Avec le support de leurs fournisseurs en armes et munitions, les »400 mawozo », grisés par leur succès, ont décidé d’attaquer la base des Chen Mechan, avant d’opérer un repli étonnant à la suite du transfert aux États-Unis de leur chef historique. Le RNDDH retrace l’histoire de ce gang aussi célèbre que puissant.
Présentation du gang des 400 Mawozo
Jeudi 11 mai 2022 ((rezonodwes.com))– Le gang des 400 Mawozo est dirigé par Wilson JOSEPH alias Lanmò 100 Jou.
Son territoire s’étend sur tout l’arrondissement de la Croix-des-Bouquets, à l’exception de la commune de Cornillon. Les 400 Mawozo contrôlent aussi une partie de la commune de Tabarre – dont l’autre partie est annexée au territoire des Chen Mechan – et une partie de Pétion-ville, aux côtés du chef de gang Vitelhomme INNOCENT, un allié.
A sa création par Germine JOLY alias Yonyon, le gang a d’abord été baptisé 70 Mawozo. Il était spécialisé dans les braquages et les vols à mains armées. Quelques cas d’enlèvements suivis de séquestration contre rançon lui ont aussi été imputés alors.
En 2014, Germine JOLY alias Yonyon a été arrêté par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ). Suite à son arrestation, il y eut un moment de répit dans la zone. Le 24 janvier 2015, il a été incarcéré.
En 2016, après plusieurs balbutiements, le gang s’est reconstitué. Ils se sont alors rebaptisés 400 Mawozo. Aux anciennes exactions se sont ajoutés le braquage et le détournement de véhicules de transport de marchandises en provenance de la République Dominicaine et les assassinats. Ils se sont aussi spécialisés dans les enlèvements suivis de séquestration contre rançon. C’est aussi pour la première fois en Haïti que de nombreux cas d’hommes enlevés victimes de viols par leurs ravisseurs, sont dénoncés.
Le 23 mai 2018, Germine JOLY alias Yonyon a été jugé et condamné à perpétuité par le Tribunal criminel de la Croix-des-Bouquets siégeant sans assistance de jury, pour enlèvements suivis de séquestration contre rançon, viols, vols à mains armées, assassinat, détention illégale d’armes à feu et association de malfaiteurs, au détriment de plus de vingt (20) plaignants-tes.
Incarcéré, Germine JOLY n’a jamais perdu le contrôle de son gang armé. Il l’a dirigé d’une main de fer, en dépit du fait qu’il était emprisonné. En effet, ayant bénéficié d’un traitement de faveur et de la complaisance d’agents de la Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP), il avait à sa disposition des téléphones portables intelligents ainsi que de fortes sommes d’argent. Cette situation lui permettait de coordonner ses activités criminelles, d’organiser des fêtes mémorables en prison et de soudoyer certains agents de la DAP, peu scrupuleux.
Parallèlement, Wilson JOSEPH alias Lanmò 100 jou accède à la tête du gang des 400 Mawozo. Rapidement, il s’impose en sanguinaire. Il gagne de plus en plus de territoire à la Plaine du Cul-de-Sac et dans les quartiers avoisinants. Il se fait aussi des alliés.
Les 400 Mawozo opèrent alors dans les marchés, exigent d’entreprises privées et d’institutions étatiques dont même les postes de police de la zone, des versements réguliers de fortes sommes d’argent. Ils contrôlent leur territoire qui fonctionne en fait, au gré de leur volonté. Depuis, la vie dans la commune de la Croix-des-Bouquets est ponctuée d’attaques armées et de paralysie intermittente des activités socioéconomiques. De plus, un tribunal a été instauré par le gang des 400 Mawozo pour juger les citoyens-nes. Par exemple, les fauteurs de trouble peuvent être obligés de payer entre sept mille (7.000) et dix mille (10.000) gourdes pour discussions/bruits sur la voie publique.
En raison de cette situation et surtout, en raison de l’indifférence des autorités étatiques face à la détresse de la population, des familles entières avaient déjà décidé d’abandonner leur maison.
Cependant, c’est surtout avec l’accession de Wilson JOSEPH alias Lanmò 100 Jou à la tête des 400 Mawozo que le gang des a entrepris d’étendre son territoire. Cette démarche a alors ranimé la volonté des bandits armés qui avaient été chassés de Butte Boyer par les Chen Mechan, de reprendre leur ancienne base.
En janvier 2022, les raids se suivent et se multiplient. La terreur est maintenue dans la commune de la Croix-des-Bouquets. Les autorités étatiques à ce moment entament les discussions avec les 400 Mawozo parce qu’elles veulent organiser des festivités carnavalesques du 27 février au 1er mars 2022 dans le département du Centre. Elles entendent aussi dégager la route de Malpasse. Ces négociations aboutissent, en février 2022, au versement de plusieurs millions de gourdes. Une certaine accalmie a alors été enregistrée.
En avril 2022, les 400 Mawozo ont repris de l’activité et ont pu conquérir beaucoup plus de territoire. Grisés par leur succès et sachant pouvoir compter sur leurs fournisseurs en armes et munitions, ils ont décidé d’attaquer la base des Chen Mechan.
Extrait du rapport du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) : Affrontements violents entre gangs armés : Le RNDDH exige la protection de la population haïtienne



