Pourquoi donc y a-t-il si peu de buts durant cet Euro 2016?

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Peu de buts à l’Euro 2016 : est-ce si surprenant ?

Les filets tremblent peu dans cet Euro 2016. Frilosité des coaches, homogénéité des styles, grosse présence des petites équipes : les causes sont variées.

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Tous les deux ans, à l’occasion d’un Championnat d’Europe des nations ou d’une Coupe du monde, les spectateurs et téléspectateurs s’attendent à de la qualité. Gâtés toute l’année de classicos hollywoodiens en Liga et de matches intenses de Premier League aux scores de baby-foot, ils se préparent à ce que les rendez-vous sportifs entre nations soient du même acabit. Mais ils ont oublié une chose essentielle. Depuis les années 2000, le football de sélection se déprécie au profit du football de club.




Cela se vérifie sur le terrain avec une moyenne de buts bien basse, évaluée à 1,83 après la première journée – le plus faible ratio depuis l’Euro 1968 et qui est descendue même à 1,66 après le match Allemagne-Pologne (0-0). Cause principale, les équipes nationales subissent, à retardement, le contrecoup de l’arrêt Bosman qui date de 20 ans et qui permet aux clubs de disposer en nombre illimité des meilleurs éléments de l’Union européenne, toutes nationalités confondues. Les clubs ont alors gagné en puissance économique et jouissent désormais de la priorité des calendriers et de l’investissement des footballeurs. Les préparations des sélections sont de plus en plus courtes, baclées et hâchées avec des joueurs qui débarquent aux stages au compte-gouttes pour cause de finale de coupe d’Europe, de coupe nationale ou de convalescence prolongée.



La dictature du court terme

Les sélectionneurs travaillent de plus en plus dans l’urgence et il est désormais très rare de les voir raisonner sur le long terme pour donner une identité de jeu. De plus en plus pressés par leurs fédérations, ils ont pour consigne d’obtenir rapidement des résultats. Conséquence, ils se penchent vers la facilité – l’organisation d’une solide base défensive – plutôt que de proposer un style offensif séduisant, nécessitant un plus long travail sur le plan des automatismes entre les joueurs. En football, comme à la guerre, la défense a l’avantage, car elle dicte les conditions du combat.

Préparer une attaque est donc bien plus compliqué que d’organiser une défense.




Et c’est un fait établi : « le peu de temps de préparation disponible rend plus difficile l’acquisition des principes tactiques », écrivait Christian Gourcuff (1) et relayé par Le Monde.fr. Il n’est donc pas étonnant de voir Didier Deschamps le gagneur pragmatique – stressé par le manque d’assurance et de temps de jeu en commun de sa charnière centrale – ne reniant pas à bétonner son milieu de terrain contre l’Albanie. Encore pire, Marc Wilmots, qui est attendu au tournant avec la Belgique et sa génération de talents, n’a pas hésité à muscler son entrejeu en mettant le peu raffiné Marouane Fellaini en milieu offensif !

Imiter la Grèce de 2004

Le format de la compétition n’aide pas non plus au rendement offensif. Pour cet Euro 2016, 24 équipes sont en lice, un record pour une phase finale. Cette configuration a permis à de petites nations de participer à ce tournoi. Mieux, il est possible de sortir de la poule en terminant troisième – les deux meilleures troisièmes sur les six groupes – et accéder aux huitièmes de finale. Et pour entretenir le rêve, jusqu’à peut-être imiter la Grèce de 2004, des équipes comme l’Irlande du Nord face à la Pologne ou la Russie contre l’Angleterre ont laissé au vestiaire leurs ambitions offensives.

La prévisibilité et l’homogénéité des styles n’aident pas non plus. Seulement trois équipes – l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie – ont leur identité propre traduite par une réelle cohérence collective pour mener des attaques placées. Les autres – France comme Irlande du Nord, Angleterre comme pays de Galles, Portugal comme Belgique – comptent, soit sur un homme providentiel (Ronaldo, Payet, Hazard, Bale), soit sur leurs seules qualités mentales pour faire la décision. C’est l’inconvénient d’une compétition purement européenne. Les footballs du monde entier, ceux qui viennent d’Asie et d’Amérique, ne se confrontent pas. C’est la Fête des voisins : tout le monde connaît tout le monde, a joué ou affronté tout le monde dans ce microcosme continental.

(1) Comment regarder un match de foot (éditions Solar)

http://www.lepoint.fr/sport/football/euro-2016/peu-de-buts-a-l-euro-2016-est-ce-si-surprenant-17-06-2016-2047586_3087.php?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter&link_time=1466172150#xtor=CS1-32

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