13 octobre 2026
Le régime de Poutine pourra-t-il survivre après la rébellion des mercenaires ?
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Le régime de Poutine pourra-t-il survivre après la rébellion des mercenaires ?

Mardi 27 juin 2023 ((rezonodwes.com))–

Lorsque, le vendredi 23 juin dernier, Yevgeny Prigozhin fit part au reste du monde de son intention de se venger de ce qu’il appelle des « crimes » perpétrés par les soldats russes à l’encontre de ses troupes, personne ne s’attendait à un événement aussi rocambolesque. On pouvait même croire qu’il faisait de la surenchère auprès d’eux, puisque les mercenaires sont connus pour être des gens sans état d’âme. C’est donc avec stupéfaction qu’on a alors appris la marche de sa milice vers la capitale le jour suivant.

Si Poutine est inquiet, il a toutes les bonnes raisons de l’être. Car il sait ce dont le monstre est capable pour l’avoir créé lui-même. En effet, Prigozhin est un ancien repris de justice pour vol à mains armées. À sa sortie de prison, il se lança dans l’industrie de la restauration en fournissant des plats au quotidien à la soldatesque russe. Son entreprise florissait, ce qui lui permit d’amasser une fortune colossale.

Devenu richissime, il mit son rêve le plus cher à exécution : celui d’avoir sa propre armée. En recrutant ses troupes, Prigozhin développa une affinité particulière envers les gens qui comme lui sont des anciens prisonniers. Et ce n’est pas sans raison ! Ces personnes auxquelles il accorde cette seconde chance seront plus enclines à se montrer malléables et soumises à sa volonté. Il alla les chercher un peu partout à travers les anciennes Républiques soviétiques, mais particulièrement en Russie. Désormais, celui qui est péjorativement dénommé « le chef de Poutine » dispose désormais d’une armada dénombrant plus de 25 000 hommes !

En un rien de temps, le groupe Wagner( c’est l’appelation de la milice) commença à faire parler de lui à travers la planète. On le retrouve partout à prêter main forte pour faire avancer les intérêts de la Russie. Fait intéressant : si le régime de Bashar al-Assad a pu survivre au mouvement du « Printemps arabe » c’est en partie grâce à lui qui fournit un nombre incalculable de mercenaires pour mâter les rebelles syriens. L’influence de la milice s’est fait sentir même en Afrique—-une région traditionnellement pro-occidentale.

Maintenant revenons-en à la rébellion avortée de Prigozhin. La témérité de ses troupes les conduisit jusqu’aux portes de Moscou, soit près de 200 kilomètres à l’orée du Kremlin. Mais coup de théâtre ! Contre toute attente, le chef rebelle décida de faire marche arrière après s’être vu offrir un sauf-conduit dont les termes l’immunisent contre toutes représailles de la part de Vladimir Poutine.

Le prétendu sauveur de Poutine dans cette saga militaire n’est autre qu’Alexandr Lukashenko, le Président de la Biélorussie. C’est lui qui serait intervenu in extremis pour sortir la tête du chef du Kremlin sous l’eau. Mais beaucoup émettent des réserves sur cette assertion quand on se rappelle que le dictateur biélorusse ne fait rien de sa propre initiative. Il a fait de son pays un État satellite de la Russie. Pour ces observateurs, il est plus plausible que son nom soit utilisé pour sauver la face à Poutine.

On avance l’idée que c’est Poutine lui-même qui a conduit les négociations. Car apparemment, les rebelles avaient tout de leur côté pour réussir la mission : Un nombre imposant d’hommes aguerris et adéquatement équipés ainsi que la décrépitude des forces russes.

La faiblesse des militaires russes transparaît clairement dans l’absence de résistance rencontrée par Prigozhin sur sa marche vers la capitale. Comme une lettre à la poste, les rebelles, chemin faisant, se sont emparés d’un QG militaire sans qu’il y ait eu le bruit d’un moindre pétard.

Il n’y a pas que l’absence de résistance des soldats russes qui est à signaler. Les images diffusées à la télé ont montré également l’ambiance bon enfant qui régnait entre les troupes de Prigozhin et la population civile.

Tout compte fait, ce mouvement de rébellion n’aura duré que 24 heures. Mais des heures combien agonisantes pour le chef du Kremlin ! En effet, il est indéniable que ses 23 ans passés à la tête du pouvoir lui ont donné une apparence d’invincibilité. Son intransigeance ainsi que sa poigne de fer lui ont créé une certaine fascination à la limite de l’adulation au sein des mouvements fascistes à travers le monde.

Maintenant toute cette aura d’homme fort semble se dissiper après l’humiliation de ce fameux samedi qui a vu naître ce mouvement de rébellion. L’image herculéenne que Poutine a toujours voulu projeter en a vraiment pris pour son grade ! Même ses alliés risquent de réévaluer leurs relations avec Moscou.

L’heure était si grave que certains reporters présents sur place ont mentionné avoir constaté le vol de deux avions qui, en temps normal, ne se sont jamais décollés sans que Poutine soit en voyage. Il semble donc que le chef d’État russe avait plié bagages pour fuir la capitale.

Cet événement soulève aussi beaucoup de questions. Comment un groupe de rebelles a-t-il pu se lancer dans une telle bravade dans les périphéries d’une des capitales les mieux sécurisées au monde ? Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’affrontements entre l’armée régulière et les miliciens ? Et si Prigozhin n’avait pas décidé de faire une halte sur sa marche à Moscou, qu’adviendrait-il du régime de Vladimir Poutine ? Se pourrait-il qu’il ait des ennemis au sein du commandement de l’armée ?

L’histoire regorge de faits similaires dépeignant des instances où des hommes téméraires ont failli mettre en déroute des empires. On retiendra des noms comme Hannibal, Vercingétorix et Claude François de Malet qui bringuebalèrent respectivement l’empire romain et français.

La différence c’est qu’on n’a jamais vu un chef rebelle s’aventurer si près d’un périmètre aussi névralgique que le Kremlin. De deux choses l’une : soit les troupes russes se retrouvent épuisées par l’usure de la guerre en Ukraine, soit elles en ont marre de Vladimir Poutine. Au cas où le deuxième postulat s’avérait exact, cette mutinerie constituerait donc l’étincelle qu’attendaient les ennemis de Poutine pour embraser la forêt.

L’événement est tellement sérieux que le Président russe dût intervenir à la télévision pour lancer un message à la Nation. Dans son appel, il rappela au peuple russe les vieux démons du passé remontant à 1917 qui plongèrent le pays dans l’une des plus sanglantes révolutions du siècle : la Révolution bolchévique.

S’il est vrai que la menace que posait Prigozhin est temporairement écartée, l’on est en droit, en revanche, de se questionner sur les conséquences à court et à moyen terme pour Poutine.

Dans l’Art de la guerre, Sun Tsu préconisa qu’il est extrêmement important de ne pas exposer ses points faibles au regard de l’ennemi. Les Ukrainiens contre lesquels Vladimir Poutine s’est lancé dans une croisade militaire depuis plus d’un an et demi ne manqueront pas d’exploiter les brèches créées par cet incident. C’est d’autant plus révélateur lorsqu’on sait que désormais les forces russes ne disposeront plus des bons offices de Prigozhin qui a du s’exiler en Biélorussie.

La prise de Bakhmut par exemple lui a été méritoirement créditée. L’ancien repris de justice pour vol à mains armées est devenu une plaque tournante pour l’armée russe.

D’autres observateurs sont allés plus loin pour établir un certain parallélisme entre le coup d’État manqué de 1991 dans l’ancienne Union soviétique et le mouvement des rebelles. Où est la similitude ? Le putsch de 1991 a été certes avorté, mais peu de temps après, on a assisté à la mise à l’écart de Mikaïl Gorbatchev et du même coup à l’effritement de L’URSS.

On prévoit le même scénario où Vladimir Poutine —affaibli et humilié dans cette histoire —pourrait être trop essoufflé pour s’agripper au pouvoir pendant longtemps.

Président Zelenskyy aussi doit avoir ses yeux rivés sur ce qui vient de se passer. On peut en être certain qu’il cherchera à mettre à profit le désarroi existant dans le camp des Russes. Boosté par la tournure des événements il bénéficie de l’avantage psychologique pour frapper l’ennemi là où il présente des signes de vulnérabilité.

Bien évidemment il est encore trop tôt pour mesurer l’impact de ce qui vient de se passer en Russie le week-end écoulé, mais quoi qu’il en soit il demeure évident que l’image de Poutine ne sera plus la même. Il devra s’attendre à une cascade d’ennuis subséquents à cet incident qui lui viendront tant de l’extérieur que de l’intérieur.

Ducasse Alcin

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