L’Edito du Rezo
Port-au-Prince — Le deuxième contingent kényan plie bagage et rentre à Nairobi sous les honneurs, pendant que sur le terrain haïtien, les gangs n’ont rien cédé. Aucune zone stratégique libérée, aucun bastion réellement repris : la mission internationale laisse derrière elle une impression d’immobilisme, voire de recul.
Officiellement, les autorités kényanes saluent une opération « historique » et rendent hommage aux policiers tombés en mission. Mais dans les quartiers sous emprise armée, la réalité est brutale : enlèvements, fusillades et contrôle territorial restent le quotidien d’une population abandonnée à elle-même.
Pendant que les Kényans quittent progressivement le pays, une nouvelle force se prépare en coulisses. Des contingents tchadiens, en formation aux États-Unis, sont annoncés pour prendre le relais dès avril. Objectif affiché : renforcer une mission appelée à atteindre 5 500 hommes. Objectif réel : éviter l’effondrement total d’un dispositif déjà contesté.
Sur le fond, rien ne change. Même stratégie, mêmes incertitudes, mêmes contraintes. La rotation des troupes ressemble à un simple jeu de chaises musicales où les uniformes changent, mais où les gangs conservent l’avantage sur le terrain.
Dès lors, l’interrogation se radicalise : cette recomposition du dispositif annonce-t-elle une inflexion opérationnelle crédible, ou consacre-t-elle, de manière implicite, l’ineffectivité d’une intervention demeurée, à ce jour, incapable de rétablir l’autorité publique sur le moindre segment territorial contrôlé par les groupes armés ?


