Les organisations syndicales dont l’Union nationale des normaliens haïtiens (UNNOH), initiatrices de la grève observée depuis plus de deux mois dans le secteur de l’enseignement public afin d’exiger des autorités des réformes, dénoncent le cynisme manifesté par le ministre Nesmy Manigat. Elles en ont profité pour réprouver la stratégie d’évaluation engagée par le Ministère de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle (MENFP) en dépit du manque de préparation des candidats.
Lundi 19 juin 2023 ((rezonodwes.com))–
La crise du secteur éducatif haïtien marquée par des arrêts de travail à répétition dans les lycées et les écoles nationales primaires, des conditions de fonctionnement déplorables des établissements scolaires et l’irresponsabilité des autorités compétentes du MENFP, est loin de toucher à sa fin. Au-delà des considérations structurelles et conjoncturelles des défis liés à la réorganisation de l’enseignement général en Haïti, le désengagement de l’État face à sa mission régulatrice met à mal toutes les perspectives de changement.
La grève prolongée des enseignants visant à exiger de l’actuelle administration de l’État l’amélioration des conditions de travail, la mise sur pied d’une structure médiatrice de la société civile pour adresser la crise, restée sans réponse est le témoignage patent de l’insouciance des autorités du gouvernement de facto.
Selon le coordonnateur général de l’UNNOH, Josué Merilien, en faisant fi des revendications des organisations syndicales, le ministre Nesmy Manigat, affiche un niveau de cynisme révoltant face à l’avenir d’une génération de lycéens.
Plus de 8 semaines après le lancement de la grève, enseignants et autorités du MENFP se retrouvent sur la corde raide, sans une volonté réelle de dialoguer pour une issue à la crise. Le syndicaliste Josué Merilien dénonce le projet démentiel du ministre Manigat d’organiser des épreuves de fin d’année malgré le manque de temps d’apprentissage découlant de la période de paralysie des écoles publiques. Une telle initiative pousse les grévistes à exiger la démission du titulaire du ministère afin de trouver réponse au dysfonctionnement des écoles.
Parallèlement, s’annonce une nouvelle phase dans la mobilisation visant à contester le leadership du numéro un du MENFP. La deuxième phase consiste à impliquer d’autres acteurs de la société dans la perspective d’un dénouement. Dans la foulée, des appels à ajourner les échéances des épreuves scolaires ont été lancés aux responsables du Ministère. L’UNNOH et les autres associations syndicales impliquées dans la grève encouragent les enseignants à envisager un accompagnement spécial avec des cours intensifs au bénéfice des élèves afin d’éviter un fiasco dans l’apprentissage.
Évaluer les élèves sans un minimum d’apprentissage se révèle démagogique et la communauté éducative est appelée à agir contre de telles pratiques, soutient Josué Merilien. Ce dernier interpelle l’ensemble des acteurs du secteur éducatif sur cet aspect qui risque d’affaiblir davantage la qualité de l’enseignement public.
S’agissant de l’échec du dialogue Jamaicain, Josué Merilien plaide en faveur de la tenue d’un pré-sommet afin de dessiner les contours d’un agenda aux prochaines discussions.
La Plate-forme de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA), l’UNNOH et l’organisation KONBIT s’engagent dans des pourparlers concrets avec le Bureau de suivi de l’Accord de Montana afin de porter le projet ce projet avant même l’arrivée des dirigeants de la CARICOM en Haïti.
Cet agenda entend fixer la vision de l’équipe de Montana sur la crise, dans la perspective de la poursuite du Sommet de la Jamaïque.
Hervé Noël
vevenoel@gmail.com

