26 octobre 2026
La diaspora haïtienne : un sentiment d’attachement au bercail à mieux canaliser
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La diaspora haïtienne : un sentiment d’attachement au bercail à mieux canaliser

Quand un compatriote pourchassé par la pauvreté criante et l’insécurité asphyxiante se voit obligé de faire acquisition d’une double nationalité afin de s’intégrer avec plus de facilité à un pays d’accueil, l’esprit de critique ne fait qu’errer en y percevant un vice de double jeu de personnalité. Les pays qui approuvent la double nationalité dans les postes les plus prestigieux, seraient-ils gouvernés par des imbéciles ?

Samedi 22 mai 2021 ((rezonodwes.com))– Au contraire, cette alternative de mobilité sociale avec des nations d’outre-mer – captée courageusement depuis les générations de l’ère dictatoriale – est plutôt guidée par l’élan de rationalité de se frayer un chemin pour soi-même et pour sa progéniture. Les transferts massifs vers Haïti n’en sont-ils pas des preuves probantes qu’un pays tire toujours des avantages quand la panoplie de possibilités se trouve élargies à ses ressortissants ? Au demeurant, le cumul de ces ressources humaines en quête de mieux être à l’étranger, qui constitue la diaspora haïtienne, s’est révélé à bien des égards bénéfique à l’économie nationale.

Aux antipodes de l’esprit exigu qui continue de nourrir des discours d’exclusion et de répulsion de la diaspora dans les affaires politiques de notre Haïti, une gratitude sincère et permanente devait de préférence être témoignée envers ce poumon stoïque qui contribue annuellement depuis les trois dernières années à environ trois milliards de dollars, soit plus de 35% de notre PIB, sans compter les fonds engrangés par voie informelle.

Rappelons qu’à cette Haïti épuisée dans l’asthénie économique, les soins médicaux, la nourriture, les vêtements, le loyer et les frais de scolarité sont honorés en majeure partie grâce au retour économique généreux de la diaspora haïtienne, championne des transferts sans contrepartie de la région.

In fine, le sens de discernement ne devrait absolument sortir aucune carte de culpabilité, d’irresponsabilité ou d’illégalité au point de refuser à la compétence, l’expérience et l’excellence acquises ailleurs de s’immiscer avec conscience dans la dynamique sociale et politique du pays d’origine.

L’antijeu de la migration sélective 

La lutte acharnée pour maintenir une place princière dans l’arène économique se gagne d’abord dans la formation et l’acquisition des ressources humaines bien formées. Ainsi, face aux enjeux économiques et géopolitiques intensifiés par la mondialisation, tous les « anti-jeux » visant à capter les atouts des pays du sud au détriment de leur autonomie et leur développement soutenable, y seraient permis. Ce n’est pas la royauté ou la papauté qui objecteront à ce constat séculaire de la crise psychique de la suprématie occidentale caractérisée par la boulimie et la déloyauté de rendre exsangues d’autres pays baptisés hypocritement de frères et de partenaires alors qu’ils escamotent leurs ressources humaines jusqu’au dernier talent.

« Colère de crapaud » ; en effet, il n’y a aucune culpabilité dans l’acquisition de la double nationalité ; que cela soit clair. Il faudrait au contraire discerner qu’il n’y a pas toujours de la moralité dans la rationalité, particulièrement à travers les coopérations étrangères qui ne consentent guère des efforts consistants pour stopper ou repenser la pratique inique de ce qu’ils baptisent de « migration sélective ». Comme du sérum sanguin à passer d’une victime squelettique à un bourreau bouffi – dans un échange migratoire injuste – le pays récipiendaire s’enrichit. Parallèlement, le pays donneur s’affaiblit et meurt à petit feu dans une hémorragie excessive de ses richesses essentielles.

De ce scandale d’exploitation abusive des ressources humaines des pays appauvris, le Canada s’exprime quasiment de façon non voilée ; et les Etats-Unis, de manière un peu dissimulée. Aujourd’hui, les pays émergents de la région de l’Amérique latine, de plus en plus agressifs dans cette dynamique de chiper la matière grise des pays classés au bas de l’échelle, y sortent également leurs griffes intelligentes.

Au cours des cinq dernières années, des centaines de compatriotes ont déguerpi Haïti pour se jeter notamment au Brésil et au Chili, sans information et sans préparation adéquate.  Résultat : ils sont l’objet de plusieurs formes de discrimination dont la xénophobie, l’aporophobie et le racisme.

Les pays industriels et émergents qui accueillent les jeunes de l’étranger savent simuler des modèles pour regarder plus loin que le bout de leurs nez. Ils y font des prédictions, ils anticipent le rôle de la main d’œuvre qualifiée à intercepter et à préparer aujourd’hui afin de se conforter dans les prochaines années aux arènes économiques et sociales.

Aucune nation ne pourra survivre sans s’adapter aux nouvelles technologies qui requièrent dès lors des recherches poussées et de l’innovation que seul un capital humain compétitif saurait engager. Malheureusement, les statistiques de la fuite massive de la matière grise vers d’autres cieux montrent qu’Haïti occupe la tête de liste. Selon la Banque mondiale, en moyenne sur 10 Haïtiens les mieux instruits, seulement deux résident au terroir. Ce n’est donc pas un hasard que les postes clés de la Cité soient occupés par des déshonorables honorables, sans foi ni loi, sans lecture ni écriture.

Parlant de carence de ressources humaines au pays, combien de professeurs d’université détiennent effectivement le niveau de maîtrise et de doctorat ? En tout cas, dans ce paysage perplexe truffé d’imposture et d’usurpation au sommet, pas facile de disposer de cette statistique souffrant d’un « complexe de marronnage ».

Rétention et fuite inversée des cerveaux

De nombreux pays anciennement en voie de développement sont conscients des enjeux de la guerre froide dont le capital humain constitue le butin principal. Ils ont ainsi offert des incitations économiques et sociales à leurs meilleurs cerveaux pour se former notamment aux États-Unis, puis retourner au bercail pour s’impliquer dans la recherche et le développement. La Chine a par exemple expérimenté au début des années 80 une fuite inversée des cerveaux, à travers des politiques d’ « open-door » (Cao, 2008) qui tendaient à attirer ses diplômés des meilleures universités des Etats-Unis. De tels programmes de fuite inversée des cerveaux se sont amplifiés au cours des années 1990 pour stimuler l’expansion de l’économie chinoise (Zweig, 2006 ; Li, 2004).

Par la même stratégie, le Taiwan s’était classé en troisième position parmi les plus grands producteurs de produits technologiques. Au milieu des années 80, plus de 90 % des Taiwanais, formés notamment aux Etats-Unis, retournaient à leur pays d’origine (Manning, 1999). La Corée du Sud, la Finlande et le Singapour ont également sorti des pions similaires dans ce jeu d’échec cérébral de l’intelligence artificielle où le capital humain représente l’as d’atout ; la technologie en est le terrain organisateur et le « cloud », le trophée à décrocher.

C’est par la valorisation du capital humain que les Asiatiques ont commencé à talonner les pays industriels en disposant d’hommes et de femmes compétents à même de proposer des offres techniques alléchantes aux multinationales dans le « programming », le traitement et l’analyse des données telles à des ventes aux enchères inversées.

En plus de rafler d’énormes contrats, notamment dans l’outsourcing, certaines économies émergentes arrivent aujourd’hui à gravir d’autres échelles de la pyramide en créant eux-mêmes des produits innovants. Les tigres asiatiques passent pour des champions dans le domaine de l’invention des produits technologiques. Depuis deux décennies, le continent africain ne veut plus occuper exclusivement la queue du peloton ; l’Afrique du Sud s’était déjà montrée compétitive dans l’implémentation de certains projets innovants au profit de grandes firmes de la technopole. Récemment, le Rwanda a encore étonné le monde de la technologie en inaugurant son propre « smartphone » entièrement constitué d’input local.

Parallèlement, les dirigeants haïtiens – myopes, amorphes, sans vision – ne voient que le bout de leurs nez « froid comme un marbre dans la neige ». Depuis environ cinq ans, il a été relaté dans les publications de la Banque mondiale que plus de 8 Haïtiens formés résident à l’étranger.

Au regrettable constat des récentes vagues de la migration aveugle vers l’Amérique latine qui recensent des déperditions universitaires à mi-chemin – ainsi que des professeurs, professionnels et enseignants qui renoncent contre leur gré à leurs sacerdoces de former les générations présentes et futures- les inquiétudes s’amplifient. Cela s’empire sous cet étonnant empire de la concussion, la gangstérisation officialisée et le kidnapping omnivore qui détruisent les aspirations et les inspirations des jeunes. L’avenir paraît très sombre ; Haïti n’y voit que dalle.

Absence de leadership – aucune lutte, aucun plan stratégique concret, aucune synergie entre les institutions publiques et les autres entités de la société – les bouches du labyrinthe restent largement ouvertes pour accueillir dans une faillite imminente cet Etat blasé et badigeonné d’imposture.

Malheureusement, l’université – qui devait par sa mission de vigie contribuer à rétablir les équilibres au profit de la collectivité – est frappée de cécité et de surdité, et donc absente dans les débats de société et de politiques publiques. Décidément, l’ancien chef risible de la Primature semble avoir raison quand il vitupère « Haïti n’existe ni dans le réel ni sur du papier ».

Rationnel, pas forcément moral

L’égocentrisme n’aurait pas de limite. En effet, si la spiritualité, le sens de l’hospitalité et de la fraternité – garant d’une éternité bienheureuse – étaient plutôt les boussoles des lignées de la modernité, le capitalisme ne perdrait pas la tête en inventant des guerres inutiles et des polémiques stériles.

Par exemple, plus de trois trillions de dollars engagés à incendier, bombarder et exterminer des vies, les célèbres économistes Joseph E. Stiglitz et Linda J. Bilmes (2008) n’auraient pas vu dans la guerre des Etats-Unis face à l’Iraq, l’un des plus graves gaspillages de l’histoire des Etats-Unis. N’était le cynisme du capitalisme fou, Martin L. King ne rendrait pas l’âme dans cette précocité tutoyant la quarantaine, à cause de son combat loyal acharné contre le racisme, le militarisme et le matérialisme à outrance.

Au bout du compte, la morale ne saurait être l’antidote salvateur aux déséquilibres planétaires. L’assertion selon laquelle les autres nations n’ont pas d’amis, mais que des intérêts, n’est pas toujours vraie. Le Cuba et le Venezuela en sont des contre-exemples notoires dans le cadre de la sincère amitié, voire du respect et de la gratitude dont ils font montre envers Haïti.

Cependant, cette prémisse d’une diplomatie égoïste capable de faire usage de coups bas pour défendre des intérêts mesquins, pourrait servir de référence pour charpenter les stratégies internes autrement. Ce qui requiert sans conteste des interlocuteurs valables, épris de dialectique, capables d’argumentaires et de persuasion, qui comprennent les jeux ainsi que les enjeux des négociations diplomatiques et géopolitiques qui ne seraient aucunement des acquis aléatoires.

Vous voulez valoriser vos ressources humaines et naturelles ; vous voulez discuter de la restitution de la dette de l’indépendance ; vous rêvez un climat de paix, de justice et de loyauté avec un esprit de service public ; alors cessez de plaisanter avec les grandes décisions politiques. Ce ne sont pas des sénateurs débiles et incapables, des députés salis de tous les délits, des directeurs, ministres et présidents indécents, incompétents et indexés de tous les crimes qui contribueront à atteindre de tels objectifs nobles.

Certainement, il existe au pays une catégorie qualitative saine sur laquelle Haïti peut encore compter ; mais trop faible du point de vue quantitatif. En conséquence, dans un souci de rééquilibre démographique de qualité, il faudrait décidément à notre nation dépourvue et appauvrie un nouveau corpus politique incitatif qui incorpore la planification d’une fuite inversée des cerveaux.

Ainsi, dans une symbiose entre fils/filles internes et externes, les veines de l’administration publique et du rouage politique seraient huilées du sang des brillants descendants de Toussaint formatés au sein des systèmes disciplinaires et concurrentiels de la planète.

Des Haïtiens pure laine à des postes politiques aux Etats-Unis, au Canada, en Europe. Pensez-vous que les planificateurs des pays occidentaux seraient des cons ? Point n’est besoin de vous rappeler qu’ils en sortent bénéficiaires. Alors, pourquoi ne pas planifier à faire comme eux en foutant la paix au bon sens dans ce faux orgueil dessalinien passéiste qui repousserait dans la stupidité les descendants de nos ancêtres qui évoluent en terre étrangère.

Pour le besoin de la cause de la modernité et du développement soutenable, accordez l’opportunité à l’université haïtienne, à la sphère économique et politique d’être foulées des pieds et aromatisées du parfum des compatriotes habitués à embaumer les grands salons de l’étranger. 

A l’instar de la Chine, du Rwanda, du Singapour et de tous les pays émergents ; accueillons sur tapis rouge la diaspora haïtienne dans toutes les sphères de la vie nationale. Haïti en sortira grandie !

Carly Dollin
Instructor-PhD Student in Economics
Master Student in Statistics 
Washington State University
(WSU)wsu.edu

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