Par Raphaël Isaac Dieuphene
Mercredi 25 mars 2020 ((rezonodwes.com))– Après le terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010 et son bilan catastrophique en vie humaine, plus de 250 mille morts et des millions de sinistrés, notre pays, le plus pauvre des Amériques devra, sans aucune infrastructure hospitalière, affronter le Covid-19 lequel virus, a déjà causé la mort de plusieurs milliers de personnes dans le monde dont plus de six mille en Italie.
Sans aucune contestation possible, nos inquiétudes face à cette catastrophe annoncée sont nombreuses, tout comme nos interrogations. Y-a-t-il encore un capitaine dans le navire ? Visiblement, non ! La preuve ne grande, en février dernier, alors même que le reste du monde se donnait les moyens pour atténuer les effets du Coronavirus, le pouvoir en place quant à lui, s’adonnait corps et âme, à la préparation des festivités carnavalesques et ce, avec son colossal budget dépassant les deux millions dollars américains.
Cette attitude pour le moins désinvolte du pouvoir en place nous aura coûté dans les semaines qui viennent, des milliers de morts et une économie encore plus exiguë qu’elle n’ait jamais été. A n’en pas douter, ces deux millions de dollars auraient pu équiper l’hôpital général en matériels de soins intensifs.
De plus, à l’heure où notre pays importe la quasi-totalité des produits de consommation de masse, la fermeture de nos ports, aéroports et de nos frontières entraînera automatiquement une rareté sur le marché local suivie d’une inflation incontrôlée. En effet, personne n’ignore que notre pays est un désert en terme de production agricole et industrielle.
Dès lors, le confinement imposé par les autorités publiques ne doit pas être vu comme la panacée. Sans des mesures d’accompagnement, le confinement sera tout simplement une coquille vide. Avec un système de santé totalement moribond, notre pays se montrera rapidement incapable de répondre à une urgence sanitaire d’une telle envergure. D’ailleurs, si la France, avec son système de santé publique parmi les plus performants au monde en paie un long tribut, notre pays devrait se préparer au pire.
En réalité, le pays ne dispose que de 130 lits de soins intensifs pour une population dépassant les 12 millions d’individus. Or, l’expérience prouve que les personnes les plus sévèrement touchées par ce virus auront nécessairement besoin de soins intensifs.Des lors, il y a effectivement de quoi céder à la panique. Si rien n’est fait, nos morts, nous les compteront par millier, tout n’est qu’une question de temps.
Depuis mon confinement parisien, j’ai bien peur que les familles haïtiennes, comme au lendemain du 12 janvier 2010 ne se retrouvent avec des milliers de cadavres sur les bras.Et pourtant, depuis belle lurette, des observateurs de la vie politique haïtienne moi y compris, ne cessent de dénoncer le maigre budget du ministère de la santé publique.
Pour rappel, le budget alloué à ce ministère est de loin, de très très loin inférieur au budget du fonctionnement du parlement haïtien. À l’évidence, la santé n’a jamais été une priorité pour nos gouvernants actuels et passés, le Covid-19 viendra nous montrer une fois que ces derniers, indistinctement n’en ont cure du devenir de leurs concitoyens.
Face à ce macabre constat, le simple citoyen que je suis peut ne pas comprendre pourquoi, les autorités politiques , n’aient pas pris le temps d’anticiper des scénarii sanitaires, afin de faire face à ce désastre annoncé.
Non, leurs priorités semblent être ailleurs.À y regarder de plus près, les dirigeants haïtiens ont l’air de confondre allègrement, diriger et communiquer.Étudiant en droit et sciences politiques, mes professeurs de droit publique nous répétaient à l’envie que diriger, c’est prévoir ! Si cette affirmation est vraie et, Dieu seul sait qu’elle l’est, il va sans dire qu’aujourd’hui, notre pays n’a à sa tête qu’une bande de malfrats n’ayant pour objectif que de mettre à genoux toute une nation. Personne n’est dupe, les mesurettes annoncées par le gouvernement ne sont pas de nature à circonscrire les effets d’un virus aujourd’hui, hors de tout contrôle.
Comme à l’accoutumé, nos dirigeants attendront le moment venu pour appeler à l’aide nos soi-disant pays amis.Quand on sait que pas moins de quatre milliards de dollars américains, destinés à l’amélioration des conditions de vie des plus démunis ont été détournés à des fins personnelles, il y a de quoi appeler à une violence révolution, seule capable de nous débarrasser de ces mercenaires.
Isaac Raphaël Dieuphene
Diplômé en Droit et en Sciences Politiques
Yon jou, lap jou


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