par Dahney Corielan
Mercredi 19 juin 2019 ((rezonodwes.com))– La nation haïtienne vit actuellement un moment fatidique de son histoire. Elle est en crise. Et cette dernière, endémique qu’elle soit a atteint le niveau de non-retour. C’est le chaos ! Plus rien ne fonctionne normalement. L’Etat est à genou, les institutions affaiblies, la population affamée, bref, la société est en lambeau. Une crisologie de cette crise permanente suivant une perspective morinienne (E. Morin : 1976) nous porte à projeter notre regard sur deux faits essentiels : les acteurs et le système.
Les acteurs, sujets doués de raisons agissent à l’intérieur du système qu’ils fabriquent suivant leurs logiques et leurs intérêts. Ainsi, le système n’est rien d’autre qu’un construit social à l’intérieur duquel il n’y a pas uniquement les acteurs qui agissent mais également des spectateurs qui subissent. C’est donc une logique développée par la théorie de l’acteur stratégique élaborée par Michel Crozier et Erhard Friedberg (L’acteur et le système : 1977) au cours des années 1970 et qui est centrale en sociologie des organisations spécifiquement dans l’Analyse stratégique.
Ainsi, comprendre cette théorie sur le terrain d’Haïti, nous montre clairement la défaillance des acteurs stratégiques haïtiens qui sont arrivés au cours des ans par construire un système de tyrans où seuls les plus coquins, les plus rusés, les plus corrompus, les plus amoraux arrivent par survivre. Ces acteurs sont de partout : politique, juridique et économique. Ils ont le mérite, et non sans l’appui de certains acteurs de l’international, d’avoir créé le système le plus inégalitaire de l’Amérique : un système de Léviathan ou chaque haïtien est un loup pour l’autre. Ils ont créé la méfiance, le coup-bas, la mafia, l’irrespect voir même l’immoralité à l’intérieur d’une grande nation historique où le peuple ne demande qu’à vivre dans la dignité.
Aujourd’hui, après le vol d’Etat le plus spectaculaire du 21e siècle, considérant que plus de 4.2 milliards de dollars sont partis en fumés dans un pays où la majorité de la population vit dans la pauvreté extrême, avec plus de 80% d’entre elle qui patauge dans l’extrême pauvreté selon les dernières statistiques de la Banque Mondiale, un taux d’inflation avoisinant les 16% (15, 5% en janvier 2019 selon l’IHSI), une dépréciation spectaculaire de la gourde face au dollars américain (en raison de 40% sur une base annuelle selon les données de l’Association Professionnelle des Banques) due, d’un côté, à une mauvaise politique monétaire et financière pratiquée par le pouvoir en place à travers la BRH et de l’autre côté par une monopolisation du marché des changes par certains acteurs du système bancaire haïtien, tout citoyen est en droit de se poser des questions.
Qui pis est, c’est que le pays connait déjà en moins de neuf (9) mois un déficit budgétaire de plus de 40 milliards de gourdes. L’environnement macro-économique du pays se dégrade et est alimentée essentiellement par un déséquilibre des finances publiques. Et le Ministre des finances l’a admis pas plus tard que hier car l’Etat haïtien n’arrive même pas à payer ses fonctionnaires à l’heure actuelle. Le climat est sombre. La corruption mange l’Etat !
On est au mois de juin, les cyclones et tempêtes arrivent bientôt, plus de 90% de la population sont exposés aux menaces des catastrophes naturelles selon la Banque Mondiale. Que fait l’Etat haïtien pour protéger la population ? Rien. L’argent du trésor public alimente des poches déjà remplies et le secteur mafieux du pays, l’insécurité est en rouge, le pays est invivable, la population est aux abois.
Elle est dans la rue pour réclamer la reddition de compte sur les dépenses de l’Etat et sur la dilapidation des fonds petro caribe, elle exige que les coupables, les fraudeurs, les dilapidateurs soient traduit par devant la justice pour y être jugés conformément à la loi. Et comme récompense, elle se fait tuer, violer, assassiner comme des chiens dans les rues et dans les quartiers pauvres du pays, L’Etat tue la population, l’Etat tue l’espoir des jeunes et des socioprofessionnels, L’Etat se décompose, l’Etat mange l’Etat, l’Etat tue l’Etat !
Et dans cette rébellion du peuple face à cet Etat décrié, corrupteur et illégitime, une mission est venue comme si elle n’est pas partie dans la crise ! Partez Messieurs, vous n’êtes pas les bienvenues sur le sol de Dessalines, vous êtes la cause de nos malheurs car c’est vous qui, du haut de vos fauteuils à Washington, fabriquent des élections et des Présidents pour nous.
Vous êtes acteurs dans la crise, vous n’inspirez pas confiance. Haïti, certes, ne peut pas évoluer en autarcie sur la scène internationale, on a besoin des organisations internationales, on a besoin des blocs régionaux. Mais, ces derniers spécifiquement leurs dirigeants doivent s’élever au-delà de tout soupçon. Ce n’est pas le cas aujourd’hui pour l’OEA, on en a marre de cette ingérence maquillée.
La crise est haïtienne et c’est le peuple qui va tracer la voie, c’est lui et lui seul qui va dicter la solution et il le crie déjà dans les rues : la fin de ce système pourri et de ces acteurs corrompus. Il est malsain voir même impoli de dialoguer autour d’une table rempli de vaisselles sales. Alors de grâce, partez.
Dahney Corielan, av
Anthroposociologue
Insoumis d’Haïti


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