L’intelligence artificielle est en train de transformer profondément le travail, les communications et l’accès à l’information, mais elle risque également de renforcer les inégalités entre les femmes et les hommes si des mesures correctives ne sont pas prises rapidement, avertit ONU Femmes.
Dans un rapport publié à l’approche du Dialogue mondial des Nations Unies sur la gouvernance de l’intelligence artificielle et du sommet « AI for Good », prévus début juillet à Genève, l’agence onusienne souligne que de nombreux systèmes d’IA reproduisent des stéréotypes de genre profondément ancrés dans les données utilisées pour les entraîner.
Selon les données citées par ONU Femmes, 44 % des 133 systèmes d’intelligence artificielle étudiés présentaient des biais sexistes. Plus d’un quart combinaient même des préjugés liés à la fois au genre et à l’origine ethnique. Les grands modèles de langage continuent notamment d’associer les femmes aux tâches domestiques, aux soins et à la famille, tandis que les hommes sont davantage liés au leadership, aux affaires et à la réussite professionnelle.
« Les modèles d’IA héritent de préjugés issus de décennies de textes écrits dans un monde où les rôles étaient fortement genrés », explique Jayathma Wickramanayake.
L’organisation s’inquiète également de la multiplication des violences numériques facilitées par l’intelligence artificielle. Près d’une militante, journaliste ou défenseure des droits humains sur quatre interrogée affirme avoir été victime de violences en ligne impliquant des outils d’IA. Certaines ont vu des images personnelles diffusées sans consentement ou ont été ciblées par des contenus manipulés, notamment des « deepfakes ».
ONU Femmes souligne par ailleurs que les femmes demeurent sous-représentées dans les secteurs qui conçoivent ces technologies. D’après l’Organisation internationale du Travail, elles ne représentent qu’environ 30 % de la main-d’œuvre mondiale dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Face à cette situation, l’agence appelle les gouvernements et les entreprises technologiques à intégrer l’égalité des sexes dès la conception des systèmes d’IA. Elle estime qu’une gouvernance plus inclusive pourrait non seulement réduire les discriminations, mais aussi favoriser l’innovation et améliorer la performance économique des organisations.
Pour ONU Femmes, l’enjeu dépasse la technologie : il s’agit de s’assurer que les outils qui façonneront les sociétés de demain ne reproduisent pas les inégalités d’hier. Si les femmes sont absentes des décisions entourant le développement de l’IA, prévient l’organisation, les biais actuels risquent de devenir une composante durable du monde numérique de demain.

