Président Meeks,
Ranking member McCaul ;
Membres de la chambre des représentants des Etats-Unis ;
Membres de la commission des Affaires étrangères ;
Bonjour. Il y a un peu plus d’un (1) an, nous avons témoigné par-devant vous de la situation de négation des droits humains qui sévissait alors en Haïti. Aujourd’hui, c’est l’envenimement de cette situation qui explique encore notre présence ici.
Je suis Rosy Auguste Ducéna, Avocate et Responsable de programmes au Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH).
Merci de nous offrir cette nouvelle opportunité de partager avec vous les conditions infrahumaines dans lesquelles patauge la population haïtienne, en raison de l’absence de leadership et du cynisme des responsables étatiques.
Nous ne vous apprendrons pas que la crise en Haïti a atteint un niveau jamais égalé avec l’assassinat du président en fonction Jovenel Moïse. Il était certes un prédateur des droits humains mais, l’aspiration du peuple haïtien n’a pas été de le voir assassiné.
Cet assassinat a confirmé le degré de banalisation de la vie que nous n’avions jamais cessé de dénoncer. En effet, sous son administration, les violations des droits à la vie, à la sécurité, à l’intégrité physique et psychique ont été légion. Toutefois, rien ne nous avait préparé à voir le pire.
Pourtant, depuis l’avènement de l’actuel premier ministre à la tête de la primature, le processus de déshumanisation de la population s’est accéléré. Avec la complicité de la communauté internationale, il s’est placé à la tête d’une coalition politique composée d’hommes et de femmes politiques menteurs, fanfarons qui ne défendent que leurs propres intérêts, au détriment des justes revendications populaires de sécurité, de bien être et du droit fondamental à un niveau de vie suffisant.
Les bandits armés sont devenus plus arrogants dans leur mode opérateur. Ils gagnent chaque jour plus de territoire, enlèvent des victimes de chez elles pour les séquestrer contre rançon, poussent des membres de la population à abandonner leur maison et veulent s’imposer sur l’échiquier politique.
Assassinats, enlèvements suivis de séquestration contre rançon, viols collectifs et répétés des femmes et filles, utilisation du corps des femmes et filles comme armes de guerre pour atteindre les gangs armés rivaux : Rien n’est épargné aux Haïtiens et Haïtiennes.
Les armes à feu ne se taisent jamais. Elles arrivent dans des containers qui échappent totalement au contrôle douanier, avec l’aide d’autorités étatiques ou de leurs proches.
Les 3 massacres les plus meurtriers jamais enregistrés en Haïti depuis 2018, ont été perpétrés sous l’administration d’Ariel Henry. Au cours des 2 derniers, du matériel et des équipements policiers ainsi que d’autres équipements étatiques ont été utilisés par les gangs armés proches du pouvoir. De plus, au moins 600 personnes ont été assassinées et 71 femmes au moins ont été violées avec brutalité, en présence de leurs conjoints et de leurs enfants.
En dehors de ces massacres, en moyenne, 3 personnes sont assassinées par jour et 10 autres sont enlevées. Les femmes victimes sont quasi systématiquement violées et de plus en plus d’alertes sur des hommes violés pendant leur séquestration, nous parviennent.
Des personnalités politiques sont impliqués dans le trafic illicite d’armes à feu et la contrebande. Des journalistes ainsi que des proches du pouvoir, entretiennent des liens avec des bandits armés. Des membres du secteur privé des affaires pactisent avec les bandits contre une certaine forme de protection.
La police, gangstérisée, complice lors des massacres dans les quartiers défavorisés, sous équipée et exposée à l’insécurité, est totalement sous la coupe d’Ariel Henry qui est aussi le président du Conseil supérieur qui la dirige.
La Justice démantelée est totalement effacée. Aucun procès emblématique n’a été réalisé. Aucune décision de mettre l’action publique en mouvement même contre les chefs de gangs armés connus, n’a été prise.
Tout ce que nous venons de décrire est aggravée par des conditions socioéconomiques précaires et de nombreuses décisions impopulaires prises par la coalition politique au pouvoir qui s’étonne pourtant que ses décisions engendrent des émeutes.
La communauté internationale dont les Etats-Unis, a malheureusement toujours été du mauvais côté de la barrière. En décidant d’accorder sa protection aveugle à la coalition politique dirigée par Ariel Henry, elle a aussi choisi de faire peu cas des efforts de la société civile pour trouver une issue haïtienne à la crise multidimensionnelle qui touche le pays et de livrer la population haïtienne à des prédateurs des droits humains, bien plus virulents que tous ceux qui les ont précédés.
Nous finirons nos propos en vous recommandant :
• D’appuyer la recherche d’une solution haïtienne à la crise, avec l’implication de la société civile qui jusqu’à présent s’est montrée très attachée aux revendications populaires ;
• D’exiger de la coalition politique actuellement au pouvoir, la fin de la protection des bandits armés ;
• De prendre des sanctions contre les différentes personnalités qui protègent les bandits armés ;
• D’encourager l’administration américaine à systématiser le contrôle des containers en provenance des Etats-Unis ;
• D’encourager le vetting des institutions policières et judiciaires haïtiennes.
Nous vous remercions et restons disponibles pour vos questions et remarques.
Rosy Auguste Ducéna
Avocate et Responsable de programmes au Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH)

