18 octobre 2026
D’où viendra le salut ?
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D’où viendra le salut ?

Cet article, publié ci-après, est l’éditorial paru dans le dernier numéro de l’hebdomadaire de Haïti en Marche (1). Si nous reproduisons ce texte politique citoyen, c’est parce qu’il présente différentes facettes de la réalité haïtienne d’aujourd’hui et mérite de ce fait d’être lu par beaucoup de patriotes haïtiens afin d’enrichir le débat politique en Haïti compte tenu que la classe politique et l’élite intellectuelle sont en train de tourner en rond pour trouver une solution de sortie de crise.

Par Sergo Alexis et Élodie Gerdy

À cette période des fêtes de fin d’année, la République est toujours en état de crise et confrontée aux mêmes problèmes de pénurie d’essence, d’excès de violence, de misère et de division politique. Les citoyens haïtiens ne savent plus où donner de la tête. Les expatriés s’arrangent pour rester en dehors d’Haïti le plus longtemps possible. Et ceux qui sont au pays ne songent qu’à le quitter.

Haïti a connu une année marquée par une montée vertigineuse de la violence criminelle, touchant également les forces de l’ordre, même si des bavures policières ne sont pas à écarter. Les institutions sont bloquées. Le pouvoir et la classe politique n’ont pas avancé sur le chemin du retour à l’ordre constitutionnel depuis l’assassinat de Jovenel Moïse. Ils ont mis tous les maux du pays sur le dos des gangs comme si ces derniers détenaient les rênes du pouvoir politique. Toujours pas de pensée novatrice du côté des leaders politiques.

C’est dans cette ambiance plutôt morose qu’un accord a récemment été concocté entre le Premier ministre Ariel Henry et certains secteurs de l’opposition et de la société civile. Une entente mort-née car les partis politiques les plus représentatifs y sont absents, notamment l’équipe de l’Accord de Montana, incontournable dans le cadre d’un gouvernement de transition.

Selon l’opinion publique, Ariel Henry essaierait de contourner Montana en mettant au point un autre accord élargi, quitte à y agréger d’autres formations politiques moins connues. Pour camoufler l’absence de représentativité, les négociateurs ont intégré parmi celles-ci quelques personnalités de renom à même de faire la différence, telle par exemple Myrlande Manigat. Cependant, si l’on prend à la lettre le souhait du gouvernement canadien, qui réclame un consensus national pour pouvoir intervenir en Haïti, il est difficile de concevoir une certaine unité haïtienne sans la participation de Montana qui pourrait drainer avec lui d’anciens responsables signataires de l’accord, comme ceux de Fanmi Lavalas. On ose espérer que ce ne sont pas les Canadiens qui ont soufflé au Premier ministre haïtien de mettre sur pied cette alliance de dernière minute, ce qui serait contradictoire à leur idée de consensus national.

Après que Leblan a pris des sanctions financières contre des nantis de tous bords et écarté certains poids lourds de la politicaillerie haïtienne, jugés gênants et corrompus, il appartient aux Haïtiens de se mettre d’accord pour un partage équitable du pouvoir exécutif et des institutions en charge d’organiser les élections avec des personnalités politiques et citoyennes compétentes et crédibles. Néanmoins, il restera toujours l’épineuse question du type d’intervention souhaitée afin de calmer l’ardeur des Haïtiens qui n’ont aucune solution à proposer à part celle de s’opposer à une intervention étrangère.

Les possibilités de solutions

Reconnaissant que nos compatriotes sont si indécrottables, les manœuvres de Henry pour constituer un rapport de force avec cette frange de l’opposition risque de ne pas passer comme une lettre à la poste. Cependant, si rien n’est fait dans le bon sens, on peut s’attendre à ce que la méfiance continue et le jeu du chat et de la souris reprenne de plus belle.

Mais la crise haïtienne est plus complexe qu’il n’y paraît au grand public. Les politiciens et l’élite intellectuelle haïtiens conçoivent les crises haïtiennes et les solutions pour les résoudre à l’aune de deux « forces » : les gangs et l’Oncle Sam. Ils ne comprennent pas que la situation d’Haïti est entrée dans une phase géopolitique globale avec l’apparition sur scène de la Chine et de la Russie, deux forces incontournablesdu Conseil de sécurité de l’ONU. Elles soulèvent régulièrement le cas d’Haïti et évoquent un nouvel ordre mondial dans les relations entre les pays en développement et l’Occident. C’est peut-être dans ce cadre que la communauté internationale, par l’intermédiaire du communiqué de l’OEA, avait fait son mea culpa et proposé toute une panoplie de solutions pour Haïti, concernant le développement, l’insécurité et l’intervention militaire.

C’est avant tout notre pays et les premiers concernés devraient être les Haïtiens eux-mêmes. Malheureusement, les élites se focalisent uniquement sur « l’occupation par le Blanc de la terre sacrée de Dessalines » et non sur l’ensemble des propositions d’Almagro et de l’OEA. Il faut aussi souligner que les pays dits amis, avec leurs sanctions, continuent à nous envoyer des indices forts qui prouvent aujourd’hui qu’il y a une volonté d’évoluer autrement que par le passé. On est aussi en droit de penser que les personnalités haïtiennes occupant des postes importants auprès des gouvernements américain et canadien, influencent dans une certaine mesure la prise de bonnes décisions en faveur de leur pays d’origine, pour contrecarrer le pouvoir des lobbyistes payés par les Haïtiens et des fabricants d’armes aux États-Unis pour faire perdurer le statu quo.

Que dire du secteur privé qui, d’après sa dernière note, a montré la volonté de vouloir participer « sainement » à la gestion de la chose publique ? Certains d’entre eux sont pris en tenaille avec les sanctions financières très efficaces qu’il ne nous faudrait pas sous-estimer, car leurs mouvements de capitaux à l’étranger sont complètement immobilisés. Sa récente adresse à la nation, vu son contenu explosif, à l’instar du communiqué de l’OEA, contient une certaine volonté patriotique de vivre enfin ensemble. Malheureusement, son communiqué de presse n’a touché personne du milieu politique qui continue à se bagarrer pour le contrôle du pouvoir, au lieu de faire le point sur les possibilités existantes afin de mieux s’accommoder du nouvel ordre mondial qui est en train de se profiler à l’horizon.

Haïti est un pays vierge, chacun pourrait y trouver son compte, si les Haïtiens se mettaient sur le chemin de l’unité politique, juridique et celui du développement économique. Il en est de même pour les investisseurs financiers internationaux, sachant que, comme le prétendent certains, le sous-sol d’Haïti est gorgé de richesses minières. Ce serait dans une parfaite transparence qu’on devrait troquer les richesses naturelles contre le développement. Dans le pire des cas, on pourrait toujours compter sur une bonne gestion des milliards de devises des Haïtiens de l’extérieur pour entamer des réformes agroalimentaires et créer des centaines de milliers d’emplois.

Cependant, la méfiance générale des politiciens entre eux, de ces derniers envers la bourgeoisie, montre que le pauvre peuple n’est pas prêt de sortir de l’auberge. Après une bataille des politiques autour de la question de gouvernance qui a duré un an et cinq mois, on peut dire qu’on est retourné à la case départ. Pour donner suite à des discussions oiseuses à n’en plus finir, chacun campe sur ses positions et aujourd’hui la nouvelle constellation a toutes les chances de battre de l’aile. À défaut des propositions concrètes des Haïtiens, l’étranger finira par décider de tout et tout seul à notre place, et ce sera pire ! D’ailleurs le bruit court déjà que Leblan va lui-même former un gouvernement qui entrera en fonction au mois de janvier. Pourtant des possibilités de sortie de crises existent, mais la volonté et l’intelligence politique des acteurs pour agir efficacement font diablement défaut.

Sergo Alexis et Elodie Gerdy

1) Haïti en Marche du 28 décembre 2022 au 3 janvier 2023.

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