15 octobre 2026
Covid-19 : Dix mesures pour rendre effective la passation automatique au 1er cycle de l’Ecole Fondamentale
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Covid-19 : Dix mesures pour rendre effective la passation automatique au 1er cycle de l’Ecole Fondamentale

« En ce temps de coronavirus, dix (10) mesures à envisager pour rendre effective la passation automatique au premier cycle de l’Ecole Fondamentale dans le Système Educatif Haïtien ».

Lundi 25 mai 2020 ((rezonodwes.com))– Avant de partager avec vous les dix (10) mesures compensatoires sous forme de propositions par rapport à la passation ou promotion automatique, il faut dire que le contexte de la planification de l’éducation l’oblige pour se rappeler qu’à part les gestes barrières du MSPP dont le lavement des mains, le port des masques, le confinement à la maison, nous devons conjuguer aussi ces quatre (4) verbes au présent de l’indicatif en termes de méthode de prévention au nouveau coronavirus, tels que prier, dormir, faire du sport et manger. Ajouter à cela, la consommation de l’eau en abondance et non à l’addiction au sexe, à l’alcool et aux cigarettes pendant le passage de la colère qu’est le virus virulent appelé aussi covid-19.

Tout ceci, c’est juste pour renforcer notre système immunitaire ou biologique dans la conception du Dr Claude Bernard en formulant des réserves sur le vaccin de l’Institut Pasteur, cité par le Dr Dieudonné Jean Baptiste au cours d’une émission sur Métropole en avril 2020 et rapportée par la Radio sœur Vision 2000.

Le spectre de la propagation du virus de Wuhan pèse sur nous comme une épée de Damoclès. En dépit du sentiment de la peur éprouvé par l’administration en général, les cadres des institutions œuvrent à leur sens pour faire des livrables que ce soit par mode télétravail que ce soit par mode présentiel en raison de la vocation des services publics.

Parfois, on a l’impression que les gens fonctionnent en mode Titanic où le musicien continuait à exécuter les notes et le boulanger, à se servir du pain. C’est l’image dans le pays par rapport au danger imminent que représente le virus eu égard au ravage qu’il a opéré parmi les noirs à New York selon la presse internationale voire les réseaux sociaux. D’après certains épidémiologistes, il semble que ces défunts avaient l’âge avancé et des antécédents pathologiques ou comorbidités comme le cancer, le sida, le diabète, l’hypertension artérielle et autres.

Franchement, à entendre les nouvelles en provenance des pays meurtris comme l’Italie, l’Espagne, la France et l’Allemagne ainsi que le Royaume-Uni, tout le monde se rend à l’évidence qu’on assiste à un tournage de film où le réalisateur met en vedette un fameux virus qui crée la pagaille chez les humains. Aussi pensais- je au Roman- fiction de l’écrivain sud-africain Deon Meyer titré (koors) en Afrikaans, en anglais (Fever) et en français (l’Année du lion) où un virus de souche H1N1, issu de chauve-souris semant le deuil et la désolation dans les populations mondiales.

Publié en 2016 en Afrique du Sud, le roman post-apocalyptique imaginait un combat pour la survie d’un père et de son fils dans un monde vidé de la quasi-totalité de sa population par une épidémie appelée « virus corona ». Ce roman est dépeint déjà comme une préfiguration de la pandémie de covid-19 ou SARS-COV-2, née d’un pangolin dans un vieux marché chinois au solstice de décembre en plein hiver rigoureux.

Et je crois que la Bible a mis l’accent implicitement sur le confinement dans Esaïe 26 : 20 lorsque le texte nous dit : Va, mon peuple, entre dans ta chambre, et ferme la porte derrière-toi, cache toi pour quelques instants jusqu’à ce que la colère soit passée. Il y a une autre phrase que j’aime tant qui dit : Et que servirait-il a un homme de gagner tout le monde et de posséder toutes les richesses de la terre, s’il perdait son âme, Matt. 16 :26. Et l’âme ici s’apparente à la paix d’esprit et à la conscience. Un évêque de renom définira plus tard la conscience comme la présence de Dieu dans le cœur de l’homme. Hormis toutes considérations d’ordre psychanalytique dans l’optique freudienne avec ses rêves et ses pulsions.

Pour ne pas être trop distrait, revenons au sujet relatif à la promotion automatique. J’apprécie et soutiens la décision du Ministre de l’Education, Pierre J.A. CADET, en date du 14 avril 2020, allant dans le sens des antidotes pour combattre le redoublement et l’abandon voire les années- élèves gaspillées pour parler de la faiblesse de l’efficacité interne du secteur.

Sans omettre le phénomène des surages qui est transversal et récurrent dans le système éducatif avec plus de 72% comme corollaire de l’échec scolaire. Et même le préscolaire de trois à cinq ans n’est pas épargné par cet état de fait.

La tendance qui se dessine depuis des décennies, au niveau du paysage éducatif haïtien, c’est que le Ministère de l’éducation voulait passer de la pédagogie de l’échec à la pédagogie de la réussite en regard des différentes reformes amorcées mais non achevées. Et d’ailleurs pour tous niveaux d’enseignement confondus de la petite enfance à l’enseignement supérieur en passant par le fondamental des trois (3) cycles.

La décision ministérielle est peut être inscrite en plan de réponse au coronavirus en d’autres termes pour construire la résilience des élèves, traumatisés en raison de pays-lock (crise politique) et de grand confinement (Great lock -down) du à cette pandémie en référence à la grande dépression de 1929 ayant ébranlé la base du capitalisme international.

Il est à noter que cette décision intéresse au premier chef les trois premières années du 1er cycle de l’enseignement de base ou l’ancien-primaire. Elle entre en vigueur selon le texte prescrit, l’année prochaine 2020-2021.

Aussi serait-il nécessaire qu’on se mette d’accord sur l’expression « Passation automatique » et la vision de Joseph C. Bernard, Ministre de l’Education en Haïti de 1979 à 1982 qui l’a originellement préconisée dans sa fameuse réforme qui portera plus tard son nom : la Reforme Bernard.

Soulignons que tous les plans d’éducation dont le Plan National d’Education et de Formation (PNEF), le Plan Opérationnel (PO) qui vont être implémentés s’inspireront des grands objectifs de cette politique, axée sur l’augmentation de l’offre scolaire et la qualité de l’enseignement du fondamental (1er et 2eme cycles) par une discrimination inversée.

Et même dans le Plan Décennal d’Education et de Formation (2017-2027) extrant des littératures du GTEF pour un Pacte National de l’Education en Haïti (2010), il était question comme objectif « Appliquer la norme de passage automatique des enfants au préscolaire et au 1er cycle fondamental ainsi que réduire à 10% les taux de redoublement aux 2eme et 3eme cycles et j’ajoute par une stratégie d’évaluation formative, terme cher aux socioconstructivistes de Lev Vygotsky. Extrait d’un texte produit sur la passation automatique par Régine Craan Jean Philippe, 2020, technicienne au Ministère duquel je m’étais inspiré pour élaborer le mien.

Quid de la passation automatique !

La passation automatique consiste à faire passer les élèves en classe supérieure sans tenir compte du fait qu’ils aient atteint les normes de performance attendues ou qu’ils aient maitrisé ou non les apprentissages enseignés. Définition rapportée par Norbert IIboudo dans sa thèse de maitrise portant sur l’efficacité interne dans le système éducatif au Burkina Faso, Laval, 2019.

En clair, dans le redoublement, les élèves dont les résultats scolaires sont jugé insuffisants reprennent le même niveau d’études. Nombre de reformes sur la diminution des taux de redoublement et d’abandon sont fondées sur la promotion automatique des élèves. Dans les pays de l’Amérique latine et ceux de l’Afrique comme le Burkina Faso ainsi que des pays scandinaves comme la Finlande, la suède et même le Royaume-Uni et la Corée du Sud, les enfants qui entraient en 1ere année d’admission atteignaient le taux d’achèvement du cycle primaire de cinq ou six années sans équivoque nonobstant des enfants ayant des difficultés d’apprentissage voire des déficiences. En amont, après une évaluation diagnostique, on les canalise vers une éducation spéciale sans rentrer dans les considérations d’ordre d’éducation inclusive ni de pédagogie différenciée.

En s’appuyant sur les enquêtes de PISA (Program International Students Assessment), Crahay (2007) procède à une analyse comparative des rendements en lecture en mathématiques et en sciences dans les pays pratiquant le redoublement (la Belgique, la France, et même les USA) et ceux appliquant la passation automatique, L’auteur arrive à la conclusion suivante que plusieurs pays qui optent pour la passation automatique (Japon, Finlande, Suède) se caractérisent par des scores généralement excellents. Sans pour autant faire de la passation automatique une panacée, cette observation permet de réfuter l’association des idees qui ferait de cette passation le synonyme de laxisme ou de baisse de qualité voire l’école des fans que j’ajoute.

La vision de Bernard !

Dans la Reforme Bernard de 1979, il y avait deux grandes innovations savoir la passation automatique et l’introduction de la langue maternelle au niveau de l’enseignement de base notamment au premier cycle. Il voulait que la cohorte qui entrait en première année d’études ne peine pas pour atteindre le taux de survie de 5eme année comme espérance de vie scolaire pour que ces enfants-là ne soient jamais analphabètes ni frappés d’illettrisme.

De surcroit, Bernard propose à la communauté éducative un bilinguisme équilibré, pour ainsi dire, le fondamental s’enseigne en langue vernaculaire et le français comme langue seconde ou étrangère. En ce sens, la question de diglossie prévalant dans le système éducatif haïtien aurait trouvé une réponse. En d’autres termes, la primauté du français sur le créole n’était plus de mise. Malheureusement, dans les salles de classe, en raison d’une reforme non achevée, la diglossie dont parlaient les linguistes, persiste encore. Dans la sociologie de l’éducation en Haïti, le parler français est, paradoxalement, une caractéristique de l’intelligentsia voire une promotion sociale.

Faut-il bien se souvenir que nous avons un système éducatif marqué par l’échec scolaire surtout au niveau des évaluations sommatives dont le Bac (toujours 30% de réussite). On a même l’impression que le pays est singulièrement marqué par la défaite. A chaque fois que des évènements pouvant se transformer en opportunités comme la chute des dictatures, le départ des forces étrangères et les catastrophes naturelles comme le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, brusquement des écueils parsemés sur le terrain c’est-à-dire des manifestations intempestives, des grèves sauvages et des dénonciations de corruption à travers les media. Et le pays se replonge dans l’ignominie et la honte.

Pour parodier Pierre Bourdieu et John Dewey, les problèmes politiques sont le corollaire de l’école. Dans la même veine, nous voulons une école de coopération qui produise des gens qui sont solution au problème de la communauté en termes de bénéfice social contribuant à la croissance et au progrès social du pays. Aussi une école qui s’inscrit dans une démarche de grands paradigmes : comme le savoir-vivre ensemble, la reddition des comptes, le respect des libertés fondamentales, l’amour de la Patrie, le respect de la biodiversité et le paiement de l’impôt ainsi que le respect des biens d’autrui.

Parfois, on se demande perplexe, peut-on planifier un système d’éducation dans une situation d’incertitude croissante voire un malaise persistant dans la gouvernance de la cité ? Apres le pic de la covid-19 peut être juin ou juillet selon la prédiction du Dr Jean William Pape du Comité scientifique de gestion de cette pandémie créé en la circonstance par le Gouvernement Moise-Jouthe, ne peut-on pas trouver un consensus ou un modus operandi au niveau de la politique dans le pays sous forme de new deal ou de contrat social dans la conception rousseauiste du pouvoir politique ? Et que les règles du jeu soient établies et respectées avec surtout la mise en place d’un conseil électoral consensuel et d’un agenda bien élaboré pour les prochaines compétitions.

Il est évident que le développement quantitatif et qualitatif du système éducatif haïtien requiert une large concertation avec tous les secteurs de la vie nationale. Et je me permets de faire mienne la pensée du sociologue franco-russe, George Gurvitch, l’approche se veut systémique et holistique puisque les phénomènes sont globaux totaux.

En dépit d’une situation morose avec le spectre de la propagation de cette maladie infectieuse et des tensions sociales sévissant dans les zones de non droit du pays comme Village de Dieu, Grand-Ravine, Matissant (Entrée Sud de P-au-P), appelées par moi, prof Roblin, « la vallée de l’ombre de la mort » que décrit le psalmiste David dans Ps.23 :4, nous présentons succinctement ces dix (10) mesures ou propositions que nous qualifions d’importantes et que nous les considérons comme une plus-value aux réflexions qui s’alimentent dans la filière de l’éducation pour un meilleur rapport cout-efficacité du projet de passation automatique au niveau des trois (3) premières années du 1er cycle de l’Ecole Fondamentale dans le système éducatif haïtien au cours de l’année académique 2020-2021 : 

  1. La photo du parc scolaire particulièrement le 1er cycle de l’Ecole Fondamentale ou cycle d’alphabétisation et d’éveil concernant les enfants de la tranche d’âge de 6 à 10 ans ou de la 1ere a la 4eme Année Fondamentale (AF). Selon l’enquête scolaire 15-16 du ministère de l’éducation, on a enregistré quelques 4 millions d’élèves dont plus de 1.5 millions au niveau du 1er cycle, 122 mille enseignants et 19.505 écoles au niveau du préscolaire, du fondamental et du secondaire. Avec des taux de redoublement et d’abandon avoisinant respectivement 17% et 15% au niveau national. Pour une population d’environ 11 millions d’habitants d’après l’IHSI, extrapolation des données 2003 jusqu’au 2018. Je suis certain que les collègues du Ministère de l’éducation travaillent conjointement avec ceux de l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI) pour avoir des données sur la population scolarisable de 0-5 ans aux fins de calcul des indicateurs relatifs aux taux d’admission en 1ere année d’études et des taux de scolarisation voire des taux d’efficacité comme le taux de survie de 5eme année. La non -réalisation du recensement général de la population influerait, de toute évidence, sur le travail d’enquête scolaire, j’imagine. Et par transitivité sur le montage de grandes politiques publiques du pays aux fins d’amélioration de la qualité de vie des citoyens. Surtout pour suivre l’évolution de l’offre et de la demande d’éducation au niveau de la micro planification ou local en termes de carte scolaire. C’est difficile d’éclater non plus les taux nets de scolarisation par département d’éducation après l’enquête selon un technicien, expert en statistique de ce ministère, M. Nandy DENIS (CTPEA-IIPE/UNESCO de Paris). Le taux net de scolarisation (TNS) qui est de 88% au niveau du pays c’est le pourcentage d’enfants ayant fréquenté l’enseignement fondamental (1er et 2eme cycles). C’est un indicateur permettant à un pays de mesurer ses efforts nationaux en matière de scolarisation universelle ou de l’éducation pour tous. C’est-à-dire que tous les enfants en âge scolaire ont une place assise à l’école quels que soient leur genre, leur handicap, leur couleur et leur couche sociale. C’est le vœu émis dans les feuilles de route de diverses conférences internationales dont celles des Objectifs de Développement Durables (ODD) de 2015 au congrès de New-York et de la Déclaration d’Incheon en Corée du Sud. Ainsi que dans les différentes constitutions haïtiennes dont celle de 1987 amendée mettant l’accent sur la gratuite, l’obligation et la liberté d’enseignement.
  1. Une politique d’aménagement linguistique

Il faut se fixer sur les langues. Comme l’ont si bien fait les pays des Antilles comme Aruba Bonaire et Curaçao, ils ont traduit les matériels didactiques en papiamento. Le Néerlandais est leur langue officielle. Et les cours se donnent en langue maternelle. Et l’examen se fait en deux langues papiamento et néerlandais. Le bilinguisme doit se promouvoir en Haïti. Comme font aussi certains pays de l’Afrique francophone comme le Rwanda avec le kinyarwanda. La passation automatique requiert une politique de langue bien articulée. Pour sortir le secteur de toute forme de confusion totale surtout la diglossie, l’enseignement-apprentissage doit s’animer en créole et la langue française considérée désormais comme langue étrangère. La langue est un déterminant de la qualité pour permettre aux enfants d’acquérir des connaissances valides. Et que ces apprenants sortent avec des compétences transversales, comportementales ou estime de soi et des compétences transférables en termes de communication. Lors de la reforme Bernard, le ministère était en chantier avec l’IPN qui traduit les matériels didactiques dont les manuels scolaires en créole. Pour asseoir la reforme, le gouvernement d’alors a fait voter la loi de 1979 sur l’introduction du créole dans l’enseignement comme langue objet et langue d’instrument et pris le décret-loi du 30 mars 1982 sur la réorganisation du secteur. Les recherches ont indiqué qu’il y a un lien étroit entre la langue maternelle et le rendement scolaire dans les établissements. Dans la réforme des curricula, l’Etat travaille pour que tous les enfants du fondamental maitrisent à l’oral et a l’écrit le créole, le français, l’anglais et l’espagnol au terme de ce cycle. En raison de la position géostratégique et géopolitique d’Haïti en Amérique, les diplômés doivent développer ce qu’on appelle la diversité culturelle avec tous les peuples du monde notamment les pays latinos et anglo-saxons.

  1. Un socle commun de connaissances et de compétences

Eu égard à la réforme des curricula amorcée en 2015, on doit se fixer sur un socle commun de connaissances et de compétences par ordre d’enseignement tout en intégrant des cours de civisme, de TICS et de langue. Qu’est-ce que nous voulions que les enfants apprennent pendant le temps qu’ils vont passer à l’école ? Par exemple, on peut soutenir que les enfants doivent apprendre à lire à écrire à compter à calculer et même à communiquer. C’est toute la litteratie et la numeratie notamment en termes de nombre de mots à lire par minute (63). Les enfants doivent maitriser à l’oral et a l’écrit le créole et le français au terme du 1er cycle et pour lequel la passation automatique sera effective au niveau des trois premières années selon la décision ministérielle. Et le temps que les enfants vont passer à l’école comme je disais tantôt à des collègues, ne doit pas être un temps perdu. Je me désole à le dire, il est des enfants qui n’apprennent pas grand-chose à l’école. Ce qui fait dire aux observateurs avisés que nous avons une école à double vitesse. Et qu’en dépit des efforts nationaux, l’éducation de qualité devient de jour en jour l’apanage d’une minorité en raison de sa cherté.

  1. Le renforcement de l’Inspection scolaire

Le diagnostic révèle que l’inspection des écoles est lacunaire dans les 96 districts scolaires des 10 directions départementales d’éducation du pays. Le rapport écoles-inspecteur est aberrant. Plus de 20 écoles en moyenne pour un inspecteur sans nier celles d’accès difficile. Faute de moyen c’est-à-dire manque de véhicule et de moto, ils n’arrivent pas à visiter toutes ces écoles. Absence de motivation, rares sont ceux qui passent dans des écoles de proximité, retrouvées dans les grands centres urbains. Il est à rappeler que les inspecteurs ont un double rôle savoir : un rôle d’administration et un rôle de pédagogie par rapport à leur intervention au niveau des établissements. En ce sens, il faut renforcer cette entité, élément important pour le pilotage stratégique du secteur. L’école ne doit pas être perçue comme une boite noire ni pour le ministère ni pour les parents d’élève. En clair, on ne savait pas ce qui se passait dedans. Et que l’institution éducative n’a qu’un seul instrument pour mesurer la performance scolaire des enfants savoir les évaluations officielles. Toutefois, les examens de 6eme année et du Bac (1ere partie) sont annules en 2015 dans le système d’évaluation scolaire à la suite des 12 mesures de l’ex-ministre Nesmy Manigat. Cette décision peut être qualifiée de nécessaire puisque dans un niveau d’enseignement d’après les docimologues, on ne peut avoir deux examens nationaux. Et par contre, les mesures compensatoires tardent à s’appliquer dont l’encadrement des écoles à travers l’Inspection scolaire. Sans omettre les lacunes décelées au niveau de la supervision pédagogique mettant en exergue le leadership du chef d’établissement scolaire et le corps professoral.

  1. Le behaviorisme ou le socioconstructivisme : quel choix faire ?

De nos jours, il y a trois courants pédagogiques en vogue en Haïti. Savoir, le constructivisme de Piaget, le behaviorisme de Watson et le socioconstructivisme de Vygotsky. La pédagogie de Piaget s’apparente beaucoup plus à la petite enfance. Tandis que le behaviorisme ou la pédagogie par objectifs (PPO) est développé lors de la mise en œuvre de la reforme Bernard vers les années 80, surtout au niveau de l’Ecole fondamentale des trois cycles. Ce type de pédagogie est en congruence avec le niveau de taxonomie de Bloom pour le montage des prototypes d’examen de formulation QCM, appariement et soit de niveaux fort, moyen et faible. C’est toute la docimologie dans le système d’évaluation scolaire. Les méthodes Montessori qui donnent une certaine autonomie aux apprenants dans leur apprentissage sont très vendables chez nous. Moi, je pense qu’on peut opter pour une épistémologie socioconstructiviste quel que soit le niveau d’enseignement avec l’utilisation des TIC comme les Tableaux Numériques Interactifs (TNI) de l’ONG Haïti Futur. Et que le socioconstructivisme exige une redéfinition de la formulation des textes d’examen puisqu’il s’inscrit dans un nouveau paradigme. Puisqu’on part de la pratique pour arriver à la théorie. Ce courant va révolutionner les pratiques d’antan d’enseignement reposé sur le psittacisme avec des interrogations frontales. Il est à noter que le socioconstructivisme développé par Lev Vygotsky dans sa fameuse théorie socio-historique de « zone potentielle d’investissement » décrit que le comportement mesurable se traduit par une forme de compétence ou de capacité que l’apprenant possède pour résoudre un problème complexe dans une situation donnée. Alors que le behaviorisme ou comportementalisme favorise par John B. Watson n’est autre que la PPO pour définir les objectifs en termes de comportement observable et mesurable de l’apprenant de façon à se donner les moyens d’évaluer l’efficacité de l’action et d’améliorer celle-ci. Il faut dire, toutefois, qu’en Tunisie grâce à l’approche socioconstructiviste qu’on l’appelle aussi l’Approche Par Compétences (APC) ou la Pédagogie Du Forgeron (PDF) où des enfants de l’enseignement de base ont pu faire fructifier leur plantation de légumes (Lettre d’information IIPE-UNESCO).

  1. Un seul manuel scolaire

En dépit des progrès récents des multimédia avec l’e-books et l’e-learning par rapport à la formation à distance, le manuel scolaire reste l’outil le plus important des matériels didactiques dans l’acquisition des connaissances par les élèves. Convient-il de souligner que le manuel est un outil de formation et d’information et pour les maitres et pour les élèves. De nos jours, il faut enseigner la quintessence aux apprenants. En ce sens, le ministère doit envisager la possibilité que les contenus et activités d’apprentissage en rapport avec les programmes des quatre premières années du 1er cycle du Fondamental soient incorporés dans un seul ouvrage scolaire afin de faciliter l’acquisition par les parents. En plus de permettre à chaque élève de posséder un ouvrage, cette stratégie aura aussi pour effet de simplifier le travail du maitre, en général insuffisamment formé pour exercer son métier avec compétences. La durée du manuel serait de trois ans avec la possibilité de faire des prêts aux élèves. Dans ce manuel, on peut retrouver en substance, les sciences sociales, les sciences expérimentales, la communication créole, la communication française, l’éducation à la citoyenneté et les maths ainsi que des activités à réaliser en salle. Selon l’OCDE, un ou deux élèves par manuel est acceptable.

  1. Un plat chaud par jour à chaque enfant

Dans les négociations avec les agences d’aide et le PNCS, le ministre doit solliciter une assistance significative pour les établissements en vue de les doter de cantines et de cafeterias. Rappelons que plus de 55% d’haïtiens vivant en deca du seuil de pauvreté avec moins de deux (2) dollars américains par jour, ils n’ont pas assez de ressources pour s’assurer un repas quotidien à tous les enfants. Un plat chaud est nécessaire à l’école. Et aussi un kit alimentaire à la fin de chaque semaine aux élèves est tout aussi important. Selon le PAM, il y a une corrélation étroite entre le plat chaud et la performance scolaire des enfants. Les retombées notables de cette mesure c’est que les programmes de cantine scolaire favorisent la consommation des produits du terroir. On doit envisager aussi une diète équilibrée garantissant l’apport en calories au quotidien en faisant place aux produits bios ou naturels pour la sante scolaire des enfants. Aussi l’impact de cette mesure est-il indéniable sur les marchés locaux et par ricochet sur la réduction de la pauvreté.

  1. La qualification des maitres

L’existence d’un corps-enseignant outillée est un déterminant éprouvé de la qualité de l’enseignement. Puisque pour atteindre l’objectif de la scolarisation universelle ou l’éducation pour tous, cela doit passer également par un effort d’efficacité comme l’exige ODD4 via la formation continue et en cours d’emploi pour les enseignants. Je pense que le ministère doit impliquer davantage les facultés des sciences de l’éducation dans la formation initiale des maitres sur la base de contrat-plan avec les universités accréditées. Le ministère peut élaborer à travers ses structures compétentes des modules de formation continue pour les maitres en exercice, bases à la fois sur les contenus disciplinaires et les compétences professionnelles exigées par l’exercice du métier. En ce sens, les maitres qualifies bénéficieront d’un permis d’enseigner, seule condition pour qu’une personne puisse pratiquer dans la profession. Hormis l’école élitiste ou sélection de type confessionnel voire huppé, lorsque l’école est de qualité, les taux de promotion avoisinent les 90%. La passation automatique requiert un bon encadrement pédagogique avec des maitres qualifies et motives. Il faut souligner en passant qu’un salaire princier est un indicateur important pouvant mesurer le degré de motivation des maitres. Et il fait partie, toutes proportions gardées, de la revalorisation de la condition enseignante, principale revendication des syndicats d’enseignants que ce soit le CNEH que ce soit l’UNNOH et autres organisations militantes de cette filière.

  1. Une base de données fiable

La réingénierie de l’Institution éducative est un mécanisme de premier plan pour une administration de l’éducation de style top down et bottom-up plus transparente et responsable. En effet, le pilotage stratégique avec une base de données valide pour faire le management du flux des élèves est tout aussi impératif aux fins d’atterrissage de la passation automatique. La carte scolaire, élément de mise en œuvre des politiques éducatives au niveau régional, va alimenter la base de données, à partir d’enquêtes régulières, dans le système d’information pour la gestion de l’éducation (SIGE). Grace à la génération des indicateurs scolaires et économiques du SIGE, le Ministre et le Directeur General de l’Institution éducative vont s’informer en temps réel pour une optimisation des ressources allouées et aux usagers d’avoir accès aux données par une réorganisation des sites du Ministère. Comme je disais tantôt à des collègues, personne ne peut se passer des vertus de la technologie à l’ère de la révolution cybernétique voire les merveilles de la toile du Net.

  1. L’accès gratuit des enfants de 6-7 ans à l’école

Selon les prescrits constitutionnels (Article 32.1) et les grands axes du plan d’éducation, les pouvoirs publics travaillent pour faire de l’obligation scolaire une réalité en Haïti ainsi que de la gratuite qui en est le substrat, en mobilisant tous les moyens nécessaires pour que cet objectif s’applique aux deux premiers cycles de l’école fondamentale en 2025 et aux trois cycles à l’horizon temporel 2030 en regard de l’ODD4 des Nations-Unies. L’Etat développe des mécanismes à ce que tous les enfants de 6-7ans aient une place assise à l’école en accroissant les structures d’accueil en termes de réhabilitation, de reconstruction et de construction des écoles dans les milieux ruraux et urbains pour réduire les disparités scolaires. Ceci répond évidemment, aux exigences de l’international savoir la satisfaction du droit à l’éducation, figuré dans la convention aux droits de l’enfant. Pendant qu’on va faire de la massification de l’enseignement en satisfaisant la demande sociale des familles, on doit penser à une politique malthusienne selon laquelle des mesures drastiques allant dans le sens de la diminution des naissances seront tout aussi bien à expérimenter. Doit-on penser également à des allocations aux familles vivant dans des poches de pauvreté de style bolsa familia, bolsa escuela du Brésil pour compenser des couts d’opportunité et augmenter leur pouvoir d’achat eu égard à la revalorisation du coût de la vie. Dans les zones reculées des grandes villes d’Haïti, et c’est une réalité également des pays de l’Afrique sub-saharienne, ces familles vivant d’expédient au lieu de fixer leurs progénitures à l’école, elles préfèrent les envoyer au jardin agricole en regard du bénéfice immédiat que génère ce choix. Il faut souligner sans vouloir faire de l’extrapolation, les familles africaines au lieu d’envoyer les filles à l’école, jettent leur dévolu sur les garçons.

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En définitive, faut-il bien profiter de la décision ministérielle sur la passation automatique des enfants en année supérieure pour créer un cercle vertueux dans le système éducatif haïtien aux fins d’une école républicaine qui puisse répondre aux attentes des familles en particulier et de la société en général en termes de rentabilité sociale, expression chère aux économistes de l’éducation (David Tchoarena, IIPE-UNESCO), mon ancien instructeur. Toutefois, les décideurs politiques doivent trouver un dénouement heureux aux crises cycliques ayant paralyse le monitoring des programmes et projets s’inscrivant particulièrement dans les plans d’éducation du pays, soutenus et finances par les Agences d’aide sur le terrain comme l’UNESCO, l’UNICEF, la BID et la Banque Mondiale.

Yves ROBLIN
Spécialiste en planification de l’éducation
Ex-boursier de l’Etat a l’IIPE-UNESCO de Paris
Prof à l’Université Quisqueya et aux Encyclopédistes-Price-Mars
Auteur « Les Grands Axes en Matière d’Education en Haïti : des stratégies pour la réduction de la pauvreté et pour la paix sociale ». Imprimerie Media- Texte. roblinyves@yahoo.fr

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