par Kensley Brutus
Mardi 20 juillet 2021 ((rezonodwes.com))–
Nous sommes à deux semaines après qu’un chapitre considérable de l’histoire nationale vient d’être écrit. Mais cette fois, plus que jamais, le tableau est ténébreux. Il s’agit encore d’une mort tragique, celle d’un Chef d’Etat. Quoi de plus ignoble pour implorer le pardon du reste du monde ?
En fait, mis à part la vie d’un homme, cela concerne au premier chef l’enchainement de faits qui nous construisent comme nation. Celle qui a fait le premier pas quand il fallait définitivement sortir du joug de l’esclavage et qui a vu naitre l’héroïsme digne et profond de Toussaint Louverture et de Jean Jacques Dessalines.
A ce stade, la culture de l’intolérance porte déjà plus d’un ici à nous intimer l’ordre de ne pas angéliser ce monsieur-là qui venait de nulle part et que l’on a fait président de la République. A cela, il faut noter aussi que tout a commencé avec pour cadre une atmosphère tumultueuse et indécente qui nous a fait perdre deux ans pour des électorales qui n’intéressaient pas tout à fait les gens.
Il est si vrai que, le moins que l’on puisse dire, les votants allaient voter les mauvais des pires. Tandis que, malgré cela, la plupart des politiques préfèrent ignorer jusqu’à aujourd’hui que la masse critique qui n’a pas voté pour le candidat Moise au premier scrutin l’a fait en réponse à une mésentente qui régnait entr’eux en tant que titans.
Par ailleurs, depuis cet évènement, nous expérimentons la relative essence de la tournure qui suit :
« La mort d´un homme, c’est la mort de l’homme ». Il n’y a que la politique en Haïti qui puisse imposer de tels comportements pathétiques. C’est là où bataille politique est synonyme d’adversité au plus bas niveau. C’est en partie bizarre, pourtant c’est bien le découpage que cette génération remémorera longtemps encore de ce monde politique monstrueux et que celles du futur seront dans l’obligation de chambouler à tout prix.
Nous ne nous estimons pas en mesure de faire une leçon à qui que ce soit ici. Mais au final, nous assumons que le président qu’a été Jovenel Moise restera un mouton au cœur de lionceau, et que le lion ce sont ceux qui continueront d’agir dans le noir. En d’autres termes, nous croyons que le monstre est là où la majorité consciencieuse ne regarde pas.
Nous comprenons fermement par-là que, nous, victimes ou rescapés de ce système, depuis le jour où on ne peut rien planifier en Haïti, soit quelques mois après l’avènement de Jovenel Moise au pouvoir en février 2017, identifions mal ce démon qui nous dévore socioéconomiquement.
Pour ce qui concerne l’éternelle répétition au point de vue de notre persévérance dans le mal, la tragédie dessalinienne est longtemps plus regrettable que celle-là que les agents pérennes de nos malheurs viennent de nous infliger. Nous ne pouvons que l’assumer. Mais, d’une façon ou d’une autre, pour avoir pris une orientation politique où l’on se doit de promouvoir des valeurs universelles, c’était frustrant cette partie de bestialité affichée et à laquelle des pays qui se disent nos amis ont dû sympathiser.
C’était encore plus frustrant pour ne pas dire humiliant, de donner des explications à des étrangers qui peinaient à comprendre que ces genres de choses découlent de la réalité d’une vie sociopolitique actuelle. Un ami apte à se défendre dans de telles situations, dans son élaboration, a su évoquer le fait d’une complicité internationale. Ce, en vue d’éclaircir ce point d’ombre qui nous collera toujours à la peau.
En disant cela, il faut se souvenir de cette attitude mature de la population ô combien vigilante et intelligente dans ce jeu macabre. Un jeu dans lequel elle se voit de préférence spectateur actif. Elle vient même d’effectuer un silence surprenant pour mieux comprendre, agir et ne pas se laisser prendre dans des stratégies manipulatrices où chacun raconte l’histoire de son film pour un même et seul déroulement de faits produits sur une même et unique scène.
De l’espoir, il y en aura toujours. Parce que cette mort de trop devrait pouvoir nous permettre de renégocier le contrat social, de faire de la justice une culture et une boussole vers quoi tout le monde peut s’orienter.
Sinon, on se verra encore perdurer dans ce carcan de division idiote et aveugle qui nous emmène tout droit vers le cercle vicieux que nous venons de connaitre à l’issue des dernières périodes qui n’est autre que : élections, contestations, manipulations et maintenant tueries en cascade.
Sinon, la réalité demeurera pire qu’elle est aujourd’hui en nous voyant sous l’obédience de l’incompétence avec des autorités revanchardes prêtes à ne satisfaire que leur ego, même au prix du sang. Sinon, nous mourrons tous. En tout cas, entre se sentir consterné et réfléchir, pour l’instant, les deux se valent et se prévalent.
Kensley Brutus
Nürnberg, Allemagne, 20-07-2017

