Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) semble vouloir jouer un rôle trouble dans la prolongation de la transition politique en Haïti. En transmettant, le 28 avril 2026, un budget électoral révisé contenant deux scénarios distincts, le CEP offre au Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé un outil parfait pour entretenir l’incertitude et retarder indéfiniment la tenue des élections.
Au lieu de présenter un budget unique, clair et réaliste assorti d’un calendrier ferme, le CEP propose deux options techniques et opérationnelles : un scénario minimaliste (à moindre coût et couverture réduite) et un scénario plus ambitieux (à couverture nationale renforcée).
Cela se traduit concrètement par deux budgets différents et, inévitablement, deux calendriers électoraux potentiels. Le gouvernement peut ainsi discuter, négocier, contester ou exiger des ajustements interminables sur les montants, le niveau de sécurisation, le nombre de centres de vote et le degré de technicité (biométrie ou non).
Scénario 1 : Minimaliste / optimisé / à couverture adaptée (« Low Cost »)
Ce scénario privilégie la réduction des coûts et la faisabilité immédiate. Il prévoit une couverture territoriale limitée aux zones relativement plus sécurisées, une sécurisation reposant essentiellement sur la PNH existante, une identification simplifiée des électeurs et une logistique allégée.
Implication sur le calendrier : Ce scénario permettrait théoriquement un scrutin plus rapide, avec un premier tour probable entre mai et juillet 2027.
Scénario 2 : Complet / ambitieux / à couverture nationale renforcée (« Full Standard »)
Ce scénario vise une organisation plus inclusive et conforme aux standards internationaux, avec une couverture territoriale étendue, une sécurisation renforcée (possible appui supplémentaire), une identification biométrique avancée et un plus grand nombre de centres de vote.
Implication sur le calendrier : Beaucoup plus exigeant en temps et en ressources, il repousserait le premier tour vers le second semestre 2027 (octobre à décembre 2027), avec un second tour et l’installation des nouvelles autorités reportés en 2028.
Cette stratégie des « deux scénarios » apparaît comme une forme de complicité tacite. Le CEP, au lieu d’assumer pleinement sa responsabilité constitutionnelle d’organiser des élections dans les délais raisonnables, offre au Premier ministre Fils-Aimé un prétexte commode pour justifier les reports successifs.
Pendant que l’on débat interminablement du choix entre le scénario « low cost » et le scénario « full standard », le pays reste sans président élu, sans Parlement fonctionnel et sous la gestion d’un exécutif provisoire qui se maintient au pouvoir.
En multipliant les versions du budget, en harmonisant sans cesse le décret électoral au « Pacte national » et en remaniant continuellement le calendrier, le CEP contribue objectivement à créer un flou artistique qui arrange les acteurs de la transition.
Le résultat est clair : plus il y a de scénarios à discuter, plus le temps passe, et plus le statu quo se prolonge. La population haïtienne, elle, continue d’attendre des élections crédibles pendant que certains s’installent confortablement dans une transition sans fin.
Cette approche dilatoire risque de discréditer davantage les institutions chargées d’organiser le scrutin et de renforcer le sentiment que le CEP, loin d’être un arbitre impartial, participe activement au jeu de ceux qui n’ont aucun intérêt à voir la transition s’achever rapidement.
Au final, cette manœuvre des deux scénarios, deux budgets et deux calendriers révèle la véritable intention de la coalition Lavalas/PHTK et leurs alliés : garder le pouvoir le plus longtemps possible.
Derrière les discours sur la « rationalisation des dépenses » et les « contraintes sécuritaires », se cache une volonté cynique de prolonger indéfiniment cette transition juteuse où ils contrôlent l’État sans légitimité populaire réelle. Ils n’ont aucune urgence à organiser des élections sincères, car cela signifierait la fin de leur règne improvisé.
Le peuple haïtien est une fois de plus pris en otage par ces élites recyclées qui préfèrent maintenir le chaos et la misère plutôt que de risquer de perdre les privilèges du pouvoir. Assez de cette comédie !
Haïti mérite des élections rapides, transparentes et inclusives, pas une nouvelle farce orchestrée pour éterniser l’impunité et l’incompétence au sommet de l’État.

