27 octobre 2026
Bandit légal ou non? Pour une meilleure interprétation de l’institutionnalisation du crime dans le pays
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Bandit légal ou non? Pour une meilleure interprétation de l’institutionnalisation du crime dans le pays

BANDIT LÉGAL OU NON? POUR UNE MEILLEURE INTERPRÉTATION DE L’INSTITUTIONNALISATION DU CRIME DANS LE PAYS

(par Edgard Gousse)

Vous vouliez nous convaincre, Monsieur le Président, mais vous vous êtes heurté à l’obstacle de la dignité du peuple. Ô bon vieux peuple… analpha-non-bête!

Celles et ceux qui ont encore le regard étincelant de haine et les veines gonflées de leur colère saine et légitime, je m’adresse également à vous et je vous communique sans tarder ce que j’en sais: le souffle de la violence n’a jamais servi à rien, restons plutôt nous-mêmes!

Cela dit, nous étouffons souvent les questions qui nous bousculent, sans même chercher à savoir pourquoi. De toute façon, moi, je m’en pose une: comment en est-on arrivé là? À la vérité, je vous la pose bien indirectement, à vous aussi, cette question. Le fait est que… je cherchais personnellement à comprendre, hier encore, quels fantômes maléfiques nous auraient pris par la main et nous auraient placés sur la voie d’un tel égarement. Il me plairait en ce sens de savoir ce que vous en pensez. Pourquoi non? À vous de voir, en pareil cas!

Cela va de soi qu’au-dedans de nous avait pris place —je crois l’avoir bel et bien compris— un même combat, sinon perpétuel, du moins récurrent, contre la maladie de l’esprit. Et chacun finit par se croire plus intelligent que l’Autre, plus intelligent que tous les autres. De sorte que le plus taré d’entre nous, larve pitoyable, considère finalement comme probable pour lui d’occuper n’importe quelle fonction, incluant celle de diriger un pays. Puis voilà, depuis un certain temps déjà, la guigne qui s’acharne sur le nôtre! Pauvre Haïti!

De grâce, encore une fois, dites-le-moi, si vous le savez: à qui profite le crime? Vraiment pas à vous, Monsieur le Président? En êtes-vous absolument certain? Et si ce n’était pas le cas, à qui profiteraient, selon vous, les mesures despotiques et abusives prises par votre gouvernement, quand la nation en souffre ou quand c’est le peuple tout entier qui en constitue la cible, qui s’assoupit jour et nuit dans la douleur? Quelle différence, d’après vous, Monsieur le Président, entre un tremblement de terre et un grondement souterrain?

Ça alors! Vous ignorez peut-être que quiconque se sert de l’injustice pour tromper une énième fois celles et ceux qui ont placé leur confiance en lui se met souvent le doigt dans l’œil et ne le sait même pas… Eh bien oui. Il fut en effet un temps où les souverains prenaient un malin plaisir à soumettre certains de leurs sujets à la cruauté la plus aveugle. Leur cynisme était froid et odieux, en tous points pareil à celui manifesté durant votre gouvernance, Monsieur le Président. Or rien n’est plus odieux que le cynisme du bourreau qui se croit au-dessus du reste des hommes et qui commet en conséquence des agressions, sans toutefois les revendiquer. Rien. Vraiment rien!

Certes, le bruit courait déjà depuis un certain temps que la bête à tête multiple de l’Apocalypse qui jouait le rôle de dirigeant du pays allait un instant émerger des eaux. Et l’on se surveillait. Et l’on y prêtait attention! Puis voilà, celui qui l’avait incarnée arrachait finalement de ses propres mains le masque de boue gelée qui lui recouvrait le visage. Un simple mot suffit en effet pour qu’il reprenne unilatéralement, pour une durée non encore définie, les rênes du pouvoir de la malveillance qu’il avait antérieurement délégué à ses hommes de main, toute une horde de hors-la-loi, qui faisaient la pluie et le beau temps, violant et rançonnant un peu partout à travers le pays, alors que les autorités policières les laissent dormir d’un sommeil on ne peut plus serein. Qu’est-ce à dire, Monsieur le Président? Hier encore, Martissant, Fontamara et Laboule. Demain, peut-être, l’épine dorsale de Boyer-Ville, Montagne-Noire ou Côte des Arcadins! Un, deux, trois ou quatre mois plus tard, qui sait, Pèlerin 5 et tout le tralala des mystères et des douleurs que cela imposerait!

Oh là là! Mine de rien, notre «Bandit Légal» s’enfonce encore davantage dans la nuit noire, tête baissée, refusant à tout jamais la lumière qui lui est offerte, dans cette étroite impasse, de manière à se retrouver le plus vite possible sur le chemin de la droiture: la porte de sortie! Eh bien! oui, la réalité est ce qu’elle est. Après avoir démocratisé le kidnapping, le Nègre-Banane des Amériques avait cru bon d’ordonner en fin de compte à ses dangereux et inséparables complices d’observer une trêve, tout juste le temps de régulariser le DÉSORDRE RÉFÉRENDAIRE. Embryon mort-né, en dépit de tout. Démarche occulte et impopulaire, pour mieux cacher les mains souillées de sang, trempées dès l’origine dans l’eau bénite de la corruption incurable de l’espèce politique haïtienne. Qu’est-ce à dire? Eh bien! il promet en retour, à toute sa horde de kidnappeurs —ceux plus précisément placés sous sa gouverne— de leur dresser un temple dans la cité, le moment venu. Malheureusement, la cité n’a jamais été véritablement ni éternelle ni de Dieu. Elle a toujours été tout simplement terrestre et maléfique. Et elle prend désormais place dans les hauts lieux, dans les salons ennuyeux de la bourgeoisie financière, commerçante ou libérale, réactionnaire ou entreprenante, somme toute, là où les grandes fenêtres basses sont plutôt sculptées ou faites de vitraux coloriés, octogonaux et croisés. Curieux stratagème, en tout cas!

Quoi qu’il en soit, Monsieur le Président, vous avez l’air d’un homme —non de parole, certes!— plutôt de parabole. Ah oui, alors! Si personne n’avait su comprendre que vous parliez en paraboles et que les «24h/24» n’étaient que des mots de réconfort, de simples souhaits de circonstance, le tort ne vous revient certainement pas. Absolument pas! Honte alors aux autres de n’avoir pas compris! Si la terre n’est pas fertile et si la vigne donne du mauvais vin, c’est sans doute parce que l’héritage qui vous a été légué pesait véritablement lourd sur votre avidité dévorante et insatiable du gain. Ma foi, oui.

Ah! j’allais oublier… Le fait de tatouer de charbon le visage de la vraie Démocratie —ou même le fait de falsifier le mot— indique clairement que seul un AVIS DE RECHERCHE NON AUTORISÉ, nous le savons déjà tous, vous porterait effectivement à vouloir vider les lieux. Dans l’intervalle, toutefois, et nous tenons à vous en faire part, cette démocratie turbulente et aux dents serrées que vous nous avez offerte pendant si longtemps, si longtemps… nous n’en voulons vraiment plus. De même, la maladie du suicide altruiste qui semble vous ronger les entrailles, débarrassez-vous-en, Monsieur le Président! Ne vous laissez pas faire! C’est très loin d’être la réponse appropriée dans les circonstances. Faites-moi confiance, je vous en prie, même s’il vous sera difficile d’ôter cette poutre de votre œil pour la remplacer par la petite paille de toujours, celle qui encombrait d’habitude l’œil de plus d’un de vos prédécesseurs. Cette corde de la pendaison, remettez-la donc à Qui de droit. LA JUSTICE saura mieux que vous quoi en faire. Oh! oui, elle sera certainement mieux habilitée à statuer sur votre cas. Faites alors le pas qu’il faut… videz les lieux et vous verrez! Et vous saurez!

(Edgard Gousse, Montréal)

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Ancien professeur des universités, linguiste et didacticien, journaliste de formation, romancier, essayiste, critique littéraire, poète, conférencier, artiste peintre et traducteur littéraire, Edgard Gousse a beaucoup voyagé et a publié à Montréal, à Paris, à La Havane et à Santiago de Cuba. Ses quatre derniers ouvrages, FEMME DES PAPAS (roman, février 2019, 332 pages), LES PETITES DONNEUSES (roman, février 2020, 312 pages), LE SORCIER DE LA MAISON BLANCHE (roman, décembre 2020, 728 pages) et CAPRICES DE FILLE PAR TEMPS DE PANDÉMIE (51 poèmes d’amour pour des filles de 15 ans, février 2021, 104 pages) ont paru à Montréal, aux Éditions du CIDIHCA.

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