25 juin 2026
Établissement de cinq bases militaires en Haiti pour stabiliser le pays : des organisations sociales écrivent au secrétaire général de l’OEA
Actualités Société

Établissement de cinq bases militaires en Haiti pour stabiliser le pays : des organisations sociales écrivent au secrétaire général de l’OEA

Monsieur Albert RAMDIN

Secrétaire Général 

Organisation des Etats Américains (OEA)

Washington D.C. 20006 / EE.UU.

En ses bureaux

Monsieur le Secrétaire général,

Nous, arrière-petits-fils d’esclaves rebelles et victorieux à Vertières, avons l’honneur de soumettre à votre attention cette présente lettre ouverte suite à votre déclaration sur Haïti lors de l’ouverture de la 56e Assemblée Générale de l’OEA au Panama, le 22 juin 2026 :  

«L’Organisation des Etats Américains demeure engagée                                                                                                                         -à soutenir les efforts dirigés par les Haïtiens eux-mêmes pour stabiliser le pays, 

-renforcer les institutions démocratiques 

et créer les conditions nécessaires permettant au peuple haïtien de choisir librement ses dirigeants.»

Tels ont été vos propos suivis de l’annonce du lancement d’un projet pour la mise en place de cinq bases opérationnelles avancées à Port-au-Prince avec un soutien financier de l’Union européenne d’un montant de $ 11,6 millions de dollars transitant par l’OEA. « Le projet intervient à un moment crucial alors que se poursuivent les                      préparatifs en vue du déploiement complet de la mission internationale d’appui à la sécurité autorisée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies» lit-on dans un communiqué de presse de l’OEA.

Monsieur le Secrétaire général,

Nous ne doutons pas qu’à la clôture de la 56e session de l’Assemblée Générale de l’OEA, une résolution abracadabrante, chargée de subterfuges, sera rendue sur Haïti comme par le passé. Et justement le passé nous renseigne à travers les remarques d’observateurs étrangers familiers du dossier d’Haïti, un Etat piégé  dans les manœuvres  d’institutions comme l’ONU et hélas l’OEA pilotées par les puissances impérialistes. En voici quelques illustrations.

1-Depuis la République dominicaine :

« L’aggravation récente de la crise haïtienne est la responsabilité de l’interventionnisme et du néocolonialisme des Etats-Unis et de leurs alliés, ONU, OEA, FMI inclus, qui forment ensemble la soi-disant communauté internationale, à laquelle il faut exiger de respecter la souveraineté d’Haïti et payer une énorme dette sociale …..Avec l’ONU et les puissances impérialistes, il n’y aura aucune solution. L’ONU et l’OEA sont les complices des principaux responsables de cette crise. On ne peut en conséquence, rien espérer de ces deux organismes pour la surmonter. (Auteur: Narciso Isa Conde, écrivain-militant 24/09/2021, Santo Domingo, RD).

2– Depuis l’Amérique du Nord

« Ce cycle d’interventions politiques internationales en Haïti aura constamment produit des résultats catastrophiques. Ce que nos amis haïtiens veulent vraiment – et ce dont ils ont besoin- c’est l’opportunité de tracer leur propre voie, sans marionnettes internationales sans candidats privilégiés mais avec un véritable soutien à cette voie. Je ne crois pas qu’Haïti puisse jouir de la stabilité sans que ses citoyens n’auront pas la dignité de choisir réellement  leurs propres dirigeants de manière juste et acceptable. » (Auteur : Daniel Foote, envoyé spécial des Etats-Unis pour Haïti, 22/09/2021)

3– Depuis l’Amérique du Sud

« Ce peuple digne ne constitue guère une menace à la sécurité continentale comme le Conseil de Sécurité l’affirme chaque  année pour renouveler son ingérence. Haïti n’a pas besoin de la présence de troupes étrangères ni d’une tutelle internationale. Elle a besoin du respect de ses droits fondamentaux à la souveraineté et à l’autodétermination, du paiement des dettes  historiques, sociales et écologiques qui continuent à s’accumuler sans négliger la réparation des crimes perpétrés contre le peuple haïtien ». (Auteurs : Jubile Sur/ Amériques.. Octobre 2016)

Il est à noter que ces prises de position peuvent être consultées dans l’ouvrage collectif :  » Haïti :Urgence d’une solidarité internationale agissante (face à l’hypocrisie et la mainmise génocidaire des puissances impérialistes)”

 Monsieur le Secrétaire général, 

Vous n’êtes pas sans savoir qu’un rôle a été assigné à l’OEA par le Secrétaire d’Etat Marco Rubio lors d’une audition tenue au Sénat américain le 20 mai 2025. Il avait ainsi exhorté l’organisation régionale  à superviser une mission multinationale pour faire face à la crise en Haïti. « Cela signifie que des organisations comme l’OEA, à laquelle nous contribuons de manière significative, doivent s’engager et fournir une mission multinationale regroupant plusieurs pays membres pour s’attaquer à la crise haïtienne…» affirmait Marco Rubio. (Alterpresse, 20/5/25)

Cet ordre serait donc en 2026 en phase d’exécution avancée ? 

Il n’est pas superflu de rappeler que le budget de l’OEA est financé à plus de la moitié par un seul Etat-membre de l’organisation hémisphérique. En 2026, l’Organisation affiche un budget estimé à 90 millions de dollars et la quote-part des Etats-Unis s’élèverait à 46.9 millions de dollars, soit plus de la moitié du budget. « Nous sommes heureux d’avoir reçu la confirmation des Etats-Unis qu’ils paieront leur cotisation de cette année selon un calendrier de paiements. C’est un engagement.» Telle a été votre réponse à une question du media panaméen Estrella de Panamá.

L’OEA dont le siège central se situe aux Etats-Unis a-t-elle formulé une quelconque réaction à la publication d’un rapport des Nations Unies établissant que les armes qui tuent en Haïti, proviennent en majorité des Etats-Unis d’Amérique ? L’OEA a-t-elle réagi quand un Etat-membre a été qualifié de shithole ? Plus de 15 longues années se sont écoulées depuis la tragédie du choléra perpétrée par la mission onusienne dite MINUSTAH. L’OEA a-t-elle entrepris des démarches en faveur des orphelins des victimes du choléra pour un appui continu à leur scolarisation incluant des octrois de bourses d’études gratuites dans différents Etats-membres ? A quelle réparation l’OEA a-t-elle contribué ? Quelle stabilisation a-t-elle accomplie ?

De quelle moralité publique peut se prévaloir l’OEA pour décider en 2026 d’appuyer des forces étrangères en Haïti en violation de la Constitution haïtienne ?

Monsieur le Secrétaire général,

En tant que citoyen surinamien, vous êtes originaire d’un pays où fut aboli l’esclavage en 1863, autrement dit 60 ans après l’abolition de l’esclavage arrachée par nos ancêtres à travers la bataille héroïque de Vertières, en 1803, contre la France, actuel Etat-membre de l’Union Européenne qui détient un statut officiel d’observateur permanent auprès de l’OEA. 

En tant que Secrétaire général, vous présidez au Panama une session historique de l’Assemblée générale qui coïncide avec le 200e anniversaire du Congrès de Panama initié par le célèbre Simon Bolivar qui obtint l’appui inconditionnel d’Haïti pour lutter contre les colons espagnols. L’Etat haïtien qui atteint en 2026 les 222 ans de proclamation de l’Indépendance nationale s’était vu exclure dudit Congrès suite à la pression des Etats-Unis craignant que la présence d’Haïti n’encourage l’émancipation et les révoltes des esclaves sur leur propre sol. Car, en 1826, l’Etat étatsunien  portait encore le manteau esclavagiste ; l’abolition de l’esclavage a été effective deux ans après le Surinam, soit en 1865 avec le 13e amendement constitutionnel.   

Monsieur le Secrétaire général,

Vous avez aujourd’hui le redoutable défi de rehausser l’image de l’OEA en vous éloignant des schémas qui tendent à enfermer Haïti dans une mise sous tutelle permanente agrémentée par une mascarade de lutte contre l’insécurité alors que pendant 13 ans la mission onusienne MINUSTAH a échoué à le faire et même violé les droits fondamentaux à la vie du peuple haïtien. Sans oublier le récent théâtre sans spectateurs des troupes kenyanes.     

Osez dire NON à toute résolution démagogique et violatrice du droit à l’autodétermination et à la souveraineté du peuple haïtien . La tutelle multiforme doit cesser sur Haïti, Premier Etat Indépendant sans esclavage de toute  l’Amérique !

Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire général, nos respectueuses salutations.                                                                                                                                     

Suivent les signatures

JOSUÉ MÉRILIEN/ ESTHER ELOY 

CENTRALE UNITAIRE DES TRAVAILLEURS/EUSES DES SECTEURS PUBLIC ET PRIVÉ D’HAÏTI / CUTRASEPH

JEAN KENSON CHERY  

ASSOCIATION DES MOTOCYCLISTES POUR LE BIEN-ÊTRE DE LA COMMUNAUTÉ /  AMOBIC

AINÉ MARTIN  

ASSOCIATION NATIONALE DES GREFFIERS HAÏTIENS ANAGH

WILSON CHARLES/ JEAN DOUGLAS CELESTIN   

ASSOCIATION NATIONALE SYNDICALE DES TRANSPORTEURS VISIONNAIRES D’HAÏTI / ANSTVH

JEAN-MARY FERDINAND /JUNIOR GEORGES 

COLLECTIF DES ENSEIGNANTS POUR LA NOUVEAUTÉ DE L’ÉDUCATION EN HAÏTI  / CENEH

ME EDDY-PAUL FLEURANT – JEUNE BARREAU DE PORT-AU-PRINCE

ELINA ESTAMA 

ÒGANIZASYON FANM INI NASYONAL /   ÒFANMINA

HEROLD CHARLES CIVIL 

SYNDICAT DES EMPLOYÉS DE L’INSTITUT NATIONAL DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE

 SE/INFP

GARRY LAPIERRE 

SYNDICAT DES EMPLOYÉS DU MINISTÈRE DE L’EDUCATION NATIONALE ET DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE* SE MENFP 

BATHOL ALEXIS 

SYNDICAT POUR LA DÉFENSE DES EMPLOYÉS DE L’OAVCT /  SDE-OAVCT 

SCHELOMITH DORVIL  

SYNDICAT DES HUISSIERS DE JUSTICE DE LA RÉPUBLIQUE D’HAÏTI / SHJRD’H

JEAN GARBY BRITUS  

SYNDICAT DES CONSOMMATEURS HAÏTIENS /  SYNCOH

PEGUY NOEL/ PATRICK HYPPOLITE-  

UNION NATIONALE DES NORMALIENS-NES HAÏTIENS / UNNOH

Pour authentification :

JOSUÉ MÉRILIEN 

 CUTRASEPH

ME EDDY-PAUL FLEURANT  / 

 JEUNE BARREAU DE PORT-AU-PRINCE

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