15 octobre 2026
La réforme de l’Etat à JOUTHE titre !
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La réforme de l’Etat à JOUTHE titre !

par Yves Lafortune

Mardi 2 juin 2020 ((rezonodwes.com))– Il y a un petit temps plutôt considérable depuis que j’ai dû me convaincre de laisser de côté les questions liées à la réforme de l’Etat d’une manière générale et de l’Administration Publique haïtienne en particulier. La raison est multiple mais simple aussi !

D’emblée, il arrive que les leaders d’opinions ne sont pas intéressés aux problématiques d’importance capables de faire la lumière sur les questions de réforme de l’Etat parce que d’une part, ils sont submergés par le quotidien autrement dit, le factuel ; et d’autres part, les Politiques leur arrivent en toute vitesse et de tous les lieux. Il arrive aussi que comme je me rends compte, nous n’avions pas su saisir le sens ainsi que les signes les plus évidents de cette grande détresse alors que le pays va trop vite dans une dynamique qui semble nous dépasser. On peut même avoir l’impression d’aller à contre-courant quand on considère le non-sens des discours actuels et surtout la débilité des acteurs dans leurs menées politiciennes.

Toujours préoccupé bien sûr mais par rapport au tableau qui se dessine, nous nous sommes dits (mes amis de l’Institut des Politiques Publiques (IPP) et moi) de réfléchir sur un large cadre de pensée sur le pays dans le sens d’une quête portant sur la totalité de l’être haïtien. C’est pourquoi, l’attention a été portée pendant ces derniers temps sur les fractures symboliques, ce que peut être la vie en Haïti et les mésusages, des émotions-passions et l’instrumentalisation de la « misère » du « bas peuple » à l’ère de la Covid-19.

Il a fallu le branle-bas causé par le Premier Ministre Joseph JOUTHE à travers les réseaux sociaux pour que je sois interpellé à revenir sur mes anciennes paroles et à risquer ce papier dans la perspective d’une vérité universitaire qui permettrait d’abord, de faire l’état des lieux de l’Administration Publique haïtienne ensuite, présenter les enjeux et enfin pourquoi pas dire le difficile redressement car depuis le temps où n’importe qui a pris l’habitude de devenir n’importe quoi et n’importe comment, notre pays s’est précipité dans une chute sans pareille et malheureusement, elle n’a pas de limite nous a dit la poétesse !

L’Etat des lieux de l’Administration Publique haïtienne.

L’Administration Publique haïtienne est aujourd’hui confrontée à une toute série de problèmes dont les uns s’avèrent plus problématiques que les autres. L’instabilité politique qui règne depuis plus de deux décennies la rend perméable aux mauvaises pratiques de nos dirigeants qui pour la plupart, ne sont pas imbus des notions de modernité en matière de gestion publique, ou n’ont aucun sens éthique par rapport aux valeurs qui devraient caractériser l’Administration Publique. « Quand les conseillers du Président de la République lui ont fait dire dans un discours qu’il lui faut vingt-cinq (25 %) de compétence et soixante-quinze (75%) de militance dans la Fonction Publique, il y avait lieu de se préparer à cette catastrophe à laquelle nous sommes en train de vivre ».

En effet, depuis la première tentative de mettre à l’ordre du jour la notion la réforme dans l’Administration Publique, elle a été diagnostiquée malade de changement en 1997 par la Commission Nationale de Réforme Administrative (CNRA)1. Il demeure aussi qu’aucune des solutions proposées n’ait jamais été appliquée de sorte que l’administration publique haïtienne charrie encore aujourd’hui des tares et des travers.

On compte vingt-trois (23) ans déjà depuis que le constat a été posé quant à la nécessité de la réformer. Il y a eu même des institutions comme instruments de régulation (telles que l’Office du Management et des Ressources Humaines (OMRH) qui ont été mises en place ! De ce lieu-là, on est passé du PCR1 au PCR2 jusqu’à la plus grande catastrophe en matière de parodie de réforme baptisée « Programme de modernisation de l’Etat 20-23 ».

Malgré tout, dans la réalité le statu quo demeure, le système n’a pratiquement pas bougé d’un pouce … On a pour s’en convaincre le mode de recrutement des cadres au sein de l’Administration publique tandis que le décret portant création du statut général de la fonction publique2 stipule que les candidats doivent concourir. N’est-ce pas qu’en dix ans soit de 2010 à 2020, environ 30.000 agents ont intégré la Fonction Publique sans concours et à la mode de nos politiques (Présidents, Ministres, Sénateurs, Députes, Directeurs Généraux etc.) ?

Les principaux enjeux.

L’Etat est le plus grand pourvoyeur de job et les politiques qui arrivent au timon des affaires ne savent et ne veulent pas entendre la vérité universitaire parce qu’il leur faut atterrir à leur manière… Bien sûr, sans avoir décollé. L’Administration Publique haïtienne est aujourd’hui décriée car il n’existe plus aucune exigence académique pour l’intégrer. Les fonctionnaires les plus capables et les mieux formés ont déjà laissé le pays ou migré dans des ONG et le reste croupit dans le plus grand silencement en attendant son tour qui, comme Godot, n’arrivera jamais sans doute. Autrement dit, la pensée est absente et les réflexions font défaut.

La dernière fois qu’il y a eu une augmentation de salaire, ce fut au cours de l’année fiscale 2013-2014 et le salaire du fonctionnaire demeure un pot de chagrin pour les quatre-vingt-seize mille (96.000) âmes de la Fonction publique, en dépit de l’inflation la plus marquante que nous ayons enregistrée dans notre vie de peuple. Si seulement, les Chef pouvaient comprendre ces enjeux pour pouvoir penser au difficile redressement !

Le difficile redressement

Au regard d’une pareille situation, il va sans dire qu’on ne peut en aucun cas avoir des résultats probants ou encore qu’ils ne peuvent être que médiocres. Le monde va très vite et les transformations se font dans tous les domaines, les pays de l’OCDE et ceux de l’Amérique du Nord ont longtemps modernisé leurs administrations au bénéfice de leurs citoyens. De la lourde bureaucratie du 19ème siècle, ils sont aujourd’hui à l’ère de la réingénierie du processus d’affaires. En tenant compte de leurs modèles, notre plaidoirie se circonscrit dans une dynamique de sortir l’Administration Publique haïtienne du carcan rétrograde pour la mettre au pas avec le post modernisme qui se veut éthique, avec un management axé sur des résultats.

Depuis que je me suis mis à réfléchir sur les propos du Premier Ministre Joute JOSEPH autour de la problématique de la réforme de l’Etat qu’il a dit avoir déjà terminé, mon inquiétude s’est aiguisée au point de craindre à tout moment un ulcère. En tout cas, pour mes amis (es), mes étudiants et surtout ceux et celles du (MEF)3 qui ont souffert de ces paroles en plus, je leur suggère de regarder à nouveau le film « Un prince à New York » du réalisateur John Landis où l’acteur principal Eddy Murphy a repris à sa façon cette idée de Nietzche « Avant de pouvoir marcher, il faut savoir se tenir sur ses pieds ».

En finissant ce texte, j’ai sous les yeux dans ma bibliothèque les notes de droit rural du feu professeur Martial Célestin et sur mon bureau « Les idées pour l’action » de Marc Louis Bazin que le Docteur Dorismond m’a passé la semaine dernière pour discussion cette semaine à l’Institut de Politiques Publiques (IPP). Le Professeur Célestin avait une idée très claire sur la question agraire et du monde rural et Marc Bazin dans son livre émet des idées tellement empreintes de modernité que je me suis dit avec certitude que je sais pourquoi ils étaient tous les deux devenus Premier Ministre.

Yves Lafortune, MAP

Av, Designer Organisationnel

PDG Consultations et Résultats

Secrétaire Exécutif de l’Institut de Politiques Publiques (IPP)

1 Commission Nationale de Réforme Administrative (CNRA)

2 Décret de 2005, portant révision du statut général de la Fonction Publique

3 Ministère de l’Economie et des Finances

1 Comment

  • Johny Louis 3 juin 2020

    Comment peut on penser avec un Haiti qui n’existe pas sur une feuille de papier. C’est une verite qu’on ne peut pas dire au public. Merci a tous. Que le grand architect nous protege.

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