Intervenant : Mathias L.DEVERT
Propos recueillis par le journaliste Jackson Junior RINVIL .
Vendredi 30 septembre 2022 ((rezonodwes.com))–
I) Comment comprenez- vous l’intervention du ministre Généus devant le Conseil des Nations Unies faisant croire que « la situation actuelle du pays est globalement sous contrôle» alors que rien ne fonctionne dans le pays ces jours-ci ?
R1 Pour répondre à cette question on doit se référer à l’histoire de la diplomatie même avant le congrès de Vienne où un diplomate était considéré comme le défenseur du prince ,celui qui négocie avec d’autres acteurs au bénéfice de ce dernier .
Traditionnellement dans la diplomatie lorsque le chef vous délègue pour le représenter, il sait pertinemment que vous êtes prêt à tout faire pour remplir votre mission ( la fin justifie les moyens ).
Dans le cas de Mr Geneus, il a juste agi en bon serviteur ,il a porté la parole d’un gouvernement qui cohabite avec des gangs . Donc, il devait obligatoirement prononcer un discours qui montre qu’Ariel Henry a le contrôle de la situation afin que ce dernier puisse continuer à bénéficier la confiance de la communauté internationale.
Toutefois , son objectif n’a pas été atteint car le chaos, la violence des gangs ,l’amateurisme du PM et la misère de la population haïtienne ne sont plus un secret pour les chefs d’Etats du monde.
A noter qu’un diplomate n’est pas un évangéliste il n’a pour morale que la défense des intérêts de la nation par tous les moyens jugés conformes à la politique de son pays . Sauf que dans le cas d’Haïti nos diplomates ne représentent pas l’intérêt du peuple mais plutôt celui du clan qui a facilité leurs nominations. C’est là où le bas blesse.
Donc, il est clair que le ministre n’a pas représenté Haïti dans cette assemblée, il a représenté un premier ministre qui n’a aucun engagement envers le peuple , qui est uniquement attaché à son pouvoir au point d’être disposé à accepter toute forme de compris qui lui garantit son maintien ; en témoignent son accord avec la communauté internationale pour annuler la subvention sur le carburant et également son pacte avec Biden pour accepter le retour des migrants haïtiens en violation du principe de non refoulement de la convention de Genève.
Concrètement, le discours de Mr Geneus est la preuve de l’irresponsabilité au plus haut niveau de l’Etat et également du mépris du gouvernement du PM de facto Ariel Henry face à la souffrance de la population
II) Haïti est en plein dans le chaos depuis deux semaines. Ariel Henry peine à trouver une solution pour que le calme revienne dans le pays. À quoi peut-on s’attendre dans les jours à venir si les protagonistes n’arrivent pas à trouver une solution ou un accord entre eux ?
R2 Il est important de souligner que dans le cas d’Haïti nous sommes en face d’un État failli ; c’est à dire un État incapable de remplir convenablement ses fonctions et également de maintenir un contrôle même au niveau de son territoire.
Évidemment face à ce tableau de discorde entre les acteurs et de conflits d’intérêts dans une perspective de main mise sur le pouvoir ,il est clair que le pays se conduit tout droit vers un éclatement social.
Nous sommes face à une crise organique en Haïti où les acteurs politiques de toute tendance confondue ne parviennent pas à trouver la formule qui pourra faire fonctionner la machine .
Dans ce cas l’explosion sociale est inévitable.
De plus ,ce ne serait pas encore la fin de l’histoire car après l’éclatement social viendra l’envahissement du territoire national par les forces étrangères.
Dans la charte des Nations Unies, il est clairement mentionné au cas où la sécurité et la paix Internationales sont menacées le conseil de sécurité se doit d’intervenir. De plus à partir des résolutions de 1988, 1990 et 1991 de l’ONU, la communauté internationale a consacré la naissance d’un nouveau droit dénommé le droit d’ingérence humanitaire. Dans ce cas lorsque les droits humains sont violés constamment et que le gouvernement est passif ou complice ,l’ONU a le devoir d’intervenir.
Ce qu’il faut comprendre la situation qui sévit en Haïti est une menace pour les pays voisins en terme de mobilité des bandits et également de migration massive de la population . Cette situation si elle persiste représentera une menace à la sécurité internationale.
En conclusion les étrangers fouleront à nouveau le sol haitien ; le peuple haitien ne sera plus maître de son destin .
III) Que peut faire le gouvernement d’Ariel Henry en ce moment pour que l’ordre revienne dans le pays ?
R3 Il est une évidence qu’Ariel n’a pas les solutions au problème du pays . Face à cette situation de chaos et d’échec flagrant du PM Henry dans sa quête de résolution de la crise, l’idéal serait de convoquer tous les acteurs de la société civile et de la classe politique autour d’une table pour redéfinir les paramètres du pouvoir .
De ce dialogue aurait pu naître un nouveau gouvernement avec ou sans Ariel Henry dont la légitimité lui donnerait le droit d’aborder les problèmes conjoncturels et structurels du pays .
Je pense que Ariel Henry s’il est vraiment Haïtien, doit comprendre que sa politique de « pike devan » ne fait qu’empirer la situation. Face au danger imminent le mieux à faire c’est d’aller chercher cette légitimité exceptionnelle (en absence d’élections) auprès des acteurs et secteurs organisés de la société pour pourvoir rendre la machine opérationnelle.
Sans cette légitimité, cette acceptation d’autorité Ariel Henry n’est pas différent de l’ombre de Jovenel Moise car même en étant PM le constat est qu’il ne dirige rien.
IV) « Je veux ici saluer les propos du président colombien Gustavo Petro (…) qui a présenté ses excuses au peuple haïtien pour la participation de mercenaires colombiens dans le meurtre du président Moïse », dit Ariel Henry. Est-ce-qu’il a bien réagi en tant que Premier Ministre ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi ?
R4 Pour ma part je trouve que c’est une manière simpliste d’aborder une question complexe qui a mis en péril la sûreté de l’Etat.
Une situation telle un commando étranger pénètre le territoire national pour assassiner le premier citoyen d’un État est une cause occasionnelle pour entrer en guerre .
Dans les relations internationales lorsque les grands États veulent commettre certains crimes ils n’utilisent pas les forces officielles mais de préférence des corps spécialisés non reconnus qui n’ont pour ambition que de défendre les intérêts de l’empire officieusement .
L’assassinat de Jovenel Moise est un affront au peuple haïtien
Nulle excuse ne peut enlever cette page noire dans l’histoire d’Haïti et également dans ses relations avec les autres nations impliquées de près ou de loin dans cette affaire.
La réaction simpliste du PM Henry est la preuve du mépris de l’assassinat du Président Moise et de l’absence d’intérêt de ce gouvernement pour rendre justice au peuple .
Toutefois, il faut souligner aussi que la Colombie ne doit pas être utilisée dans ce dossier comme l’arbre qui cache la forêt en vue de protéger les oligarques ,politiciens haïtiens et également les barons internationaux impliqués dans ce crime .

