmes ont été violées par des éléments du G-9 et alliés, dans une zone  connue sous le nom de « Dèyè Mi » (« derrière le mur », en créole haïtien)  alors qu’elles tentaient d’échapper à la violence armée. Après avoir été  violées, sept des victimes ont été tuées et leurs corps jetés dans un site  abandonné. Dans cette zone, les femmes et les filles ont continué à être  quotidiennement exposées au risque d’être violées par des éléments de  gangs lorsqu’elles tentaient de se rendre au travail ou d’accéder à des  services. 

Si les gangs utilisent les violences sexuelles comme une arme contre les  populations vivant sous le contrôle de gangs rivaux, ils commettent aussi  des actes similaires contre les femmes et les filles habitant des quartiers  sous leur influence. À titre d’exemple, le 25 mai, deux femmes d’une  vingtaine d’années qui cuisinaient pour des membres de gangs ont été  collectivement violées, puis brûlées vives après avoir été accusées de  partager des informations sur le gang avec leurs proches.  

Le SDH a maintenu son étroite collaboration avec les organisations de la  société civile haïtienne, les ONG internationales et les agences des Nations  unies afin d’orienter les survivantes de violence sexuelle vers des services médicaux, psychologiques et socio-économiques disponibles. Malheureusement, ces services sont largement insuffisants dans la zone  métropolitaine de Port-au-Prince et sont presqu’inexistants dans le  département de l’Artibonite, où les gangs ont de plus en plus recours à ce  type de violence pour terroriser la population et ce, malgré l’engagement  ferme des autorités de les améliorer. 

Recrutement d’enfants par les gangs 

Le recrutement d’enfants par les gangs demeure particulièrement  préoccupant. En avril, le SDH a pu s’entretenir avec des garçons associés  aux gangs. Agés de 15 à 17 ans, ils ont décrit en détail leur quotidien au  sein des gangs, notamment leur participation dans la surveillance des  environnements opérationnels des gangs, les enlèvements et les vols (y  compris la façon dont ils ont tiré sur les personnes qui refusaient de  coopérer). 

Certains garçons sont recrutés de force et menacés de représailles contre  eux et leurs familles s’ils refusent de rejoindre les gangs. Cependant, le  manque de perspectives socio-économiques, l’accès á une vie perçue  comme plus attractive (argent et d’autres avantages matériels) et les  difficultés pour suivre un cursus scolaire (beaucoup d’écoles ont fermé ou  limité leurs activités en raison de la violence) sont les principales raisons  qui expliquent l’incorporation des enfants au sein des gangs. 

Impact socio-économique 

Outre les violations du droit à la vie et à l’intégrité physique et mentale, la  violence des gangs a continué d’avoir un impact préjudiciable sur les droits  économiques, sociaux et culturels.  

Entre avril et juin 2023, près de 100 résidences et commerces ont été  vandalisés, volés et/ou incendiés par des gangs, des « groupes  d’autodéfense » ou la police lors d’opérations antigang. La plupart des  incidents ont eu lieu dans les communes de Cabaret, Croix-des-Bouquets,  Pétion Ville et Port-au-Prince, ainsi qu’à L’Estère et Petite Rivière de  l’Artibonite (département de l’Artibonite). En juin, le commissariat de  Savanne Pistache, dans la commune de Port-au-Prince, a été criblé de  balles et une clinique médicale a été incendiée par des éléments de gangs. L’accès aux services de santé à Cité Soleil a été sévèrement limité lorsque,  le 19 avril, l’hôpital de Médecins sans frontières a été contraint de  suspendre ses services d’urgence, en raison des risques de sécurité liés aux  attaques de gangs. Les services de soins généraux fournis par le même  hôpital avaient été interrompus le 9 mars 2023 pour la même raison. 

La violence des gangs a continué de perturber la liberté de mouvement des  populations, limitant ainsi les activités économiques. Au moins 13 camions  transportant du carburant, de la nourriture et d’autres marchandises ont été  détournés dans les communes de Croix-de-Bouquets et de Port-au-Prince et le département de l’Artibonite sur la période considérée. Les chauffeurs  et les passagers des véhicules de transport en commun, circulant sur le long  des principales artères reliant la capitale aux régions du sud et du nord, ont  été systématiquement interceptés et menacés par les gangs. Ceux qui  refusaient de s’arrêter ou de payer des « taxes de circulation » ont été tués  ou brûlés vifs à l’intérieur de leurs véhicules. Dans la baie de Port-au 

Prince, des gangs ont été impliqués dans le détournement des bateaux  commerciaux et des barges. Uniquement le 23 juin, deux bateaux ont été attaqués par des éléments du gang de Village de Dieu – l’un a été dérouté  vers Port Lafiteau (commune de Cabaret, au nord de la capitale) et l’autre  a été intercepté alors qu’il naviguait entre Mariani (au sud de Port-au Prince) et Arcahaie (au nord de la capitale). 

II. Lutte contre l’impunité 

Le système judiciaire est resté dysfonctionnel en raison de la persistance  de problèmes de longue date, notamment la corruption, l’ingérence  politique et les grèves récurrentes des acteurs judiciaires. Des mesures  positives ont toutefois été notés pour lutter contre l’impunité, en particulier la certification des magistrats et la poursuite de hauts fonctionnaires  accusés d’infractions pénales graves. 

Fonctionnement du pouvoir judiciaire 

Le 1er et 17 juin, le Collectif de Magistrats Haïtiens (COMADH) et l’Association Nationale des Greffiers Haïtiens (ANAGH) ont suspendu  respectivement leurs grèves entamées au début du mois de mars 2023,  indiquant que les grèves reprendraient dès le 1er août si le ministère de la  Justice et de la sécurité publique (MJSP) n’améliorait pas leurs conditions  de travail. 

En juin, le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) a certifié 70  magistrats sur la base d’une liste de 82 dossiers soumis par la Commission 

Technique de Certification (CTC)7. La liste comprenait des magistrats  ayant récemment reçu leur diplôme de l’École de la magistrature, ainsi que  des magistrats en exercice et un greffier. Pour rappel, en janvier 2023, le  CSPJ n’avait pas certifié 28 magistrats considérés comme corrompus et/ou  manquant d’intégrité morale. Il reste que des inquiétudes continuent de  peser sur ce processus en raison de l’absence de recours contre les  décisions du CSPJ. Au moins, un des magistrats concernés par la non certification du CSPJ a déposé un recours devant la Cour interaméricaine  des droits de l’homme. Au 30 juin, de nombreux magistrats en exercice  n’était toujours pas certifiés à travers le pays en raison du retard pris par le  processus de certification. 

Conditions de détention dans les prisons haïtiennes 

Au 30 juin 2023, 11.810 personnes étaient détenues dans les prisons  haïtiennes dans des conditions inhumaines et dégradantes, dont 85% en  détention provisoire. Le taux d’occupation des cellules était de 331%. Au  cours du deuxième trimestre 2023, 33 décès de détenus ont été documentés,  la plupart étant liés à des maladies provoquées par la malnutrition. 

Au cours de la période considérée, le SDH a soutenu des sessions d’habeas corpus et des audiences spéciales qui ont facilité la libération de 39  personnes, détenues pour des délits mineurs dans la prison du Cap Haïtien.  Certaines étaient détenues depuis plus de dix ans. Ce chiffre s’ajoute aux  260 personnes qui avaient été libérées au Cap Haïtien, Petit Goâve et Port au-Prince, par le biais des mêmes procédures, entre octobre 2022 (lorsque  le SDH a lancé cette initiative) et mars 2023. Par ailleurs, le 24 juin, le  Parquet de Port-au-Prince a également ordonné la libération de deux  adultes qui étaient en garde à vue à la prison du CERMICOL, ainsi que  d’un garçon qui était incarcéré dans le même centre depuis trois ans pour  le vol d’une caisse de bière. 

Lutte contre la corruption 

Au cours du second trimestre, les autorités judiciaires haïtiennes ont fait  quelques progrès dans les enquêtes et les poursuites relatives à la  corruption impliquant d’anciens politiciens et hauts fonctionnaires.  Le 21 juin, le juge d’instruction Marthel Jean Claude a rendu son ordonnance dans le dossier de corruption impliquant les anciens présidents  du Sénat Youri Latortue (ainsi que sa mère) et Joseph Lambert, ordonnant  leur arrestation et les renvoyant devant le tribunal de première instance de  Port-au-Prince pour être jugés. Youri Latortue a été accusé de détournement de fonds et de corruption. Youri Latortue et sa mère avaient  comparu devant le tribunal de première instance de Port-au-Prince le 4 mai,  après que l’enquête ouverte par l’Unité de Lutte Contre la Corruption  (ULCC) ait trouvé des preuves suffisantes quant à leur implication dans les  faits. Joseph Lambert a été accusé, dans le cadre de la même affaire,  d’obstruction à la justice pour avoir refusé de remettre des documents aux  enquêteurs de l’ULCC chargés du dossier de Latortue.  

En outre, le 25 avril, la directrice générale de la Caisse d’assistance sociale  (CAS) a été arrêtée et placée en détention une semaine après celle du chef  comptable de l’institution, dans le cadre d’une affaire de corruption. Des  mandats ont également été émis à l’encontre de l’ancien directeur de la  CAS et de l’actuelle administratrice. 

Cas emblématiques 

En ce qui concerne l’enquête des autorités des États-Unis sur l’assassinat  du président Jovenel Moïse, Rodolphe Jaar a été condamné à la prison à  vie, le 2 juin, par un juge de Floride. En mars 2023, il avait été déclaré  coupable d’association illégale en vue de commettre un assassinat ou un  enlèvement à l’étranger, ainsi que d’avoir fourni un soutien matériel ayant  entraîné la mort du président Moïse. Sur les onze personnes détenues et  inculpées aux États-Unis pour leur implication dans l’assassinat du  président Moïse, Jaar est le seul à avoir été reconnu coupable à ce jour. Les enquêtes sur les dix autres suspects se déroulent sous le sceau de la  confidentialité. La date d’ouverture du procès a été reportée à mai 2024. 

Le 22 juin, Martine Moïse, la veuve du défunt président, a déposé une  plainte devant un tribunal de Floride contre certaines des personnes faisant  déjà l’objet d’une enquête par les autorités américaines pour leur  implication présumée dans l’assassinat. Les noms des personnes contre  lesquelles la plainte a été déposée n’ont pas été divulgués. Les avocats de  Mme Moïse ont demandé que les accusés soient jugés devant un jury et  que la famille du président défunt reçoive des dommages-intérêts. 

Dans le cadre de l’enquête des autorités haïtiennes sur l’assassinat du  président Moïse, le 15 juin, l’entrepreneur Édouard Baussan a comparu  devant le juge d’instruction Walther Wesser Voltaire. Le 1er et 5 juin, les  anciens sénateurs des départements des Nippes et de l’Ouest, à savoir  Nenel Cassy et Antonio Chéramy, ont également été interrogés pour leur  implication présumée dans cette affaire. 

Dans le cas de La Saline, le 23 juin, l’ancien directeur général du ministère  de l’Intérieur et des collectivités territoriales, Fednel Monchéry, a fait  l’objet d’un mandat d’arrêt émis par le juge d’instruction Jean Wilner  Morin, après qu’il ne se soit pas présenté devant ce juge pour répondre aux  accusations portées contre lui. Accusé d’être impliqué dans le massacre de  La Saline, l’ancien maire de Port-au-Prince, Joseph Pierre Richard Duplan  a également été appelé à comparaître devant le juge Morin le 26 juin, mais  l’audience a été reportée au mois de juillet pour des raisons médicales  affectant l’accusé. 

Enquêtes sur les violations des droits de l’homme commises par des  policiers 

Le SDH a continué de soutenir l’Inspection générale de la police nationale  d’Haïti (IGPNH) dans ses enquêtes sur les cas de violations des droits de  l’homme impliquant des officiers de police. Entre le 1er avril et le 30 juin  2023, 17 enquêtes ont été ouvertes concernant 19 policiers. Au cours de la  même période, 15 enquêtes ont été conclues, donnant lieu à trois  licenciements et 15 suspensions. Trois des 15 affaires ayant fait l’objet d’une enquête ont été transmises aux autorités judiciaires en vue de  poursuites pénales. 

Au cours du deuxième trimestre 2023, le SDH a documenté des exécutions  extrajudiciaires, lors de plusieurs incidents, d’au moins 18 personnes par  des individus portant des uniformes de police sur une parcelle abandonnée  dans la commune de Tabarre. Selon l’enquête de la SDH, ces individus  masqués portant des uniformes de police ont commis ces exactions,  généralement en plein jour et parfois devant des résidents, selon un mode  opératoire méthodique et précis, avant de brûler et défigurer les corps pour  empêcher leur identification. Le SDH a référé ces informations aux  autorités policières et s’est assuré de leur suivi.  

III. Soutien aux institutions nationales et à la société civile 

Au cours du second semestre, le SDH a poursuivi son soutien aux institutions nationales et aux organisations de la société civile afin de  renforcer la protection des droits de l’homme à travers le pays. 

Comité interministériel des droits de la personne 

Le 11 avril, le SDH a appuyé le Comité interministériel des droits de la  personne (CIDP) dans l’organisation d’une séance de travail sur le  processus d’examen et adaptation du Plan d’action national pour les droits  de l’homme, un processus qui avait démarré en octobre 2022. Cette session  a permis au CIDP de travailler sur une matrice contenant les  recommandations adressées à Haïti par les États membres du Conseil des  droits de l’homme lors de son troisième cycle de l’examen périodique  universel (EPU), le 31 février 2022. 

Du 22 au 25 mai, les membres du secrétariat technique du CIDP ont  également bénéficié d’un atelier de formation sur l’utilisation d’une base  de données permettant de suivre la mise en œuvre des recommandations  issues de l’EPU.

En juin, le CIDP a enfin mené une campagne de vulgarisation et  sensibilisation relative à son mandat et son rôle dans le cadre l’EPU, dans  les départements du Centre, de la Grand’Anse, des Nippes, du Nord, du  Nord-Est et du Sud. Cette campagne a concerné plus de 180 personnes  travaillant pour des institutions publiques, des organisations de la société  civile et de la presse. 

Protection  

Le 15 et 16 juin, le SDH et l’organisation non-gouvernemental GOAL ont  conclu le projet financé par le Fond Central d’Intervention d’Urgence  (CERF), débuté en mai 2022, portant sur les « Mécanismes de surveillance  et de protection des populations dans les quartiers contrôlés par les gangs ». 

Le projet a permis de renforcer les capacités de 79 organisations de la  société civile et des points focaux indépendants pour observer et rapporter les incidents de protection dans les quartiers de la zone métropolitaine de  Port-au-Prince fortement touchées par la violence des gangs. Grâce à cette  initiative, le SDH a pu identifier et vérifier des informations relatives à plus  de 2.000 incidents et de les référer aux agences des Nations unies et à  d’autres prestataires de services. 

Visite de l’Expert désigné sur la situation des droits de l’homme en Haïti 

Du 19 au 29 juin, William O’Neill, l’Expert désigné sur la situation des  droits de l’homme en Haïti, a effectué sa première visite officielle dans le  pays. Nommé le 12 avril 2023, en vertu de la résolution  A/HRC/RES/52/398 du Conseil des droits de l’homme des Nations unies,  M. O’Neill a pour mandat de suivre l’évolution de la situation des droits  de l’homme en Haïti et de fournir des conseils et une assistance technique  au gouvernement haïtien, aux institutions nationales des droits de l’homme et aux organisations de la société civile dans leurs efforts pour respecter,  promouvoir et protéger les droits de l’homme. 

Dans une déclaration de fin de mission9, il a encouragé les autorités à  s’attaquer aux lacunes et aux dysfonctionnements du système judiciaire  pour lutter contre la corruption et l’impunité, à assainir la fonction  publique, à promouvoir la redevabilité, et à rétablir la présence de l’État  dans les zones défavorisées, en garantissant l’accès à l’eau, à la nourriture,  à l’éducation et aux soins de santé. Il a également appelé la communauté  internationale à soutenir la transition vers un système de gouvernance  renforcé. M. O’Neill a souligné la nécessité urgente de déployer une force  internationale spécialisée aux côtés de la Police Nationale d’Haïti, étape  essentielle pour rétablir la sécurité et la liberté de mouvement des  populations, et de mettre en œuvre immédiatement l’embargo sur les  armes, établi par le Conseil de sécurité des Nations unies par le biais de la  résolution 2653 (2022)10. 

Recommandations : 

• À la communauté internationale : maintenir Haïti sur l’agenda  international et envisager d’urgence le déploiement d’une force d’appui  spécialisée dans des conditions conformes aux normes et standards des  droits de l’homme. 

• Au gouvernement haïtien : avec le soutien des pays de la région, lutter  contre la contrebande et les flux incontrôlés d’armes et de munitions  illicites. 

• Au gouvernement haïtien : avec le soutien de la communauté  internationale, rétablir les services et les projets sociaux, en particulier  dans les zones contrôlées par les gangs. 

• Au gouvernement haïtien : avec le soutien de la communauté  internationale, renforcer la disponibilité, l’accessibilité et la qualité des  structures de soins médicaux et psychosociaux pour les survivants de  violences sexuelles, ainsi que renforcer les capacités de la police et du  système judiciaire pour lutter contre l’impunité en matière de violences  sexuelles. 

• Au gouvernement d’Haïti : avec le soutien de la communauté  internationale, soutenir le système judiciaire, en particulier en  établissant des pôles judiciaires spécialisés pour lutter contre la  corruption et les crimes de masse, y compris ceux qui impliquent des  violences sexuelles.

Annexe – Tableaux

1 Entre janvier et mars 2023, il y a eu au moins 1.634 victimes de meurtres, de  blessures et d’enlèvements dans l’ensemble du pays. 

2 Les groupes d’autodéfense sont composés de membres de la population, de  représentants municipaux mais aussi, dans certains cas, de policiers actifs ou d’anciens  policiers. 

3 176 tués et 112 blessés 

4 Le « G9 en Famille et Alliés », dirigée par l’ancien policier Jimmy Chérizier, alias «  Barbecue », est l’une des deux plus importantes coalitions de gangs opérant dans la  zone métropolitaine de Port-au-Prince. L’autre est connue sous le nom de « G-Pèp ».

5 Les convocations faites par le ministère de la Justice et de la sécurité publique (MJSP) à l’encontre des commissaires du gouvernement de Les Cayes et de Miragoâne pour  les cas d’exécutions extrajudiciaires qui leur sont attribués ont été toujours ignorées  par ceux-ci. 

6 Ces victimes font partie du bilan total de 1.860 victimes indiqué dans la première  section, « Violence armée ».

7 La procédure de certification des magistrats et des procureurs, prévue par la loi du  27 novembre 2007 mais non opérationnelle avant 2014, consiste à vérifier l’intégrité,  les compétences et la formation des personnes souhaitant devenir magistrats. 

8 A/HRC/RES/52/39, disponible sur :  https://undocs.org/Home/Mobile?FinalSymbol=A%2FHRC%2FRES%2F52%2F39& Language=E&DeviceType=Desktop&LangRequested=False, dernière visite : 29 août  2023  

9 OHCHR « Haiti: UN Expert William O’Neill concludes official visit », disponible  sur : https://www.ohchr.org/en/statements/2023/06/haiti-un-expert-william-oneill concludes-official-visit, dernière visite : 29 août 2023 

10 S/RES/2645 (2022), disponible sur :  https://undocs.org/Home/Mobile?FinalSymbol=S%2FRES%2F2645(2022)&Languag e=E&DeviceType=Desktop&LangRequested=False , dernière visite : 30 août 2023

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