23 avril 2026
Haïti / RD / TNT : La brutalité du décret de Fils-Aimé envers les Haïtiens contraste avec le « petit cadeau » offert au Président Abinader
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Haïti / RD / TNT : La brutalité du décret de Fils-Aimé envers les Haïtiens contraste avec le « petit cadeau » offert au Président Abinader

La brutalité du décret du 31 mars 2026 envers les radiodiffuseurs haïtiens contraste fortement avec ce qu’il convient de qualifier ironiquement de « petit cadeau » fait au Président dominicain Luis Abinader.

Cette brutalité du décret du Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé (extinction rapide des droits sans filet de sécurité suffisant) apparaît d’autant plus criante qu’elle sert, en parallèle, à résoudre un problème technique pour la République dominicaine et à faciliter les ambitions télécoms du Président Abinader.

Évidemment, cela pose la question de la priorité donnée aux intérêts nationaux (préservation du pluralisme médiatique haïtien, indemnisation des opérateurs historiques) face à des considérations diplomatiques ou régionales d’un gouvernement soutenu par les ambassades.

Rappel : en quoi consiste le « petit cadeau » ?

Le décret du 31 mars 2026 permet une libération rapide et sécurisée de la bande 700 MHz (canaux 52 à 69, 698–806 MHz) du côté haïtien. Cette bande, autrefois utilisée pour la télévision analogique, était source d’interférences transfrontalières importantes avec la République dominicaine, notamment dans la zone Dajabón / Ouanaminthe.

En fixant l’extinction de l’analogique au 30 septembre 2027 et en réservant explicitement cette bande aux services mobiles 4G/5G, le décret haïtien :

  • Élimine techniquement les brouillages qui gênaient le déploiement mobile dominicain
  • Fournit un engagement unilatéral concret qui crédibilise l’appel d’offres de l’INDOTEL pour environ 60 MHz dans la bande 700 MHz
  • Facilite la tentative du Président Abinader d’introduire un nouvel opérateur télécom ou de renforcer la concurrence 5G en République dominicaine (après les échecs de 2021 et 2024)

Ainsi, Haïti « nettoie » le spectre côté ouest de l’île, augmentant la valeur économique de l’appel d’offres dominicain.

Cependant : une faveur externe, un choc interne

Cette « faveur » diplomatique et technique met en lumière le caractère brutal du décret pour les acteurs haïtiens.

Caractère brutal du décret du 31 mars 2026

Ce caractère repose sur plusieurs éléments qui rompent avec une transition progressive, équitable et négociée.

1. Extinction automatique des droits

  • Au 30 septembre 2027, toutes les stations analogiques perdent automatiquement leurs fréquences
  • Aucun mécanisme de maintien temporaire (« grandfathering »)
  • Les concessions historiques sont annulées sans procédure individuelle

???? Conséquence : perte collective, automatique et irréversible des droits

2. Aucune priorité pour les opérateurs historiques

  • Aucun avantage dans les futurs appels d’offres
  • Les stations deviennent de simples fournisseurs de contenu
  • Dépendance aux opérateurs de multiplexes

???? Risque : disparition des petites et moyennes stations, surtout en province

3. Absence d’indemnisation

  • Aucun mécanisme clair de compensation
  • Investissements non amortis ignorés
  • Aucun fonds dédié

???? Perçu comme une expropriation sans indemnité, contraire à l’article 36 de la Constitution de 1987

4. Délai de transition insuffisant

  • Environ 17 à 18 mois pour migrer
  • Contexte défavorable : insécurité, coûts élevés, faibles infrastructures
  • Simulcast mal défini

???? Transition jugée irréaliste

5. Manque de concertation

  • Dialogue insuffisant avec les acteurs du secteur
  • Mesures d’accompagnement floues
  • Aucun plan concret (financement, formation, assistance technique)

???? Les opérateurs sont laissés sans outils

6. Sanctions dissuasives

  • Amende de 2 millions de gourdes après la date limite

???? Approche coercitive et punitive

7. Réorientation du spectre

  • Bande 700 MHz réservée aux télécoms (4G/5G)
  • Aucun partage ni compensation

???? Transfert massif de ressources vers les télécoms

Pourquoi ce décret est jugé « brutal » ?

Le texte marque une rupture nette :

  • Passage d’une transition progressive (arrêté de 2013)
  • À une extinction imposée et unilatérale

Sans :

  • protection des droits acquis
  • indemnisation
  • délai réaliste
  • accompagnement structuré

Conséquences possibles

Dans un contexte déjà fragile :

  • Risque de concentration du paysage audiovisuel
  • Disparition de médias locaux
  • Réduction du pluralisme

Conclusion

Ce caractère brutal explique les inquiétudes du secteur, même si la modernisation technologique reste une nécessité reconnue par tous.

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