Déclaration de Velina E. Charlier Membre de Nou Pap Dòmi devant la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis d’Amérique
Vendredi 30 septembre 2022 ((rezonodwes.com))–
Haïti à la croisée des chemins : Réponses de la société civile pour une solution menée par Haïti
par Velina E. Charlier
Le 29 septembre 2022
Président Meeks, membre principal McCaul, et membres distingués de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants,
Je vous remercie de me donner l’occasion de me présenter devant la commission aujourd’hui pour parler de la crise haïtienne, de son impact sur le peuple haïtien et, plus important encore, de nos recommandations sur une sortie de crise et de notre vision de l’avenir d’Haïti. Je m’appelle Velina Elysée Charlier. Je représente NouPapDomi, une organisation de la société civile haïtienne qui milite pour la justice sociale, la lutte contre la corruption et la gouvernance responsable en Haïti.
1-La crise haïtienne : Un pays au bord de l’effondrement total
Au cours des cinq dernières années, Haïti a été pris dans une crise multidimensionnelle qui s’est aggravée de façon dramatique. Aujourd’hui, le pays a atteint un dangereux point de basculement avec des impacts sociaux, économiques et politiques variés. En raison de la complexité et de l’ampleur de la crise, je vais la décomposer en quatre composantes différentes pour la commission, chaque composante constituant une crise en soi. Alors qu’Haïti est au bord du gouffre, ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas seulement d’une histoire d’échec des Haïtiens, mais aussi de décisions politiques prises ici même à Washington.
A. Des niveaux d’insécurité et de violence des gangs sans précédent.
Haïti est actuellement confronté à des niveaux de violence et d’insécurité sans précédent. Chaque jour, la population haïtienne est confrontée à un nombre alarmant de meurtres et d’enlèvements commis par des gangs qui contrôlent de grandes parties du pays, notamment Port-au-Prince et ses quartiers.
Un rapport de la Mission intégrée des Nations unies en Haïti (BINUH) indique qu’entre janvier et mai 2022 seulement, 540 personnes ont été enlevées et plus de 780 ont été tuées, sans compter les milliers de familles qui ont été déplacées de leurs foyers. Au début du mois de juillet
2022, plus de 300 personnes ont été tuées et des centaines de maisons ont été détruites par des gangs à Cité Soleil, l’un des quartiers les plus pauvres du pays.
Cette « question des gangs » est un phénomène complexe mais essentiellement politique. Depuis 2011 – lorsque le régime du PHTK est arrivé au pouvoir – nous avons observé l’instrumentalisation des gangs par le gouvernement. Plutôt que de combattre les gangs, le gouvernement les a utilisés, renforcés et armés pour exercer un contrôle total sur les quartiers populaires, ce qui lui a permis de réprimer toute forme de soulèvement populaire. Plusieurs rapports sur les droits de l’homme ont documenté le rôle de la police et des fonctionnaires du gouvernement dans divers massacres perpétrés dans des communautés pauvres telles que LaSaline et Cité Soleil.
De plus, le commerce illicite d’armes et de munitions, notamment en provenance des États-Unis, est devenu un commerce lucratif impliquant des personnes très en vue dans les secteurs politique et commercial en Haïti.
B. Le règne de la corruption et de l’impunité.
Parallèlement à la première question, celle des niveaux sans précédent d’insécurité et de violence des gangs, il y a le problème de longue date de la corruption et de l’impunité, qui est endémique dans le système de gouvernance en Haïti. Le crime organisé, le commerce illicite et les flux financiers illicites vont de pair avec la corruption dans l’administration publique. Au cours de la dernière décennie, divers scandales de corruption ont été découverts, dont le plus récent est le détournement et la mauvaise gestion de milliards de dollars provenant du fonds Petrocaribe, comme le soulignent les rapports d’audit 2019 de la Haute Cour des comptes d’Haïti. (Petrocaribe est un programme énergétique régional initié par le Venezuela pour fournir des produits pétroliers à Haïti à des conditions préférentielles qui auraient dû servir à financer des projets de développement). Ce scandale est la raison pour laquelle NouPapDomi – l’organisation de la société civile que je représente – a été créée et continue de travailler pour lutter contre la corruption et promouvoir une gouvernance responsable en Haïti.
Le trafic illicite de drogues et d’armes et le détournement de fonds publics ont permis l’établissement d’un cartel politique et économique qui s’est emparé du pouvoir politique et s’efforce de maintenir son emprise sur les institutions judiciaires et de contrôle afin de perpétuer cette culture de corruption et d’impunité. Cette situation s’est produite avec le soutien total de la communauté internationale et de l’administration américaine.
C. Extrême pauvreté et inégalité sociale
La mauvaise gouvernance et la corruption généralisée ont encore affaibli les institutions de l’État, les rendant incapables de fournir des services essentiels et de répondre aux besoins fondamentaux de la population. Aujourd’hui, plus de 45 % de la population haïtienne – soit environ 4,6 millions de personnes – sont en situation d’insécurité alimentaire chronique. L’inflation augmente à un rythme effarant de près de 30 %. La récente décision du gouvernement d’augmenter le prix du carburant de plus de 128% va encore exacerber le coût élevé de la vie pour les Haïtiens dans le contexte de la crise mondiale avec les impacts du covid-19 et de la guerre en Ukraine. La situation socio-économique est également essentielle pour comprendre la montée des gangs et de l’insécurité. Le contrat social entre l’État et la population doit être restauré si l’on veut lutter durablement contre l’insécurité.
D. Impasse politique, échec de l’État et recul de la démocratie
Actuellement, » l’État » est inexistant en Haïti. Toutes les institutions qui constituent l’appareil de l’État, tel que prévu par la constitution, sont dysfonctionnelles. Le Parlement n’est pas fonctionnel car les élections n’ont pas été organisées pour élire de nouveaux parlementaires. La Cour suprême, le sommet de l’appareil judiciaire, a été démantelée par l’ancien président Moise. Un Premier ministre de facto dirige l’exécutif sans aucune base constitutionnelle ni légitimité. Ce dernier, qui a été identifié comme une personne d’intérêt dans l’enquête sur l’assassinat de l’ancien président Moise, dirige le pays sans freins et contrepoids, en toute impunité. La seule légitimité dont il bénéficie provient de la communauté internationale, en particulier des États-Unis, qui lui témoignent un soutien indéfectible, malgré son incapacité à résoudre la crise en Haïti.
Certains des maux et des crises dont j’ai parlé – la corruption, l’impunité, la faible gouvernance et l’extrême pauvreté – ne sont pas nouveaux pour Haïti, ni pour ceux d’entre vous qui l’observent depuis de nombreuses années. Mais ce qui est différent dans la crise et le moment actuels en Haïti, c’est l’instrumentalisation des gangs par le gouvernement à des fins politiques, la complicité entre les cartels politiques actuels et les gangs, et l’échec de l’État qui a conduit à des niveaux sans précédent d’insécurité, de violence, d’enlèvement et de pauvreté. Il serait négligent de ma part de ne pas mentionner le rôle de la communauté internationale dans cette crise. Elle n’a pas dénoncé ces pratiques de nos gouvernements (passés et présents) et a souvent contribué à porter au pouvoir et à soutenir des dirigeants impopulaires par le biais d’élections frauduleuses.
Pour faire face à cette situation, il est essentiel de juguler la corruption et l’impunité en réformant et en renforçant les institutions publiques, par le biais d’élections crédibles et inclusives.
2- La crise haïtienne : Les impacts
A. Agitation sociale, protestations et migration
Cette situation d’insécurité, de kidnapping endémique, de mauvaise gouvernance et de vulnérabilité socio-économique a exacerbé les griefs sociaux, conduisant à des troubles sociaux. La récente vague de protestations dans différentes villes d’Haïti à la suite de l’augmentation du prix des carburants était motivée par ces griefs, contrairement au discours du gouvernement selon lequel ils étaient simplement le produit d’une élite corrompue favorisant l’instabilité.
Un autre impact de cette crise est l’augmentation de l’afflux de migrants haïtiens vers les pays voisins, y compris les États-Unis. Le risque que des centaines d’Haïtiens risquent leur vie pour atteindre les côtes de la Floride est réel, et nous constatons une tendance à la hausse à cet égard. Les garde-côtes américains déclarent avoir rencontré plus de 7 000 migrants haïtiens entre octobre 2021 et juin 2022, soit une augmentation de près de 300 % par rapport à l’année précédente. En juin de cette année, au moins 17 migrants haïtiens sont morts lorsque leur bateau a chaviré au large des Bahamas.
B. Impact sur les femmes et les filles
Les femmes et les filles sont les premières victimes de la violence des gangs en Haïti. Les rapports des organisations des droits de l’homme illustrent les conditions horribles auxquelles les femmes et les filles sont confrontées dans les quartiers contrôlés par les gangs. Selon un rapport du Réseau national de défense des droits de l’homme, rien qu’en juillet 2022, plus de 52 femmes et jeunes filles ont été violées à Cité Soleil lors d’affrontements entre gangs rivaux. En avril de cette année, l’organisation a recensé plus de 18 cas de femmes violées et 17 exécutions. Les chiffres sont également alarmants pour d’autres communautés touchées par les gangs, comme Martissant, Bas-Delmas, La Saline, etc.
La violence des gangs pousse également les femmes à fuir leurs quartiers et leurs maisons vers d’autres régions, souvent pour vivre dans des camps de fortune. Ces environnements précaires les rendent plus vulnérables et exposées à tous types d’abus sexuels.
La crise actuelle exacerbe et aggrave la situation des femmes dans plusieurs domaines. Par exemple, l’accès à l’éducation, aux soins de santé et à la justice, qui était déjà très déficient pour les femmes, est devenu inexistant pour la plupart d’entre elles.
3-La crise haïtienne : La politique américaine envers Haïti
La politique de la communauté internationale et des Etats-Unis envers Haïti est une constante depuis des années et n’a pas changé. Elle a toujours suivi une approche paternaliste et interventionniste qui ne sert souvent pas les intérêts du peuple haïtien.
Par le biais de leur ambassade à Port-au-Prince, les États-Unis ont continué à soutenir des dirigeants issus d’élections frauduleuses ou de gouvernements corrompus qui ont perdu toute légitimité populaire. L’impression générale de la population est que les Etats-Unis n’écoutent pas le peuple haïtien et ne prennent parti que pour les dirigeants qui leur obéissent.
Le soutien inconditionnel de l’administration américaine au régime du PHTK depuis 2010 en est un exemple. Malgré les dénonciations de la société civile haïtienne et les manifestations de masse qui ont rassemblé des millions d’Haïtiens pour dénoncer la corruption et les abus du régime PHTK, l’administration américaine a soutenu de manière constante et systématique le régime PHTK pendant plus de 10 ans. Les effets de ce soutien sont indéniables. Le peuple haïtien a été dépouillé de son droit légitime de demander des comptes à ses dirigeants, qui n’ont plus de comptes à rendre qu’à la communauté internationale. Cette pratique érode davantage le contrat social haïtien et constitue une menace pour la survie de la démocratie haïtienne.
La position des États-Unis dans la crise haïtienne actuelle est de soutenir le premier ministre Ariel Henry, même s’il n’a aucun mandat constitutionnel ni aucune légitimité populaire. Ce soutien déclaré et inconditionnel à M. Henry lui confère une forme de légitimité qui lui permet de refuser tout processus de dialogue interne qui pourrait aider à résoudre la crise haïtienne.
4- Nou Pap Dòmi et l’Accord de Montana.
Nou Pap Dòmi (NPD) estime que l’organisation d’élections est nécessaire pour rétablir un État fonctionnel et aider le pays à sortir de cette crise. Elle est encore plus cruciale pour la vitalité de la démocratie et le renouvellement de la classe politique. Cependant, NPD croit que les élections en soi ne sont pas une solution aux problèmes d’Haïti, et qu’elles peuvent même être contre-productives si elles ont lieu sans que les conditions adéquates soient en place et sans une participation populaire significative. Des élections défectueuses ont contribué à la crise haïtienne. Les élections passées ont été entachées de fraudes flagrantes, dans lesquelles la communauté internationale a joué un rôle actif, portant au pouvoir des dirigeants impopulaires et corrompus.
Afin d’organiser des élections crédibles, honnêtes et justes, nous devons éviter de répéter les mêmes erreurs du passé et assurer un processus de transition qui mènera à des élections justes et crédibles. Dans la mesure où toutes les branches de l’Etat – Exécutif, Législatif et Judiciaire – sont dysfonctionnelles – et en l’absence de dispositions assurant la continuité institutionnelle des pouvoirs publics, NPD estime qu’Haïti doit passer par une transition inédite. NouPapDòmi soutient la mise en place d’un gouvernement consensuel et inclusif afin d’assurer une transition inédite qui puisse conduire à l’organisation d’élections crédibles, transparentes et équitables.
Dans cet esprit, NPD a participé au processus qui a conduit à l’Accord de Montana, dont il est signataire. NPD adhère et soutient cet Accord parce qu’il s’agit d’une initiative nationale qui n’a pas été construite sous la pression ou l’influence d’un parti politique.
qui n’a pas été construite sous la pression ou l’influence de forces extérieures. L’Accord promeut l’appropriation nationale du processus décisionnel du pays et propose une transition qui rompra avec le cycle de la corruption, de l’impunité et de la mauvaise utilisation des ressources nationales. Contrairement à l’idée que les Haïtiens sont incapables de diriger le pays, NPD croit qu’il y a dans notre pays des citoyens responsables, compétents et patriotes qui sont pleinement équipés pour mener le pays sur la voie du développement et du progrès.
Pendant des décennies, la communauté internationale a violé l’autodétermination et la souveraineté d’Haïti. Cela doit cesser. Nous avons besoin de coopération dans un esprit de solidarité et de respect mutuel, et non d’une occupation de facto sous couvert de partenariat. Le peuple haïtien veut pouvoir prendre en main le destin de son pays et celui de l’avenir de nos enfants. Une solution durable à nos crises ne peut être déterminée qu’en Haïti par les Haïtiens.
5- Recommandation et voies de sortie de crise
Toutes les considérations ci-dessus nous amènent à tirer ces conclusions et à formuler quelques recommandations pour sortir Haïti de la crise qui semble s’enliser et qui a des conséquences désastreuses sur la population.
Nous appelons le Congrès à contribuer à la mise en œuvre de ces recommandations, car elles constitueront un effort significatif pour résoudre la crise et contribuer au développement d’Haïti dans son ensemble.
À court terme, l’administration Biden pourrait aider Haïti par les mesures suivantes :
a) Cesser de soutenir le Premier ministre Ariel Henry et le gouvernement actuel, car cela entrave la voie vers un dialogue national sincère entre les Haïtiens.
b) Fournir un soutien pour enquêter sur les actes de corruption et de détournement de fonds, le trafic de drogue et le trafic illégal d’armes à feu.
c) Utiliser les instruments juridiques américains appropriés pour imposer des sanctions aux individus de haut niveau impliqués dans la corruption et qui soutiennent et facilitent la violence des gangs en Haïti, en particulier les fonctionnaires du gouvernement et les membres de l’oligarchie.
d) Adopter des mesures drastiques pour mettre fin au trafic illicite d’armes et de munitions des États-Unis vers Haïti.
e) Soutenir l’enquête sur l’assassinat du Président Jovenel Moise afin d’identifier, d’arrêter et de juger les auteurs intellectuels et matériels de ce crime. Il est utile de rappeler que plusieurs des personnes impliquées dans l’assassinat ont affirmé travailler pour ou avoir le soutien de diverses agences gouvernementales américaines. Le Congrès a un rôle déterminant à jouer pour aider à découvrir la vérité sur ce qui s’est passé.
En outre, d’autres mesures structurelles doivent également être prises pour permettre à Haïti de sortir de cette situation de manière durable, notamment :
f) L’intervention internationale à laquelle le pays est soumis depuis des décennies et qui s’accentue de plus en plus est contre-productive et a largement contribué à amener Haïti au bord de l’effondrement. L’échec est donc aussi celui de la communauté internationale. Il serait bon que les partenaires internationaux apprennent à remettre en question de temps en temps leur interprétation de la situation. Par exemple, l’hypothèse selon laquelle les récentes protestations et manifestations sont orchestrées par des forces invisibles qui ont manipulé le peuple reflète, au mieux, une tendance à infantiliser le peuple haïtien comme étant incapable de prendre les bonnes décisions pour son avenir.
g) La situation en Haïti est unique et complexe. Nous avons besoin de solutions adaptées et innovantes. Il y a des Haïtiens qui ont la compétence, la vision et l’engagement pour mettre le pays sur la voie d’un avenir meilleur. Nous devons donc permettre au peuple haïtien de décider ce qui est bon pour son pays et ne pas lui imposer des dirigeants qui ne défendent que leurs propres intérêts. Travailler avec et écouter les forces progressistes de la nation et non les mêmes figures corrompues qui ont conduit le pays au désastre que nous connaissons aujourd’hui serait un pas dans la bonne direction.
h) L’Accord de Montana est une proposition haïtienne et constitue la solution la plus viable et la plus crédible pour remettre le pays sur la voie de la normalité constitutionnelle. Nous pensons que, sans les mains américaines sur la balance, une véritable solution haïtienne pourra émerger. La rhétorique que nous avons entendue, selon laquelle les États-Unis ne choisissent pas de camp, ignore la réalité et le rôle de la communauté internationale qui a amené la situation là où elle est aujourd’hui. Nous ne demandons pas une intervention mais plutôt la FIN de l’intervention en cours.
i) Il est nécessaire de mettre les choses en perspective et d’établir les responsabilités. L’ingérence internationale a fait beaucoup de dégâts dans le pays également. Le peuple haïtien est fatigué de cette ingérence et demande un changement de la politique internationale envers Haïti. Nous voulons passer du stade de l’assistance à une coopération internationale active où les Haïtiens deviennent les véritables acteurs qui définissent et mettent en œuvre les grands projets de développement de leur pays.
j) Les différentes interventions internationales n’ont pas contribué à résoudre les problèmes, mais les ont plutôt exacerbés. Malgré les faiblesses de la Police Nationale (PNH) qui a été formée et équipée par les Etats-Unis, elle ne doit pas être remplacée mais renforcée.
Enfin, nous vous remercions encore pour l’invitation ; nous espérons que cette discussion ne sera pas une discussion de plus mais plutôt l’initiation d’un véritable processus de consultation avec les Haïtiens pour réfléchir ensemble aux formes de soutien nécessaires à une solution durable à la crise. Nous avons déjà parlé devant le Congrès, mais la politique américaine est restée inchangée. Il ne doit pas s’agir de simples paroles, nous devons voir de vrais changements.
Velina Etienne Charlier
Activiste, Écrivaine, Vodouisante
Statement of Velina E. Charlier Member of Nou Pap Dòmi Before the
House Foreign Affairs Committee
Hearing
Haiti at the Crossroads: Civil Society Responses for a Haitian led Solution
September 29, 2022
Chairman Meeks, Ranking Member McCaul, and distinguished members of the House Foreign
Affairs committee,
Thank you for the opportunity to appear before the committee today to talk about the Haitian crisis, its impact on the Haitian people, and, more importantly, our recommendations on a way out of the crisis and our vision for Haiti’s future. My name is Velina Elysée Charlier. I represent NouPapDomi, a Haitian civil society organization that advocates for social justice, anti-corruption, and accountable governance in Haiti.
1-The Haitian Crisis: A country on the brink of total collapse
Over the past 5 years, Haiti has been caught in a multidimensional crisis that has been escalating dramatically. Today, the country has reached a dangerous tipping point with varying social, economic, and political impacts. Due to the complexity and magnitude of the crisis, I will break it down into four different components for the committee, where each component constitutes a crisis in itself. While Haiti is on the brink, make no mistake, this is not just a story of the failure of Haitians but also about policy decisions made right here in Washington.
A. Unprecedented levels of insecurity and gang violence.
Haiti is currently facing unprecedented levels of violence and insecurity. Every day, the Haitian population is experiencing an alarming number of killings and kidnappings by gangs that control large parts of the country, particularly Port-au-Prince and its neighborhoods.
A report from the United Nations Integrated Mission in Haiti (BINUH) states that between January and May of 2022 alone, 540 people were kidnapped and more than 780 were killed, not to mention the thousands of families that have been displaced from their homes. At the beginning of July
2022, more than 300 people were killed and hundreds of houses were destroyed by gangs in Cite
Soleil – one of the poorest neighborhoods in Port-au-Prince.,
This “gang issue” is a complex phenomenon but is essentially political. Since 2011 – when the PHTK regime came into power – we have observed the government’s instrumentalization of gangs. Rather than fighting the gangs, the government used, strengthened, and armed them to exert total control over popular neighborhoods, which allowed them to suppress any form of popular uprising. Several human rights reports have documented the role of the police and government officials in various mass killings perpetrated in poor communities such as LaSaline and Cite Soleil.
Moreover, the illicit trade of weapons and ammunition, especially coming from the United States, has become a lucrative business involving high-profile individuals in the political and business sectors in Haiti.
B. The reign of corruption and impunity.
Alongside the first issue of unprecedented levels of insecurity and gang violence, is the long- standing problem of corruption and impunity, which is endemic in the system of governance in Haiti. Organized crime, illicit trade, and illicit financial flows go hand in hand with corruption in the public administration. Over the past decade, various corruption scandals have been uncovered, the most recent of which is the embezzlement and mismanagement of billions of dollars from the Petrocaribe fund, as highlighted in the 2019 audit reports of Haiti’s High Court of Auditors. (Petrocaribe is a regional energy program initiated by Venezuela to provide petroleum products to Haiti on preferential terms that should have gone towards financing development projects.). This very scandal is why NouPapDomi – the civil society organization I represent – was formed and continues to work to fight corruption and promote accountable governance in Haiti.
Illicit trafficking of drugs and arms, and embezzlement of public funds have permitted the establishment of a political and economic cartel that has seized political power and works to maintain its grip on the oversight and judicial institutions to perpetuate this culture of corruption and impunity. This has taken place with the full support of the international community and the US administration.
C. Extreme poverty and social inequality.
Poor governance and widespread corruption have further weakened state institutions, making them unable to deliver essential services and meet the population’s basic needs. Today, more than 45 percent of Haiti’s population – around 4.6 million people – are in a situation of chronic food insecurity. Inflation is rising at a staggering rate of nearly 30%. The government’s recent decision to increase the fuel price by more than 128% will further exacerbate the high cost of living for Haitians in the context of the global crisis with the impacts of covid-19 and the war in Ukraine. The socioeconomic situation is also key to understanding the rise of gangs and insecurity. The social contract between the state and the population must be restored if insecurity is to be sustainably addressed.
D. Political stalemate, state failure, and democratic backsliding
Currently, the “State” is non-existent in Haiti. All of the institutions that constitute the apparatus of the State, as provided for by the constitution, are dysfunctional. The Parliament is not functional as elections have not been organized to elect new parliamentarians. The Supreme Court, the apex of the judiciary, was dismantled by former President Moise. A de facto Prime Minister heads the executive without any constitutional basis or legitimacy. The latter, who has been identified as a person of interest in the investigation of the assassination of former President Moise, runs the country without checks and balances, in full impunity. The only legitimacy he enjoys comes from the international community, in particular the United States, which shows him unwavering support, despite his inability to address the crisis in Haiti.
Some of these ills and crises that I have spoken about – corruption, impunity, weak governance and extreme poverty – are not new to Haiti nor to those of you who have been observing Haiti for many years. But what is different about this current crisis and moment in Haiti is the instrumentalization of the gangs by the government for political purposes, the complicity between the current political cartels and the gangs, and the failure of the state has led to unprecedented levels of insecurity, violence, kidnapping and poverty. I would be remiss not to mention the role of the international community in this crisis. It has failed to denounce these practices by our governments (past and present) and has often contributed to bringing to power and supporting unpopular leaders through fraudulent elections.
To address this situation, it is essential to curb corruption and impunity by reforming and strengthening public institutions, through credible and inclusive elections.
2- The Haitian Crisis: The Impacts
A. Social Unrest, Protests and Migration
This situation of insecurity, rampant kidnapping, poor governance, and socio-economic vulnerability has exacerbated social grievances, leading to social unrest. The recent wave of protests in different cities in Haiti following the increase in fuel prices was driven by these grievances, as opposed to the narrative promoted by the government that they were simply the product of a corrupt elite promoting instability.
Another impact of this crisis involves an increase in the influx of Haitian migrants to neighboring countries, including the U.S. The risk of hundreds of Haitians risking their lives to reach the coast of Florida is real, and we are seeing an upward trend in this regard. The U.S. Coast Guard reports encountering more than 7,000 Haitian migrants between October 2021 and June 2022, an increase of nearly 300 percent over the previous year. In June this year, at least 17 Haitian migrants died when their boat capsized off the Bahamas.
B. Impact on Women and Girls
Women and girls are the primary victims of gang violence in Haiti. Reports from human rights organizations illustrate the horrific conditions women and girls face in gang-controlled neighborhoods. According to a report by the National Human Rights Defense Network, in July
2022 alone – more than 52 women and girls were raped in Cite Soleil during confrontations among rival gangs. In April this year, the organization documented more than 18 cases of women raped and 17 executed. The numbers are also alarming for other gang-affected communities, such as Martissant, Bas-Delmas, La Saline, etc.
Gang violence also causes women to flee their neighborhoods and homes to other areas, often to live in makeshift camps. These precarious environments make them more vulnerable and exposed to all types of sexual abuse.
The current crisis exacerbates and worsens the situation of women in several areas. For example, access to education, health care, and justice, which was already highly deficient for women, has become nonexistent for most of them.
3-The Haitian crisis: The US Policy towards Haiti
The policy of the international community and the United States towards Haiti has been a constant for years and has not changed. It has always followed a paternalistic and interventionist approach that often fails to serve the best interests of the Haitian people.
Through its embassy in Port-au-Prince, the United States has continued to support leaders who have emerged from fraudulent elections or corrupt governments that have lost all popular legitimacy. The general impression of the population is that the United States does not listen to the Haitian people and only sides with the leaders who obey them.
The unconditional support of the U.S. administration for the PHTK regime since 2010 is a case in point. Despite the denunciations of Haitian civil society and the mass protests that gathered millions of Haitians to speak up against corruption and the abuses of the PHTK regime, the U.S. administration has consistently and systematically supported the PHTK regime for more than 10 years. The effects of this support are undeniable. The Haitian people have been stripped of their legitimate right to hold their leaders accountable, and the leaders became ultimately accountable only to the international community. This practice further erodes the Haitian social contract and poses a threat to the survival of Haitian democracy.
The U.S. stance in the current Haitian crisis is to support Prime Minister Ariel Henry, even though he has no constitutional mandate or popular legitimacy. This declared and unconditional support for Mr. Henry provides him with a form of legitimacy that empowers him to refuse any domestic dialogue process that could help resolve the Haitian crisis.
4- Nou Pap Dòmi and the Montana Accord.
Nou Pap Dòmi (NPD) believes organizing elections is necessary to re-establish a functioning state and help the country to exit this crisis. It is even more crucial for the vitality of democracy and the renewal of the political class. However, NPD believes that elections in and of themselves are not a solution to Haiti’s problems, and it can even be counterproductive if they take place without the proper conditions in place and meaningful popular participation. Flawed elections have contributed to the Haitian crisis. Past elections have been tainted by flagrant fraud, in which the international community has been an active player, bringing unpopular and corrupt leaders to power.
In order to organize credible, honest, and fair elections, we must avoid repeating the same mistakes of the past and ensure a transition process that will lead to fair and credible elections. Since all branches of the state – Executive, Legislative, and Judicial – are dysfunctional – and in the absence of provisions to ensure the institutional continuity of public powers, NPD believes that Haiti must go through a groundbreaking transition. NouPapDòmi supports establishing a consensual and inclusive government to ensure a disruptive transition that can lead to the organization of credible, transparent, and fair elections.
In this spirit, NPD participated in the process that led to the Montana Accord, to which it is a signatory. NPD adheres to and supports this Accord because it is a national initiative that has not
been built under pressure or the influence of outside forces. The Accord promotes the national ownership of the country’s decision-making process and proposes a transition that will break with the cycle of corruption, impunity, and misuse of national resources. Contrary to the idea that Haitians are incapable of ruling the country, NPD believes that there are responsible, competent, and patriotic citizens in our country who are fully equipped to lead the country on the path to development and progress.
For decades, the international community has been violating Haiti’s self-determination and sovereignty. That must end. We need cooperation in a spirit of solidarity and mutual respect, and not de facto occupation under the guise of partnership. The Haitian people want to be able to take the destiny of their country and that of the future of our children in hand. A sustainable solution to our crises can only be determined in Haiti by Haitians.
5- Recommendation and pathways out of the crisis
All of the above considerations lead us to draw these conclusions and formulate some recommendations to get Haiti out of the crisis, which seems to be stalled and has disastrous consequences on the population.
We call on Congress to contribute to implementing these recommendations, as they will make a significant effort to resolve the crisis and contribute to the development of Haiti as a whole.
In the short-term, the Biden Administration could help Haiti through the following measures:
a) Stop propping up Prime Minister Ariel Henry and the current government, as it is obstructing the path towards a sincere, national dialogue between Haitians.
b) Provide support for investigating acts of corruption and embezzlement, drug trafficking, and illegal firearms trafficking.
c) Use appropriate U.S. legal instruments to impose sanctions on high-profile individuals involved in corruption and who support and facilitate gang violence in Haiti, particularly government officials and members of the oligarchy.
d) Adopt drastic measures to halt the illicit trafficking of weapons and ammunition from the
United States to Haiti.
e) Provide support for the investigation of the assassination of President Jovenel Moise to identify, arrest and judge the intellectual and material authors of this crime. It is worth recalling that many of those implicated in the assassination claimed to work for or have the support of various US government agencies. Congress has an instrumental role to play in helping uncover the truth about what took place.
In addition, other structural measures must also be taken to enable Haiti to emerge from this situation in a sustainable manner, these include:
f) The international intervention to which the country has been subjected for decades and which is becoming more and more pronounced is counterproductive and has greatly contributed to bringing Haiti to the brink of collapse. The failure is therefore also that of the international community. It would be good if international partners could learn to question their interpretation of the situation from time to time. For example, the assumption that the recent protests and demonstrations are orchestrated by invisible forces that have manipulated the people reflects, at best, a tendency to infantilize the Haitian people as incapable of making the right decisions for their future.
g) The situation in Haiti is unique and complex. We need adapted and innovative solutions. There are Haitians who have the competence, vision, and commitment to put the country on the path to a better future. We must therefore allow the Haitian people to decide what is good for their country and not impose on them leaders who only defend their own interests. Working with and listening to progressive forces of the nation and not the same corrupt figures who have led the country to the disaster we are experiencing today would be a step in the right direction.
h) The Montana Accord is a Haitian proposal and is the most viable and credible solution to get the country back on track to constitutional normalcy. We believe that, without U.S hands on the scale, a real Haitian solution will be able to emerge. The rhetoric we have heard of the U.S not choosing sides ignores the reality and the role of the international community in bringing the situation to where it is today. We do not ask for intervention but rather the END of ongoing intervention.
i) It is necessary to put things in perspective and establish responsibilities. The international interference has done a lot of damage to the country as well. Haitian people are tired of this interference and are asking for a change in the international policy towards Haiti. We want to move
from the stage of assistance to an active international cooperation where Haitians become the real actors who define and implement the major projects for the development of their country.
j) The various international interventions have not helped to solve the problems, but rather have exacerbated them. Despite the weaknesses of the National Police (the PNH) which has been trained and equipped by the United States – it must not be replaced but be strengthened.
Finally, we thank you again for the invitation; we hope that this discussion will not be one more discussion but rather the initiation of a real process of consultation with the Haitians to reflect together on the forms of support needed for a lasting solution to the crisis. We have spoken in front of Congress before, yet U.S policy has remained unchanged. This must be more than just talk, we need to see real changes.

