26 octobre 2026
Le sophisme de la peur de la diaspora !
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Le sophisme de la peur de la diaspora !

De manière naïve ou intéressée, les réflexions politiques absurdes qui préconisent que la diaspora est un adversaire, voire un ennemi, sont entachées de faussetés.  Aucun pays n’est sorti sali, ramolli ou démoli en accueillant à bras ouvert et à cœur joie l’expérience pertinente et son capital humain raffinés dans les meilleures compagnies et universités étrangères. A contrario, sens de discipline, combativité, valorisation du temps, recherche de l’efficience ; ce sont entre autres des facteurs clés requis dans l’arène de la production occidentale susceptibles d’actionner à plein rendement les moteurs de la compétitivité au niveau local. Les nations intelligentes, à l’image des tigres asiatiques, savent pleinement en profiter.

Les pays émergents font de l’attraction et l’implication de leur diaspora dans les affaires internes une priorité insérée dans le cadre de leurs politiques publiques afin de mieux laver les linges sales, désenclaver les issues et enjoliver les sphères de la société. Implémentation d’un ensemble de réflexions politiques portant sur des subventions et des incitations aux compatriotes instruits à l’étranger telles que « Open Door » et « 1000 Talents Program », de telles sociétés pilotées par des visions de long terme capitalisent sur la matière grise pour changer le pattern en attirant « The Best and The Brightest ».

Promesse d’une meilleure carrière professionnelle, accès au marché local, opportunités de lancer son « startup », ce sont des stimulants de taille parmi la panoplie d’avantages offerts à l’étudiant, au travailleur ou au professeur bien instruit aux USA par exemple pour l’inviter à retourner au bercail. Il en résulte dès lors de meilleures productivités qui vont activer et consolider les leviers de la croissance économique du pays d’origine.

Actuellement, le Botswana, le Rwanda et l’Afrique du Sud emboitent le pas à cette « Best Practice » initiée depuis des décennies par la Chine, le Singapour, la Corée du Sud et plus récemment le Brésil et bien d’autres nations qui se sont frayé un chemin pour défendre une place princière dans le concert des économies développées.

La Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) fait état d’une augmentation de 16.4 millions à 26.2 millions de migrants très qualifiés de 1990 à 2000 dans le monde. Sur la décennie d’après, un taux de croissance annuel moyen de 4% y a été observé.

En ligne avec l’idéologie du postulat « On The Job Training », (Haque, 2005) stipule que la fuite de cerveau réduirait les externalités positives sur la force de travail locale. Ce qui résulte en un ralentissement de la croissance économique (Miyagiwa, 1991; Haque and Kim, 1995; Wong and Yip, 1999). Voilà pourquoi une majorité de recherches perçoivent dans cette dynamique de la fuite de cerveaux une grave injustice faite aux pays en voie de développement.

In fine, la politique de la fuite inversée de la matière grise bénéficie en tout premier lieu à l’université qui serait dotée de meilleurs outils techniques pour accomplir sa mission de contribuer au développement de la société. Les travaux d’interaction et de coopération – entre des entrepreneurs d’une part qui visent des marchés et des scientifiques d’autres qui en pondent les recherches – seraient intensifiés. Il s’ensuivrait alors de nouvelles idées, des théories scientifiques et de nouveaux processus de production.

En raison des carences en ressources humaines, cet effort de concilier l’expérience empirique avec les références théoriques ne peut être soutenu dans les pays incapables de retenir leurs citoyens les mieux instruits. Malheureusement, Haïti représente un prototype de ce désastre de gestion calamiteuse du capital humain.

Fuite de cerveau, cas singulier d’Haïti

La fuite de cerveau a l’effet pervers de priver le pays d’origine de ses ressources les mieux qualifiées, alors que la croissance de long terme et le développement soutenable demeurent un vœu pieux en absence d’un stock de capital humain formé. Le cas d’Haïti est singulier ; la CNUCED (2012) estime à 83.4% le taux de la fuite de cerveaux d’Haïti, soit le plus sévère de tous les pays sous- développés de la planète. Six autres pays en voie de développement expérimentent des taux autour de 80%, selon la même source.

De ce triste tableau, en dehors des mesures drastiques pour créer les conditions appropriées pour capter les jeunes les mieux instruits et offrir des « incentives » à ceux formés à l’étranger pour se mettre au service du pays, il faut décidément réfléchir à la disparition pure et simple de cette nation qui a écrit des pages glorieuses du monde civilisé. Il y a urgence en la demeure. Comment redresser la barque en péril ? Pas besoin de réinventer la roue.

Les planificateurs sociaux avisés qui invitent leurs ressources humaines aiguisées à l’extérieur à s’immiscer dans les affaires sociales et politiques de leurs pays font, à titre de bonus, la promotion d’un cadre approprié pour consolider les infrastructures scientifiques. Il en résulte une facilité dans la construction de laboratoires, des instruments de mesure, d’une machinerie sophistiquée, création de bases de donnes, des interactions et discussions intenses entre des collègues de l’interne et de l’externe.

Par exemple, de nombreux pays tels que l’Ethiopie, le Népal et le Rwanda ont su utiliser les transferts de la diaspora à titre d’instrument financier en constituant des fonds mutuels où ils accordent des bonds à l’intention des cadres de la diaspora. Ces interactions réelles et virtuelles huilées au pays d’origine à travers des transferts de compétences de ressources humaines qualifiées alimentent un certain “brain banks” qui tend à répandre des connaissances et promouvoir l’innovation (Mahroum et al. 2006).

Vous pensez changement de décor, vous voulez créer de meilleures conditions de vie au profit de la collectivité ? Tant de pays ont déjà tracé le chemin en misant sur des politiques publiques avisées dont le capital humain est le catalyseur principal. Temps pour Haïti d’emboiter le pas.

Externalités positives

En raison des vertus des effets d’imitation du « Learning by Doing », les talents en veilleuse et ceux déjà confirmés au bercail auraient bénéficié des échanges mutuels pour peaufiner leurs savoirs. Le frottement intergénérationnel entre des jeunes avec des personnalités expérimentées de l’extérieur auraient ainsi facilité de meilleurs niveaux académiques et professionnels.

Par exemple, nos acteurs de cinéma auraient été plus captivants si en plus de recevoir des conseils et techniques des célèbres mentors Reginald Lubin, Smoye Noisy, Jean-Gardy Bien-Aimé, ils devaient également frotter constamment avec des internationaux de la trempe de Jimmy Jean Louis, Fabienne Colas, Raoul Peck, etc.

Nos footballeurs montreraient plus d’habilité s’ils bénéficiaient de l’expertise recherchée de Will-Donald Guerrier, Jean Jacques Pierre et Duckens Nazon selon des fréquences établies entre les entités concernées. De meilleures ouvertures auprès de Skal Labissière, Luguentz Dort et Olden Polynice apporteraient d’énormes valeurs ajoutées au basketball haïtien.

Haïti aurait pu éveiller et émerveiller la planète en déracinant des Racines, des Corneilles, des rédacteurs de recueils d’inspiration, à travers des accueils plus cordiaux et mémoriaux à accorder à notre immortel Dany Laferrière. Pareille avec la sublime Naomi Osaka qui aurait pu apporter sa lime d’excellence pour raffiner et perfectionner les raquettes du Tennis local ; ce qui aurait des effets d’entrainement sur tous les sports en général.

En plus d’une vision élargie de faciliter l’intégration intégrale des puissances lumineuses de la diaspora à la tête du pays – dans sa diplomatie, au Grand corps, à la chambre des députés, au sein de postes clés de la cité – un leadership éclairé s’avère nécessaire pour coiffer et faire perdurer cette démarche par le truchement d’une diplomatie empreinte de science et d’élégance. 

Cependant, cette noble mission ne saurait être l’apanage de leaders malveillants, mécréants et fainéants, vacillant dans un leadership néant empreint d’une laideur astronomique qui se solde dans une grossesse politique ectopique en perdition. Hypothèse bien confirmée avec les corps sans têtes, sans cerveaux et sans matière grise installés à l’hypophyse des institutions clés de la cité – au cours de cette dernière décennie entachée d’une médiocratie rancie – aucune nation ne peut sortir du marasme économique en absence d’un cadre politique avisé.

Les ressources humaines les mieux qualifiées, dans tous les secteurs vitaux, évoluent plutôt en dehors du pays. Au lieu d’en nourrir une force répulsive, Haïti devrait capitaliser là-dessus pour fidéliser ces professionnels en des incitations attractives afin qu’ils s’attèlent à investir et à s’investir au pays en jouant des rôles décisifs dans la vie sociale et politique.

Il s’agit d’une approche fratricide, infanticide et suicidaire quand des fils de la mère-patrie déclenchent une polémique stérile dans une peur bleue et une mentalité crabe face à nos cerveaux formés à l’extérieur.

Au lieu d’y voir une menace, les acteurs nationaux devaient de préférence en profiter en raison des expériences pertinentes de ces ressources humaines acquises en des arènes surchauffées de compétitions loyales.

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com

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