De la même façon que l’on ne saurait prouver la fidélité, l’innocence ne se vérifie pas non plus; sauf en des scénarios très restreints.
Mardi 9 juin 2020 ((rezonodwes.com))– L’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen1 stipule « Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été établie ». En vertu de ce principe de présomption d’innocence, le doute profite toujours à l’accusé.
Sans conteste, dans le cas des accusations graves portées sur Dadou Jean Bart, il revient exclusivement à la justice de faire jaillir la lumière sur ce dossier brûlant qui oblige la FIFA à expulser le septuagénaire en quarantaine footballistique. Par sauvegarde de notre fierté de nation modèle en matière de justice et de liberté, nous faisions le vœu que la justice haïtienne se saisisse du dossier pour l’élucider et prendre les mesures que de droit.
Regrettable que cette faculté de luminescence s’embrouille avec des hommes de loi minables et hors-la-loi et qu’il faut alors l’immixtion d’une entité internationale pour statuer la dessus. L’image et le prestige de la noble institution mondiale de 115 ans coiffant le sport roi seraient en jeu. La FIFA défend sa fierté jalousement ! Parallèlement, l’honneur de la justice haïtienne, s’il en était, est cloué au pilori. L’Etat haïtien et la presse pervertie n’y voient que dalle. Au testament de la vérité, ils préfèrent le chapitre Jean au chapitre Romain dans l’objectif partial de barrer la lumière sur les potentiels dévergondages hégémoniques. Ce n’est surtout pas Saint-Yves qui va blanchir le patron de la FHF s’il se trouve trempé dans le corps du délit.
N’était la bravoure et la perspicacité d’un fouineur international couplées de l’intrusion d’une instance internationale, ce dossier de prédation sexuelle et autres infractions graves allait être verrouillé à triple tour dans les tiroirs de l’oubliette de l’histoire. Serait-ce jurisprudence pour la problématique du Petrocaribe et tous les crimes financiers et humains perpétrés au pays, au cours du passage catastrophique du régime politique Tèt Kale ? Ce qui est certain, par «le ou la façon», le peuple haïtien devra crier victoire. « Pèp la pa te manje pwa, se pa li ki pou bay la pire ». Bref !
La démarche logique
Des millions d’exemples ne suffisent point pour établir la véracité d’une assertion. La preuve d’une proposition requiert une rigueur scientifique qui puisse interpeler des méthodes inductives, de disjonctions des cas, des raisonnements par l’absurde, par contraposée, etc.
Par contre, il suffit d’un seul exemple qui contredit une affirmation, que l’on appelle alors contre-exemple, pour infirmer la véracité de ladite affirmation. Ainsi, on ne convainc pas totalement, on ne clôt pas un débat à travers moult exemples soutenant une thèse. Cela aide indubitablement, mais ne garantit pas raison et bien-fondé d’un point de vue. Pourtant, est suffisant pour clore un débat, un seul contre-exemple.
L’assertion « tous les célèbres acteurs de la Hollywood sont des millionnaires » est quasiment impossible à prouver. Car, la preuve requiert que l’on dispose absolument du fichier bancaire de chaque acteur et que l’on audite son patrimoine dans l’intégralité. En revanche, pour démontrer la fausseté de la proposition, un seul acteur célèbre détenteur de moins d’un million de dollars, c’est-à-dire, qui aurait montré le contraire (donc un contre-exemple) suffirait. Ce canevas logique universel obéit aux références du syllogisme et de la dialectique qui sont des pratiques d’argumentations solides au service de la justice et de la vérité.
C’est en vertu de ces principes de discernement que l’on ne saurait être à 100% certain des conclusions résultant des investigations et des recherches en Sciences sociales. Contrairement aux tenants des sciences pures qui capitalisent sur un déterminisme «inébranlable» – usant des démarches et théorèmes éprouvés dans le temps et dans l’espace qui leur garantissent un résultat exact, prévisible dans la certitude absolue – les chercheurs en sciences humaines sont toujours contraints de diffuser les résultats de leurs études en tolérant une certaine marge d’erreurs. En d’autres termes, les adeptes des sciences molles laissent toujours des fenêtres ouvertes aux critiques et aux réflexions contradictoires susceptibles de soulever des doutes sur les résultats empiriques obtenus.
Fort de cette balise, même les paradigmes évoqués par les pionniers versés dans les domaines de la sociologie, l’économie et toutes les disciplines connexes, ne sont jamais approuvés comme des vérités «incontestables». Les paradigmes soutenus sont plutôt des visions et des cadres de réflexions fondés sur des prémisses, des hypothèses et des théories qui peuvent aboutir à des résultats erratiques selon les contextes et les milieux d’expérimentation.
Voilà pourquoi, dans un test statistique par exemple, on ne devrait jamais prôner l’acceptation d’une hypothèse nulle. La déduction serait plutôt qu’il n’y aurait pas assez d’évidence pour rejeter ladite hypothèse.
Compte surtout la cohérence interne
Si le Malthusianisme2 représentait, à la fin du 18e siècle, un cadre d’analyse pour mieux aborder les défis et les enjeux de l’expansion exponentielle de la population mondiale; à la suite de la révolution industrielle, ce courant de pensées a été, à juste titre, farouchement contesté. La courbe de Phillips (1958) en a connu un pareil sort, notamment par les effets d’autres facteurs pertinents qui influencent les interactions entre les salaires et le taux de chômage. Par exemple, L’Horty et Thibault3 [1997] ont rejeté la spécification de la Courbe de Phillips et proposent de nouvelles approches, plus favorables aux nouvelles théories de la négociation salariale. Pour leur part, Shapiro et Stiglitz (1984) s’appuient sur Phillips et ont suggéré d’autres méthodes de « Wage Bargaining » qui modélisent le taux de chômage plutôt à travers le salaire d’efficience. Dans la perspective de mieux cerner les mécanismes concurrentiels sur les marchés du travail et des biens, Cahuc et Zylberberg (1996) ont greffé des réflexions sur la courbe de Phillips pour accoucher de nouveaux modèles baptisés de Courbes de Phillips Augmentées.
Vers les années 1750, s’émergea en Europe le néo-classicisme qui trouva son point d’ancrage dans les œuvres magistrales d’Adam Smith. Les adeptes de ce mouvement s’attelaient à peaufiner les idées déjà émises sur le classicisme dont la paternité est attribuée à Adam Smith. Quelques décennies plus tard, les socialistes et les marxistes avaient réfuté avec farouche la thèse de la main invisible de l’auteur de la « Richesse des nations », un ouvrage majestueux qui fait l’éloge du libéralisme économique.
Ainsi, quand nous évoluons dans les sphères sociales, les avis se concilient, s’opposent, convergent et divergent. Et fort souvent, personne n’a totalement raison ni totalement tort. L’essentiel consiste à bâtir ses positions sur des fondements logiques. Par exemple, les sciences exactes prédisent, selon le principe de la gravitation évoqué par le philosophe grec Aristote, qu’une bille en chute libre va tomber sur le sol. Parallèlement, il est impossible de prévoir dans l’absolu le comportement du marché, suite à une hausse du taux de change.
En effet, dans le domaine des sciences sociales, personne ne saurait prétendre détenir la vérité. Voilà pourquoi les écoles de pensées divergent sur bien de thématiques. Ce que la science exige, dans de telles conditions, ce n’est pas la vérité ; mais le respect de la cohérence interne en vue d’obéir aux principes de la logique.
Les mêmes causes produisent les mêmes effets – une demi-vérité !
L’assertion «dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets» ne tient avec fermeté que dans le champ de la Chimie et la Physique. Car, il existe des appareils hypersensibles capables de mesurer avec une précision chirurgicale les conditions de température, force, pression, etc. Par ailleurs, en sciences sociales, il existe de multiples facteurs susceptibles d’échapper au contrôle des analystes. Dans les modèles de simulation et de prévision, on les appelle des bruits, des résidus, des termes de perturbation ou des termes d’erreurs. C’est ce qui explique par exemple qu’un modèle de développement qui réussit dans un pays A, peut se révéler un fiasco à un pays B.
En effet, les mœurs, les coutumes, la culture, l’environnement physique, les pratiques religieuses, les interactions sociales et des centaines de facteurs endogènes, peuvent fausser les prémisses, et par conséquent les résultats escomptés. Telle serait en partie, les raisons justifiant que les approches de développement soutenable requièrent des méthodes participatives, des interviews, des enquêtes et des focus-group afin de mieux cerner les besoins d’une population sous-étude.
Le président de la FHF sur la sellette, quel suivi ?
L’éternel président de la Fédération Haïtienne de Football (FHF), Yves Jean-Bart (Dadou), a été indexé par le journal « The Guardian » de viol, de détournement de mineures, de trafic illicite et de corruption. A la suite de ces graves accusations, journalistes, avocats, anciennes gloires, collègues, joueurs et joueuses de football, à travers des défilés, des notes, des posts et des faux mouvements, sont montés au créneau dans l’optique de tenter de défendre le numéro un de la FHF.
Pure sophisme; car l’accusation n’est pas que le président serait en relation de prostitution avec toutes les joueuses. Il suffit de prouver un seul cas pour que l’accusation ait toute sa force de vérité.
Solidarité, sentimentalité, sympathie,.., mais, la justice ne saurait fonctionner ainsi. Les sorties crabes des enfants, des fanatiques et collaborateurs du patron du foot sont sans effets quant aux suivis de droit à assurer sur le dossier.
Cela dit, la femme de Dadou, ses enfants, les sélectionnées, les actuelles et anciennes gloires de la sélection nationale peuvent seulement exprimer des impressions, des émotions et des intuitions révélant que le représentant officiel du ballon rond ne saurait commettre de tels forfaits. Néanmoins, ils ne peuvent être en mesure de démentir avec précision, les allégations soulevées contre Dadou Jean Bart.
Ces fuites corruptibles en avant visant à étouffer la vérité par le difficile boulot de noyer le poisson n’est plus de mise. La justice ne vit pas de scandales, dit-on, mais de preuves.
Tel un astéroïde heurtant le vaisseau terrestre, la nouvelle est arrivée comme une bombe dans la communauté footballistique. Des jeunes filles en sont traumatisées, des familles heurtées et toute la société perturbée.
Pendant que la FIFA continue de mener ses investigations pour établir vérité et justice sur la question, il y a bien des âmes sensibles à mettre sous des contrôles psychologiques. Les institutions de protection des mineures, les ministères du sport, des affaires sociales et de l’éducation nationale devraient être à la garde pour assurer des suivis auprès de nos progénitures au camp de la Croix-des-Bouquets.
A se rappeler que la règle de décision éprouvée au moule scientifique serait qu’il n’y a pas assez d’évidence pour conclure de la culpabilité d’un accusé. Mais, personne ne saurait, sauf dans un cas spatio-temporel très restreint, décider sans risque de se tromper de l’innocence d’un prévenu.
Puisse l’impartialité, la lumière et le sens de justice éclairer les démarches des officiers de la FIFA mobilisés sur le scandale relatif à la Fédération Haïtienne de Football. Entre-temps, Dadou n’en serait pas en cavalier solitaire ; de nombreux acteurs et collaborateurs complices devraient nager dans l’insomnie, attendant le verdict de la FIFA « Fingers Crossed ».
Carly Dollin
carlydollin@gmail.com
1 https://www.legifrance.gouv.fr/Droit-francais/Constitution/Declaration-des-Droits-de-l-Homme-et-du-Citoyen-de-1789
2 Doctrine politique inspirée des travaux de l’économiste britannique Thomas Malthus (1766–1834) qui prône la restriction démographique, en raison de la croissance arithmétique des subsistances comparée à la croissance géométrique de la population.
3https://www.jstor.org/stable/pdf/3502822.pdf?casa_token=zaqZfhfURx0AAAAA:wbIlN5O5jCKravkOKX2hNBrjBzBj5A-eXMHfIhMdJx5qCtbYyQRw_OuwzqLGockj77Mg8-Npov0ogILiSsYr0W2SNkniKG3x5jPAwOpxAfm8hfwW9LRb

