PORT-AU-PRINCE, Haïti — Le militant des droits humains et dirigeant exécutif de New England Human Rights Organization (NEHRO), Dr Josué Renaud, a sévèrement critiqué le bilan des cent premiers jours du Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé, couvrant la période du 7 février au 7 mai 2026, estimant que le pays s’enfonce davantage dans l’insécurité, l’impasse institutionnelle et la fragilité territoriale.
Interrogé à l’approche du cap symbolique des « 100 jours », M. Renaud a déclaré que le gouvernement actuel ne contrôle toujours pas des portions importantes du territoire national, notamment dans l’Artibonite et plusieurs zones de Port-au-Prince, du Plateau central dominées par des gangs lourdement armés. Selon lui, cette incapacité de l’État à assurer la libre circulation des citoyens ou des autorités publiques remet directement en question la possibilité même d’organiser des « élections crédibles » en 2026.
Le responsable de la NEHRO a également ironisé sur l’absence prévisible, sauf surprise, du Premier ministre à l’Arcahaie pour les cérémonies du 18 mai, haut lieu symbolique de la création du drapeau haïtien. À ses yeux, cette situation traduit le degré de détachement des autorités à l’égard des symboles fondateurs de la nation, dans un contexte de dégradation sécuritaire persistante où même les plus hauts responsables de l’État ne peuvent circuler librement sur certaines routes nationales.
M. Renaud a par ailleurs dénoncé la « réhabilitation du culte de la personnalité », évoquant des communiqués officiels ronflants publiés « sous le haut patronage du Premier ministre » ou « sur instruction du Premier ministre ». Selon lui, cette centralisation excessive de l’image du pouvoir rappelle des pratiques politiques associées à l’époque duvaliériste.
Sur le dossier constitutionnel, il a rejeté toute tentative de référendum visant à modifier la Constitution de 1987, affirmant qu’aucune disposition constitutionnelle ne permet une telle procédure. « On ne peut invoquer la Constitution tout en organisant sa violation », a-t-il soutenu.
Tout en dressant un tableau sombre de la situation nationale, Josué Renaud a estimé que le drapeau haïtien demeure encore l’un des rares symboles capables de maintenir un lien d’unité entre les Haïtiens du pays et de la diaspora.
L’entretien intégral, portant notamment sur la sécurité, les élections, le référendum constitutionnel et les relations internationales d’Haïti, notamment avec le Canada, est reproduit ci-dessous.
propos recueillis par cba

