L’Indice de Développement Humain (IDH), une mesure du bien-être sociétal avec ses forces et ses limites

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Ce numéro de la chronique « Gouvernance » se propose d’examiner l’Indice de Développement Humain (IDH) en exposant ses forces, ses limites et son niveau d’acceptation au sein des institutions internationales. Cette analyse parcourt également des approches alternatives pluridimensionnelles de la littérature qui attirent des débats intenses notamment dans les cercles académiques. Puissent les lecteurs intéressés par la thématique en tirer le maximum de profits.

Un indice est une mesure abstraite qui affiche la représentation simplifiée d’un concept plus vaste et complexe. Il résulte en général de la combinaison de plusieurs variables qui selon le contexte reçoivent des pondérations inégales. Dans divers domaines, particulièrement la statistique et l’économie, les indices sont souvent adoptés pour résumer une masse de données afin de faciliter la compréhension, l’analyse et la comparaison dans le temps et dans l’espace. Par exemple, l’indice des prix à la consommation (IPC) est couramment utilisé en économie pour mesurer les variations des prix des biens et des services au fil du temps. Selon les statistiques de l’IHSI, le taux d’inflation – dérivé de l’IPC – qui prévaut en Haïti au cours des derniers mois est proche de 50 %. Ce niveau psychotique d’une énorme perte d’accès à des produits est causé davantage par l’inflation importée (environ 60%) en comparaison à l’inflation des produits locaux (40%). Cette statistique qui s’exhibe dans un rouge vif choque sur l’érosion virulente du pouvoir d’achat des consommateurs haïtiens. 

Dans le secteur financier, les indices boursiers sont conçus pour estimer la performance globale en agrégeant les performances spécifiques de certaines actions représentatives du marché. Le S&P500, le CAC40, le NASDAQ et le Dow Jones sont parmi des exemples d’indices boursiers les plus connus. Ces indicateurs sont à la finance ce que le thermomètre est à la température. Les décisions des grandes firmes de procurer ou de liquider des actions en dépendent. Les institutions œuvrées à classer les universités en fonction de leurs performances dans l’enseignement, la recherche et la réputation font également usage des indices. Sans forcément faire l’objet d’unanimité, ces indicateurs composites sont calculés selon des critères compréhensibles par tous les acteurs qui côtoient les sujets en question. À certains égards, le chercheur ou l’institution qui établit un indice possède la latitude de choisir ses propres pondérations pour chacune des dimensions à y intégrer. Cependant, la méthodologie utilisée suit toujours les règles d’une justification logique. On verra pour tout indice de standard international que son calcul obéit à des approches statistiques et des principes de calculs scientifiques qui assure sa validité dans les cercles qui en font référence. 

L’indice ou le coefficient de Gini est une autre mesure des conditions de vie très connue dans la littérature. Variant entre 0 (égalité parfaite) et 1 (inégalité parfaite), le coefficient de Gini permet de mesurer l’inégalité des revenus au sein d’une population. En référence à cet indice, la Banque mondiale a catalogué Haïti parmi les pays les plus pauvres et les plus inégalitaires au monde. En 2021, l’indice de Gini pour Haïti a été de 0.41. Cela fait plusieurs années que des estimations révélaient que le quintile supérieur (les 20% les plus riches) détient plus de 60% de la richesse du pays. Un rapport du PNUD en 2012 a révélé pour une population de 10.4 millions d’habitants, plus de 6 millions d’Haïtiens n’échappaient pas à la pauvreté relative de 2,41 $ US par jour. Environ un quart, soit 2,5 millions, végétaient dans une pauvreté extrême de 1,12 $ US par jour. 

Ces précarités économiques couplées du décor social délétère qui asphyxie les artères socioéconomiques du pays ont généré une crise humanitaire sans précédent. La Banque Mondiale a signalé qu’aujourd’hui près de neuf (9) Haïtiens sur dix (10) vivent en dessous du seuil de pauvreté. Environ un tiers de cette catégorie évoluent dans une situation de pauvreté extrême (2,15$/jour). Il y a une urgente nécessité de changer le narratif par le biais de nouvelles alternatives politiques qui favorisent une meilleure mobilité économique et sociale au pays. Des études illustrent que la concentration massive de la richesse dans les mains de quelques groupuscules est susceptible d’entraîner des comportements criminels. La prolifération des gangs, qui est également tributaire d’une volonté politique cynique à reproduire des dirigeants incultes et corrompus dans la sphère publique, peut en témoigner. Il s’avère cruciale de dessiner un tableau reluisant en Haïti en instituant une nouvelle gouvernance qui encourage des choix politiques responsables, l’accès sans discrimination à des crédits pour la création d’entreprises, une distribution plus équitable des ressources, de bonnes alternatives de formation au profit des jeunes et l’inclusion sociale.

La corruption est de plus en plus abordée au sein des institutions multinationales qui s’attèlent à évaluer l’efficacité des politiques anticorruption et à encourager les gouvernements à mettre en œuvre des réformes qui visent à réduire ce fléau. L’indice de perception de la corruption, adopté par Transparency International, est le principal indicateur utilisé pour cerner la corruption. Cet indice attribue des scores et des classements à différents pays en fonction de leur niveau de perception de corruption. Sur la base de cet indice, les pays scandinaves (Danemark, Finlande, Norvège, Suisse) sont les mieux classés à l’échelle mondiale. Dans la classe des pays les plus corrompus, on recense la Somalie, la Syrie, la Lybie, le Venezuela et évidemment Haïti qui a occupé en 2022 la 171e place sur 180 pays. 

Lorsque l’on se souvient des pratiques séculaires de nos commerçants malhonnêtes qui mélangent du lait avec de l’eau pour transformer deux ou trois bouteilles en un gallon, on y voit aucune surprise. Tandis qu’un acheteur pensait qu’il s’était procuré un panier de fruits au marché, c’est quand il s’est mis à compter le nombre effectif d’oranges qu’il s’est rendu à l’évidence que la vendeuse remplissait le panier davantage de pailles que d’oranges. Le contrôle des normes métrologiques et des mesures de qualité est une lutte acharnée que le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) peine à mener avec efficacité. Manipulation de la pompe à essence, falsification des récipients du ciment, du poids du fer, des mesures étalons pour vendre du riz, du maïs, du poids, etc. ; la corruption est un vice ancré dans nos habitus.

La situation est davantage pourrie au niveau de la sphère politique qui accueille des parlementaires, présidents, ministres et ordonnateurs des derniers publics dépourvus de conscience et d’éthique pour assurer la gestion efficace des projets de sociétés. Y font rage les négociations souterraines, les concussions dans le trésor public, les collusions entre firmes d’exécution et de supervision. Les fonds des ONG et des coopérations internationales ne sont pas effectivement alloués aux projets pour lesquels ils ont été collectés. Sinon, on ne parlerait pas de quarante, cinquante ou soixante ans de coopération entre la BID, l’USAID et la Banque mondiale avec Haïti sans qu’aucun résultat consistant ne puisse être enregistré. Plus près de nous, on recense les grands désordres financiers du Petrocaribe et de la CIRH qui impliquent présidents, ministres et des mercenaires diplomatiques étrangers avec une farouche complicité des institutions internationales pour détourner des milliards de dollars au profit de quelques familles espiègles. Malgré la présence de l’ULCC, de l’IGF, de l’UCREF, il y a une absence criante des institutions de vigie pour empêcher les pratiques de détournement des fonds publics. Sans des mesures drastiques pour couper court à de telles anomies qui ont causé tant d’hémorragie à la société, ce sera toujours un vœu pieux d’espérer d’emprunter la trajectoire du développement. Haïti doit résolument se faire habiter par la compétence et l’intégrité.    

Depuis 1990, c’est chaque année le PNUD publie l’Indice de développement humain (IDH) pour classer les pays selon leur niveau de développement. Cet indicateur simpliste est d’une grande utilité ; mais il a aussi des failles. En quoi consiste la méthodologie de calcul de cet indice ? Quels sont ses avantages et ses limites dans la description de la réalité d’un pays ? L’objectif de cet article est de passer en revue l’Indice de Développement Humain tout en éclairant sur d’autres méthodes d’appréhension de l’histoire complexe du développement.  

Du PIB à un indicateur à visage humain, l’IDH

« Toute mesure qui accorde à une arme une valeur plusieurs centaines de fois supérieure à celle d’une bouteille de lait ne manque pas de soulever des questions sérieuses quant à sa pertinence pour le progrès humain. » Mahbub Ul Haq « 

L’IDH trouve son origine dans « l’approche par les capacités » appliquée au bien-être mise en avant par les économistes Amartya Sen et Mahbub ul Haq. Selon ces économistes opposés à l’approche par le PIB, le développement se définit de préférence par le processus d’élargissement du choix des gens que par une simple augmentation du revenu national. Jusqu’à la décennie 1980, le produit intérieur brut (PIB), qui mesure la production totale de biens et services dans un pays, a été utilisé pour mesurer le niveau de développement des pays. Cet indicateur n’offrait qu’une vision partielle et se révélait donc inadéquat pour évaluer le bien-être des habitants d’un pays. La pertinence de la seule croissance économique comme mesure du développement a été remise en question au sein de nombreux cercles de discussions (Noorbakhsh, 1998). 

Plusieurs protagonistes affirmaient qu’en plus de la dimension économique, le développement devrait incorporer des facteurs relatifs à la santé et à l’éducation. Jusqu’à la fin de la décennie 1980, la seule dimension économique pour cerner le développement d’un pays était largement reconnue comme un indicateur insuffisant de bien-être d’une société (England, 1998 ; Noorbakhsh, 1998 ; Milorad, 2010 ; Osberg et Sharpe, 2005 ; England, 1998 ; Chiripanhura, 2010). Étant donné les lacunes de l’unique dimension économique pour mesurer le bien-être social, une nouvelle approche du développement inspirée par l’œuvre fondatrice d’Amartya Sen a poussé le PNUD à créer l’Indice de Développement Humain (IDH) en 1990. D’où l’implémentation de ces nouvelles réflexions dont Amartya Sen a été le fer de lance tout au début des années 1980. À la suite des plaidoiries de Sen pour une nouvelle approche du développement, le PNUD a créé en 1990 l’Indice de Développement Humain (IDH). Cette mesure composite standard incorporant davantage de potentialités humaines évalue le niveau de développement humain des pays à travers le monde. 

L’IDH est plutôt un indicateur à visage humain qui présente les êtres humains comme finalité et moyen principal d’accomplissements supérieurs dans divers domaines. Cette mesure composite comprend trois dimensions : l’accès aux ressources, la connaissance et la longévité. Ces dimensions sont respectivement capturées par le revenu par habitant, l’espérance de vie et le nombre d’années de scolarité. Jusqu’en 2010, l’IDH était dérivé de la moyenne arithmétique simple entre des indicateurs relatifs à ces trois dimensions. Mais, depuis 2011, l’IDH correspond à la moyenne géométrique des trois sous-indices relatifs à la longévité, l’éducation et le revenu. À la lumière de ce paradigme holistique, les chercheurs et les décideurs examinent le développement sous un angle plus large. Néanmoins, l’IDH souffre de lacunes méthodologiques et statistiques qui ouvrent la voie à des approches alternatives pour mesurer le bien-être social (Klugman et al., 2011 ; Sinha & Sengupta, 2019 ; Azam et al., 2021 ; Kelley, 1991). En dépit des efforts permanents pour analyser le bien-être social à l’échelle mondiale, de nombreuses études argumentent la nécessité de réviser les indicateurs de bien-être existants, y compris l’IDH, afin de capturer l’histoire du développement avec plus de précision (Ryten, 2000 ; Milorad, 2010).

Des indices de développement plus complexes

Au cours des dernières décennies, plusieurs études soutiennent qu’un cadre conceptuel approprié du bien-être social devrait inclure un ensemble d’indicateurs multidimensionnels (Alkire et al., 2020 ; Estes, 2019 ; Tauhidur et al., 2005 ; Diener et Suh, 1997 ; Durand, 2015). Dans ce contexte, l’Indice de Développement Humain (IDH) développé par le PNUD est reconnu comme un indice restrictif. L’IDH ne prend en compte que trois dimensions du bien-être social : la santé, l’éducation et l’accès aux ressources. Pour construire un indice global de bien-être qui englobe une multitude de facettes, l’OCDE propose un indice qu’il développe de l’Initiative pour une vie meilleure. Alors que l’OCDE considère onze dimensions du bien-être pour présenter un tableau de bord multidimensionnel du bien-être, elle ne calcule pas un indice unique de bien-être. De plus, l’approche de cette organisation, axée sur la mesure des réalisations au niveau individuel ou national, laisse au chercheur la latitude de choisir ses propres pondérations pour chaque indicateur. Bien que l’OCDE présente un tableau de bord avec 24 indicateurs, elle n’a pas mis l’accent sur certains facteurs clés tels que l’autonomisation des sexes et le mode de vie social. D’autres études suggèrent alors de sélectionner des domaines de bien-être supplémentaires appropriés et de déterminer les poids de l’ensemble des indicateurs retenus selon une approche d’analyse factorielle au niveau des pays. Par exemple, des indices spécifiques pour le logement, l’autonomisation des sexes, la dépendance économique étrangère et le mode de vie social l’engagement civique et la gouvernance et le bien-être subjectif comptent parmi des facteurs additionnels du niveau de bien-être général. 

Plusieurs autres recherches dérivent un indice basé sur les données en agrégeant de nombreuses variables à l’aide de l’analyse factorielle et de l’analyse en composantes principales (ACP). C’est le cas de Tauhidur et al. (2005) qui développe une approche d’ACP pour analyser le niveau de développement de 43 pays. Les auteurs considèrent a priori 26 variables en 1999 classées dans huit domaines pour créer un indice de bien-être multidimensionnel. Chaaban et al. (2016) construit un indice de développement en combinant les facteurs de base de l’IDH avec la sécurité, le logement, l’engagement civique à la communauté. Ces études proposent une version étendue du développement humain. Cependant, Tauhidur et al. (2005) n’incluent pas les inégalités, tandis que Chaaban et al. (2016) échouent à calculer les poids pour construire les dimensions. Ils ignorent également d’autres facteurs pertinents capables de créer une meilleure vision de la société, tels que l’autonomisation des sexes et le mode de vie social. Un autre article de la même trempe qu’il convient de citer est Estes (2019). L’auteur utilise 40 variables et applique une analyse factorielle où il retient quatre facteurs principaux pour construire l’Indice Pondéré de Progrès Social (WISP). Estes examine les progrès détaillés de 162 pays dans différentes régions géographiques ; cependant, cet article ne tient pas compte des inégalités au sein des pays.

Les dimensions écologiques et de l’inégalité, absentes dans l’IDH 

Alors que l’Indice de Développement Humain (IDH) est largement accepté dans les cercles des organisations internationales, il reste un indicateur limité pour expliquer la complexité de l’histoire du développement (Murray, 1993 ; Srinivasan, 1994). L’inégalité entre les sociétés et au sein de celles-ci, la simplicité de l’IDH et les poids égaux des composantes pour construire l’indice font partie des problèmes qui poussent à remettre en question la validité de l’IDH en tant qu’indicateur fiable du bien-être sociétal (Gidwitz et al., 2010 ; Ravallion, 1997). Pour remédier à des problèmes d’inégalité intra-pays, des chercheurs proposent des indices qui ajustent l’IDH avec les dimensions inégalitaires au sein d’une société (Hicks, 1997 ; Foster et al., 2005 ; Stanton, 2006). À cette fin, Hicks (1997) conceptualise l’Indice de Développement Humain Ajusté pour l’Inégalité (IAHDI), qui donne une image différente dans les régions où les pays se caractérisent par des disparités significatives. D’autre part, Noorbakhsh (1998) propose un indice de développement humain modifié (IDHM) qui inclut des poids différents pour les composantes. D’autres travaux tels que Lind (2002), Despotis (2005) et Herrero et al. (2010) développent des mesures alternatives à l’IDH. Une réalisation majeure dans ce domaine est celle de Foster et al. (2005), qui crée l’Indice de Développement Humain Ajusté pour l’Inégalité (IHDI) qui corrige l’inégalité dans la répartition de chaque dimension dans la population. 

Les Objectifs de Développement Durable (ODD) suggèrent que les analystes du développement incluent l’amélioration de l’environnement comme un facteur clé du bien-être sociétal (Coscieme et al., 2020 ; Ripple et al., 2017, Stiglitz, 2009). Suite aux résolutions des ODD, les décideurs ont convenu de travailler vers l’égalité, de protéger l’écosystème et de promouvoir un développement durable. C’est une ambition plus large qui justifie une pertinence moindre de l’IDH et de sa famille d’indices en tant que mesures incontestables du bien-être social. On a vu que pour répondre aux critiques concernant la pertinence de l’IDH et de l’IHDI, le PNUD essaie de compenser ses rapports avec des indices complémentaires pour raconter une histoire plus large du développement. Outre l’IDH, le PNUD adopte l’indice de pauvreté humaine et l’indice de développement lié au genre pour rendre compte des progrès humains. Cependant, il demeure que ces indices supplémentaires ne traitent pas de la question écologique. De plus, ils sont peu reconnus dans le domaine des institutions engagées dans l’amélioration du bien-être social à travers le monde. Dans les sphères académiques ou internationales, il n’y a pas de consensus sur une mesure universelle du bien-être. Il reste que peu d’indices abordent la sélection des composantes appropriées et de leurs poids pour construire un indice du bien-être ajusté en fonction de l’inégalité et qui soit exempt de la subjectivité des chercheurs.

Le facteur économique et la forme fonctionnelle de l’IDH

L’inégalité de distribution dans les composantes de l’IDH est un autre inconvénient de l’indice de développement humain (Alkire et Foster, 2010). Parce que l’IDH est basé sur des valeurs moyennes d’indicateurs, deux pays hétérogènes affichant des moyennes similaires en matière d’éducation, de santé et de revenu afficheraient un IDH identique. De nombreuses études réfutent la forme fonctionnelle arbitraire du calcul de l’IDH (Ravallion, 1997 ; Kelley, 1991). Attribuer un poids a priori à chaque dimension de l’IDH semble inapproprié. D’autres études remettent en question la caractéristique de redondance de l’IDH, car les trois dimensions auxquelles il se réfère sont fortement corrélées (McGillivray, 1991 ; Srinivasan, 1994). 

Une autre ligne d’études critique le caractère restrictif de l’accès aux ressources économiques pour construire l’Indice de Développement Humain. Jusqu’au troisième quart du XXe siècle, le Produit Intérieur Brut (PIB) était le seul facteur utilisé pour mesurer le développement. Au début des années 1970, Tobin et Nordhaus (1973) ont réfuté le PIB en tant que mesure du bien-être. Par exemple, Osberg et Sharpe (2005) suggèrent de substituer le revenu par l’indice du bien-être économique (IBEB). Contrairement au revenu par habitant, l’IBEB est une mesure plus large qui combine les flux de consommation par habitant actifs effectifs, l’accumulation nette de stocks de ressources productives de la société, la répartition des revenus et la sécurité économique. Ils ont également proposé une Mesure du Bien-Être Économique (MBEE) qui combine le Produit National Brut (PNB) avec d’autres variables telles que les loisirs et la pollution. De même, Anand et Sen (2000) soutiennent que l’accès à la terre et aux crédits sont des facteurs significatifs du bien-être. Les loisirs, les ressources naturelles et la production alimentaire pour la consommation propre doivent également être inclus pour mesurer de manière fiable l’accès aux ressources (Islam et Clark, 2002). Malheureusement, les données appropriées pour construire la MBEE ne sont pas disponibles pour de nombreux pays.

L’accès à la technologie et le style de vie social dans l’indice de développement  

Une multitude de recherches établissent des preuves d’effets pertinents d’autres facteurs sociaux, économiques et démographiques sur le bien-être que l’IDH n’inclut pas (Kleven et Landais, 2017 ; Hafnera et Mayer-Foulkes, 2013, Bertrand et al., 2016 ; Goldin, 2014). D’autres dimensions telles que le maintien de l’ordre, la paix, la sécurité et la liberté sont essentielles pour renforcer la pertinence de tout indicateur de développement (Dasgupta et Weale, 1992). Dans cette ligne d’idée, Murray (1993) et Srinivasan (1994) remettent en question l’IDH simplifié car il ne pourrait pas représenter adéquatement l’image complexe du développement humain. Diener et Suh (1997) corroborent Murray et Srinivasan en exprimant leur préférence pour un tableau de bord multidimensionnel pour capturer l’histoire complexe du développement

En plus des progrès en matière de santé, d’éducation et de conditions économiques, le progrès technologique est un facteur important pour atteindre un niveau de bien-être plus élevé, car le monde est de plus en plus piloté par l’intelligence artificielle. Par conséquent, la pénétration de la technologie (investissement en R&D, disponibilité d’Internet, téléphones mobiles) et des variables d’entrée appropriées telles que la distribution de l’électricité sont déterminantes pour le bien-être de la société. Par exemple, avec la croissance de la technologie et de l’industrie, la plupart des pays industriels ont atteint au fil du temps des revenus moyens plus élevés (Acemoglu, 2002 ; Stiglitz, 2014 ; Lemieux, 2006 ; Acemoglu et Restrepo, 2017 ; Aghion & Howitt, 1990, Krueger, 1993). La technologie favorise l’acquisition d’une éducation supérieure qui récompensera à son tour les deux côtés du marché du travail. Par conséquent, le progrès technologique détient le potentiel de réduire les écarts d’inégalité et d’améliorer le bien-être de la société.

Un certain nombre de caractéristiques sociales et démographiques importantes liées au développement font également défaut dans l’histoire racontée par la plupart des indices de développement répandus. Par exemple, le taux de fécondité est un facteur déterminant de l’aggravation de l’inégalité entre les sexes et une cause de dispersion du niveau de vie. Kleven et Landais (2017) et Hafnera et Mayer-Foulkes (2013) indiquent des effets significatifs des caractéristiques démographiques sur le développement. Dans le même ordre d’idées, Bertrand et al. (2010) et Goldin (2014) reconnaissent que les normes sociales pourraient réduire considérablement les différences entre les hommes et les femmes sur le marché du travail et par conséquent réduire les inégalités mondiales. 

Aucun indice de développement humain ne saurait être perçu comme une panacée pour cerner l’histoire du développement. Par sa simplicité l’IDH demeure un indicateur composite amplement utilisé dans les sphères des organisations internationales pour orienter les décisions de politiques économiques et sociales. Cependant, cet indice contient des faiblesses qui méritent d’être prises en compte pour ne pas statuer dans l’absolu sur de potentiels écarts de développement entre les pays. 

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com

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